Réchauffement : ce tueur venu du froid

Ce que nous aura appris la pandémie de Covid-19, outre le fait que nous n’étions aucunement préparés à faire face à l’apparition d’un virus aussi violent, c’est à la fois notre manque de résilience et l’incroyable perméabilité de notre système globalisé à tout facteur exogène non prévu dans notre équation économique, avec pour effet d’enrayer une mécanique que l’on pensait, à tort, jusqu’ici trop bien huilée. Désormais, la crise du coronavirus n’est plus seulement sanitaire, mais aussi économique, sociale, culturelle… Faisant apparaître nos failles, à commencer par cette trop grande dépendance aux « autres ». C’est un fait, de nos jours, aucun pays ne peut se targuer d’être à 100% autosuffisant, noyés que nous sommes dans un flux exponentiel d’intrants étrangers. C’est ce qu’on appelle l’effet dominos.

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Cet effet dominos, on le mesure dans une conjugaison de conséquences à la fois sur l’ensemble du système, mais aussi de manière indépendante ou, plus exactement, interdépendante, y compris en ce qui concerne le plus grand défi moderne : le réchauffement climatique. Pour illustrer cela, un très bon exemple est celui du permafrost. Pour rappel, on appelle permafrost les sols gelés des régions les plus froides du globe, et qui couvrent 1/5e de la surface terrestre. Autant dire qu’elles sont conséquentes. Le problème, c’est que ce permafrost renferme du CO2 et du méthane, jusqu’ici emprisonnés dans la glace mais qui, sous l’effet du réchauffement, se libère progressivement dans l’atmosphère. Or, le méthane est un gaz excessivement dangereux pour le climat, en ce sens qu’il a un pouvoir réchauffant de 25 à 30 fois supérieur à celui du gaz carbonique. Du coup, le méthane (en sus du CO2, contenu lui aussi dans le permafrost – soit 1 600 milliards de tonnes) accélère le réchauffement avec, pour résultat, de faire fondre plus encore ce même permafrost, et donc de libérer davantage de gaz.

Ce faisant, le permafrost devient une véritable bombe climatique. Au point que, selon les experts, il pourrait, sous l’action de la libération de ses gaz à effets de serre, anéantir le peu d’efforts consentis jusqu’ici pour maintenir l’objectif de 1,5°C d’augmentation des températures. « Nous pourrions peut-être ne jamais revenir à des niveaux plus sûrs concernant le réchauffement », avertit à ce propos Thomas Gasser, chercheur à l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués en Autriche. Qui plus est, la fonte du permafrost pourrait se poursuivre même si nous baissions nos émissions, une fois le seuil d’une certaine hausse franchi (que les scientifiques appellent « point de basculement »). Et ce qui est grave, c’est que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne prend aucunement compte du dégel du pergélisol, y compris dans ses projections les plus pessimistes d’un réchauffement de 4 ou 5°C.

Sans compter que le permafrost ne renferme pas que des gaz à effets de serre, mais aussi de nombreux autres dangers environnementaux ou sanitaires. En premier lieu, notons ainsi la présence de mercure. Et quelle présence puisque, selon des études, le permafrost en aurait emprisonné 1,6 million de tonnes, soit un stock deux fois plus important que partout ailleurs sur la planète. Or, avec le dégel, une partie de ce mercure finira dans les océans, contaminant ainsi toute la chaîne alimentaire. Enfin, il faut aussi savoir que l’on a découvert dans ces sols gelés des mégavirus, autrement dit des virus au matériel génétique surdimensionné, piégés par la glace depuis des dizaines de milliers d’années.

Alors que nous peinons à lutter contre le nouveau coronavirus, imaginons un instant ce que ces virus sortis tout droit du passé pourraient faire comme dégâts. À ceux qui voudraient en savoir plus sur la question du permafrost, nous ne saurions que trop conseiller le visionnage du dernier épisode de la Web série Next de Clément Montfort (https://www.youtube.com/watch?v=6GW0QP-chFk).

Pour résumer, à force de vouloir toujours plus, sans ne jamais vouloir faire de concession quant à notre mode d’existence, nous aurons réussi à engendrer un joli jeu de dominos, parfaitement alignés, sans imaginer que la moindre secousse en provoquerait l’effondrement. Et donc oubliant que le seul vrai confort que nous ayons jamais réellement eu est d’être simplement vivants. Mais pour combien de temps encore ?

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