Réflexions – Law & Order : épidémie sanglante !

Des crimes crapuleux à faire glacer le sang et convaincre plus d’un de s’enfermer à double tour chez soi, quitte à vivre en ermite. Ces dernières semaines, une série noire anime les médias au quotidien. Comme s’il s’agissait d’une épidémie sanglante…
Il y a par exemple le double meurtre de Presram et Indira Sookur, respectivement âgés de 77 et 67 ans, découvert le 21 septembre. Puis les circonstances dans lesquelles Saviren Manikon, dit Andy, âgé de 33 ans, a été retrouvé mort ce 25 septembre sous un abribus dans la région de Wooton.
Parmi les personnes interpellées par les autorités dans le cas de Manikon, certains ont choisi de faire valoir leur droit au silence. Dans le double crime des Sookur, cinq personnes ont été arrêtées jusqu’ici. Dont un couple qui a avoué… un autre crime commis l’an dernier. Un meurtre en chasserait en autre. En démêlant les écheveaux, les enquêteurs ont ainsi créé la stupeur générale, avec les confessions de certains de ces suspects de leur implication dans ce second meurtre, commis sur une femme de 57 ans à Bain-des-Dames, Cassis, en mars 2022 !
Les autorités ont elles-mêmes expliqué que le médecin légiste avait conclu à une mort naturelle, causée par un oedème pulmonaire, lors de l’autopsie. Pourtant, Sandrine Rathbone, arrêtée comme l’une des complices dans le crime des Sookur, aurait avoué avoir tué cette femme… Serions-nous dans un de ces thrillers de mauvais goût, avec des “serial killers” qui sévissent ?
Nul n’est en sécurité dorénavant à Maurice, disent les plus blasés. Non sans raison d’ailleurs. Ces dernières années, nombre de crimes ayant des mobiles les plus… inattendus et incroyables ont été enregistrés. Une vie est ôtée avec une facilité déconcertante. Un manque total de respect envers la vie et le caractère sacré de l’humain. Les victimes tombent comme des mouches. Ceux qui tuent, agissant de sang-froid, avouant des forfaits prémédités, pensés, calculés soigneusement. Des Mauriciens qui, a priori, n’ont rien de différent des autres, qui se fondent dans la masse ! Et pourtant, ils prennent des vies comme s’il s’agissait d’un acte des plus… banals. Il y a là un travail énorme à abattre en termes de reconstruction humaine et de consolidation des valeurs humaines. Mais sur l’échiquier électoral, ces arguments n’ont pas la cote.
À Flacq, la semaine dernière, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam évoquait l’anarchie qui règne sur le plan du Law & Order. La lecture des commentaires des internautes sur les comptes rendus dans les journaux de ces crimes effroyables est très révélatrice. Nombreux sont ceux qui plébiscitent catégoriquement la peine capitale : la mort par pendaison ou d’une balle dans la tête parmi les sentences les plus populaires. Beaucoup font remarquer que les lois ne sont pas assez sévères. Ont-ils tort ?
Qu’il s’agisse de crime passionnel, de meurtre prémédité, de pédophilie, de viol, d’agression avec violence, d’infanticide ou de crime sexuel, tous ces délits suscitent, pour des raisons très compréhensibles, colère noire et indignation. Parfois, des sentences délivrées semblent ne pas faire justice aux pertes encourues par les familles des victimes.
Autre réaction très révélatrice des internautes : quand nos policiers travaillent sans ingérence politique, ils sont très productifs et performants. Triste constat, n’est-ce pas, quand on compare les attitudes de ces mêmes hommes en bleu, les arguments et méthodes utilisés dans des cas impliquant des personnalités politiques… Surtout des opposants.
Le meurtre maquillé en suicide du chef agent orange Soopramanien Kistnen et les scandales impliquant d’autres proches du pouvoir ne finissent pas de susciter des polémiques. Pourquoi une force policière qui fait ouvertement preuve de discrimination ? Est-ce sain pour notre pays, qui a surtout besoin de paix et de justice ? Quel régime viendra avec une politique bien claire et franche, où notre force policière sera indépendante et ne souffrira plus d’être sous le joug des politiques ? Est-ce que cela fait seulement partie des manifestes électoraux de ceux qui présentent des alternatives au régime actuel ? Et quid de celui de Pravind Jugnauth : pourquoi ne pas oser faire la différence et prouver qu’il a confiance en sa force policière en lui octroyant sa totale indépendance ? 55 ans après son accession au statut de pays libre, cette nation n’est-elle pas assez mature pour une police autonome ?

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Husna Ramjanally

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