Dr LUTCHMAYAH APPANAH – Docteur en droit international économique, diplômé, DESS en économie internationale à L’Institut d’études des relations internationales de Paris, Avocat

Dr VASANT BUNWAREE, ancien ministre des Finances et cardiologue

Un contexte international pas très porteur

Cette crise n’est pas directement financière comme celle de 2008, mais d’abord sanitaire. Seules des mesures massives de l’État et de la Banque centrale peuvent aider à la surmonter et ici aussi il n’existe pas des garanties, car la durée de cette crise est inconnue dans sa profondeur. Certains pays seront plus touchés que d’autres, surtout ceux qui sont plus exposés au Commerce international, comme l’île Maurice, par exemple.

A. L’impact sur l’île Maurice

Ne connaissant pas jusqu’ici la mesure du coup de frein de cette terrible pandémie, comment peut-on surtout confirmer avec audace que notre dette publique va atteindre 117% de notre PIB bientôt, et aussi plus de 10% de l’inflation ? N’est-ce pas du n’importe quoi ?

Il faut savoir qu’il n’existe pas de véritable consensus en termes de seuil de dette publique sur le Produit intérieur brut (PIB) selon plusieurs prix Nobel de l’économie, surtout en temps normal et pire quand tout est incertain.

Ce qui paraît probable, c’est que la frappe de cette récession va affecter des pays à des degrés divers suivant leur capacité à résister, à agir vite, à se réinventer à la fois en propulsant l’économie et surtout en évitant la casse et la déshumanisation sur toutes ses formes. Un proverbe dit ceci : « La critique est toujours aisée et l’art très difficile. »

B. Quel type de transition économique à cause de  cette pandémie unique et volontaire ?

Et voilà qu’un ancien ministre des Finances dit ceci : « Maurice est une “export-led economy” et non pas une “consumption economy” ». Ce cher  ancien ministre est hors du contexte et du temps. Il ne faut pas confondre un moment de “cycle” avec le “trend”. On se trouve, le monde entier, dans une situation exceptionnelle et de durée incertaine.

Nous sommes en guerre et il faut vite se tourner vers une politique autocentrée même si le marché mauricien est restreint. En ce moment avec l’aviation qui est en panne – et il en est de même pour le transport international –, une « export-led economy » sera fragilisée pour encore longtemps. Ceci dit, on ne doit pas l’écarter, mais il faut tout simplement “Temporiser” avec.

D’ailleurs, les planteurs nationaux ont vite réagi à la politique de la substitution aux importations dans le maximum de produits, et une politique protectionniste “larvée’’ est nécessaire ; ceci nous aidera à diminuer notre dépendance peu à peu sur l’étranger, car on est allé trop loin dans ce domaine.

Conséquence : c’est de cette manière que, graduellement, le marché intérieur va démarrer pour ensuite tirer la croissance endogène et durable vers  le haut.

C. En prenant, nous, le chemin ! Plutôt oui, à part quelques dérapages…                                                         

  

Sur le plan de la politique monétaire, jusqu’ici et ces dernières années, elle a été très accommodante. Les taux directeurs ont graduellement diminué pour finalement faire baisser les taux d’intérêt et par la suite propulser l’économie en encourageant les investisseurs, tous domaines inclus, à prendre des  risques et investir. Il s’agit bien du « Keynésianisme pragmatique ».

D’ailleurs, les Banques centrales, avec le consentement des États, ont arrosé et arrosent toujours le monde avec d’immenses quantités de monnaie et  l’île Maurice a tout intérêt à faire la même chose, et elle le fait. Mais là où la situation devient très floue, c’est que le public doit savoir ce qu’on fait vraiment avec cet argent public. Qui écoute l’opposition au Parlement ? Plus personne, nous semble-t-il.

On peut beau parler de plusieurs milliards dépensés « sans transparence ».

Mais rien n’est clair totalement et c’est vrai. Pour citer un exemple simple, on nous dit que « 80 milliards de roupies de réserves de “devises étrangères” ont été utilisées », et on ne sait pas comment et pour quelle raison ?  Which is which ?

Très amèrement, ces dernières années, ce sont presque les mêmes dirigeants politiques et ministres des Finances qui, à tour de rôle, étaient au pouvoir à cause de ce poison (le “power-sharing” des blocs politiques), et ils n’ont jamais osé entamer un processus sérieux et légal pour créer un Conseil de surveillance indépendant et externe, composé des d’économistes apolitiques et pointilleux en finances pour informer le public en toute clarté – comme ceci se fait dans plusieurs pays développés (Finlande, Suède, Nouvelle-Zélande…).

À qui la faute originelle ? Qui est ou sont responsables si jusqu’ici on n’a pas une transparence nette et une comptabilité analytique des finances publiques, ses actifs et ses passifs, et ses créanciers internationaux et locaux ?

C. Que peut faire une politique budgétaire en ce moment infernal ?

La pandémie Covid-19 est une catastrophe naturelle, une force majeure. Nos réactions doivent s’ajuster à nos exigences immédiates. Il faut relancer les activités même si le déficit budgétaire double ou triple pour miser sur le chômage, partiel, conjoncturel ou structurel… Licencier, c’est comme abattre un arbre. Coûte que coûte, il faut alléger les entreprises rentables et non-boiteuses structurellement et verser des « stimulus package » pas n’importe comment et sans étude sérieuse… Malgré ceci, la  fiscalité lourde imposée (l’expression, trop d’impôt tue l’impôt) freine brutalement les recettes, et celle-ci, à coup sûr, risque d’empêcher le redémarrage dynamique de nos activités dont on a vraiment besoin pour au moins soutenir notre taux de croissance, qui est actuellement en triste déclin. Les 3% de taux de croissance sont malheureusement insuffisants pour soutenir notre État-providence, c’est-à-dire, payer les pensions dans toutes ses formes et faire fonctionner nos multiples services gratuits (transport commun, services de santé et autres).

Il est à savoir que quand une entreprise fait faillite, elle disparaît, mais l’État, lui, est quasi-immortel. Alors, il ne disparaît pas, mais par contre il peut faire défaut. C’est un non-sens que de parler d’une Banqueroute quelconque de L’État. À titre d’exemple, la dette publique du Japon est de quelque 250% de son PIB en 2017 et pourtant il est toujours un pays très développé. Ne parlons pas de plusieurs autres pays, développés ou pas, qui ont franchi la barre de plus de 100% de dette publique par rapport au PIB, richesse nationale.

Comme le disait Dominique Strauss-Khan—ancien directeur du FMI, « Une dette publique n’est pas un problème – elle doit être BONNE et NON MAUVAISE »  .