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Réflexions d’un parent mauricien

MARIA DOVE

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Selon le ministère de l’Éducation, c’est pour leur « sécurité » que les enfants continuent l’école en mode « remote learning ». Il semblerait que la sécurité de nos enfants se résume à ne pas attraper la Covid-19. Pourtant, les échos autour de moi résonnent pour la plupart dans le même sens : nos enfants sont plus que jamais en danger ! En tant que parent, on se pose énormément de questions : Quelle autorité a pris le temps de poser un regard holistique sur le bien-être de nos enfants ?

Certes, rester chez eux les protègerait de la Covid. Mais qu’en est-il de leur santé physique ?  De leur santé mentale ?  Quid de leur bien-être émotionnel ? De leur envie d’apprendre ? De leur besoin de se retrouver parmi leurs semblables ? Quand nos écoles ferment, certains parents se retrouvent dans l’embarras : qui va s’occuper de leurs enfants ? S’ils peuvent se le permettre, certains couples réduisent leur temps de travail, ou aussi : l’un des deux arrête de travailler. Quid de l’appauvrissement des familles en précarité ? 

  Quid des enfants qui doivent rester seuls chez eux ? Quid de la condition de la femme mauricienne ? Car admettons-le : ce sont rarement les hommes qui arrêtent de travailler pour s’occuper des enfants.  Comment font les familles monoparentales ? Actuellement, les enfants du primaire n’ont aucune interaction avec l’école – en attendant le « learning pack », ils sont en mode passif devant leurs télévisions, notamment à assister à un cours magistral via la MBC.  C’est un apprentissage stérile à sens unique.  Un enfant arrive-t-il à suivre le cours ? Comprend-il des concepts ? À qui pose-t-il des questions quand il ne comprend pas ?  Retient-il ses leçons ?  Et s’il n’arrive pas à suivre ? Comment éveiller en lui la curiosité, l’esprit critique et la confiance en soi qui leur permettront de mieux réussir leur secondaire ?  Comment un jeune enfant peut-il apprendre à lire ou à écrire sans accompagnement, sans correction, sans interaction ?  Que va-t-il arriver à ces enfants qui n’auront pas acquis une base solide de lecture et d’écriture pour la continuation de leur scolarité ?  Les jeunes enfants du primaire sont ceux qui ont le plus besoin d’aller à l’école. 

Contrairement aux collégiens qui sont plus aptes à travailler en autonomie – l’encadrement, la structure, la constance, la répétition sont ce qu’il y a de plus sécurisant et rassurant pour les plus jeunes. L’enseignement à distance est purement académique. Sans le cadre de l’école, le lien social se désintègre. L’école à distance n’accentuerait-elle pas le clivage socio-économique ? Il y en a ceux qui peuvent, et qui mettent tout en marche pour accompagner l’enfant, alors que d’autres, faute de moyens, ne peuvent pas ou ne peuvent plus encadrer leurs enfants.

Ceux qui n’ont pas accès à la technologie ou à l’internet, qui n’ont pas un environnement familial stable, ou ceux qui ont besoin d’un soutien particulier dans leurs études (ceux avec des difficultés d’apprentissage) sont laissés sur la touche.  Qu’en est-il des familles où plusieurs enfants doivent se partager un écran ? D’ailleurs, tous les écrans ne sont pas égaux ! Devant un téléphone portable, une télévision ou un ordinateur, le confort pour pouvoir se concentrer et travailler n’est pas le même. Ne sommes-nous pas en train d’abandonner une génération de jeunes mauriciens ? Quel avenir pour nos enfants ?

Nos enfants sont-ils sacrifiables ? Ô combien de témoignages avons-nous entendus, de parents désespérés.  Des jeunes enfants, enfermés à clé dans leur maison « pour leur sécurité » et ce jusqu’à ce qu’un parent rentre.  Le manque de surveillance est un facteur de risque : accidents domestiques, développement d’addictions… La promiscuité serait quant à elle un facteur de risque d’abus et d’agressions en tout genre. Combien de parents se retrouvent perdus face à l’addiction aux écrans, aux enfants désintéressés, ou ayant des troubles d’apprentissage ? Quels outils le ministère leur donne-t-il ? 

Quel est le système de soutien scolaire pour les enfants en difficulté ? Quel accompagnement psychologique le ministère propose-t-il aux parents et aux enfants en détresse ?  Le gouvernement a déjà fait une campagne de vaccination pour les 15-17 ans. Nous avons entamé celle des adolescents à partir de 12/13 ans.  Nous avons été contraints à vacciner nos enfants, pour par la suite leur voir refuser les mêmes droits dont nous disposons.  Pourquoi faire vacciner les adolescents s’ils ne peuvent pas reprendre l’école ?  L’école est « gratuite » à Maurice. C’est une perception erronée : les contribuables payent bien. Nous réclamons une éducation de qualité pour nos enfants. 

Le monde a réalisé que le « remote learning » n’est pas une solution à long terme. À quand notre tour ? Le Covid ne va pas disparaître de sitôt. La reprise scolaire en présentiel devra éventuellement se faire alors que nous avons des cas actifs de Covid dans la population. Nous avons eu presque 2 ans pour nous préparer à cette éventualité : où en sommes-nous ?  En écoutant les nombreux témoignages, force est de constater que ce mode d’apprentissage pour la plupart semble convenir ni aux enfants, ni aux professeurs, ni aux parents.  Et si tout était à refaire ?  …

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