Relations internationales : L’ANIMOSITÉ ENTRE GRANDES PUISSANCES ANÉANTIT L’OPTIMISME

Vu les relations internationales de plus en plus tendues et qui ne sont pas prêtes de s’améliorer en 2024, le plus gros risque pour la planète et l’économie mondiale cette année serait, qu’on le veuille ou non, d’ordre géopolitique. Les suites de la guerre menée par la Russie en Ukraine, l’extension plus que probable du conflit au Proche-Orient, la consolidation de l’insécurité en mer Rouge, etc, sont autant de facteurs qui ne pourraient être exclus des équations économiques et commerciales globales. À quoi, il faudrait sans doute ajouter la série de scrutins majeurs qui pèseraient de tous leurs poids sur la gouvernance mondiale. En effet, environ 60% du PIB planétaire seront concernés par ces consultations populaires et aucune région ne sera épargnée. Si les élections européennes en juin prochain hantent déjà les esprits des politiques sur le continent et dans ses régions ultrapériphériques, il faudrait aussi compter avec les législatives en mai prochain dans la plus vaste démocratie du monde, l’Inde, mais également au Royaume-Uni dans le second semestre de 2024. En Russie comme aux États-Unis, les présidentielles sont prévues en mars et novembre respectivement. Si, dans le premier cas, la joute est déjà jouée d’avance en l’absence de « vrais » candidats de l’opposition – Alexei Navalny, le principal opposant au régime de Vladimir Poutine ayant été condamné à 19 ans de prison –, tel n’est pas le cas dans le second. En outre, de nouveaux virages politiques comme celui marqué par l’arrivée aux affaires du populiste d’extrême droite, Javier Milei, en Argentine en décembre dernier, ne sont pas à exclure dans d’autres pays.

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Mais déjà, les résultats des élections à Taiwan le 12 janvier dernier risquent d’exacerber davantage les relations entre Pékin et Washington, relations que les multiples tractations diplomatiques en 2023 ont vainement tenté de réchauffer vu les divergences profondes qui séparent les deux capitales. Et justement le statut de Taiwan constitue un des sujets les plus brûlants de cette divergence. D’emblée, en guise de provocation manifeste, la Maison-Blanche avait illico presto dépêché « une délégation informelle » à Taipei après l’élection du candidat pro-indépendance et le plus dur à l’égard de la Chine, Lai Ching-Te, vice-président sortant du Parti démocratique progressiste (DPP). Et nul besoin de mentionner que ce scrutin avait suscité un très vif intérêt à Pékin qui revendique le territoire comme une de ses provinces et à Washington en tant que principal fournisseur d’armes et soutien politique de l’île.

Mais quoi qu’il en soit, c’est la présidentielle aux États-Unis qui représente le risque politique le plus important pour l’avenir de la planète car quelle que soit l’issue de cette élection, de nombreux observateurs prédisent qu’elle mettra à rude épreuve la démocratie américaine à un moment où la rivalité entre les deux principaux protagonistes, démocrate et républicain, ne cesse de prendre l’ascenseur. D’ailleurs, Joe Biden traîne dans les sondages derrière son potentiel adversaire républicain, qui, à propos, fait course en tête dans les primaires, comme à Iowa, État qu’il a remporté haut la main le 15 janvier, présente la campagne comme un combat pour sauver la démocratie d’une nouvelle présidence de Donald Trump dont les partisans avaient pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 dans un ultime espoir d’entraver la confirmation de la victoire « truquée » de Joe Biden. Mais, en tout état de cause, c’est à Kiev que la campagne et la présidentielle américaines seraient scrutées de manière particulièrement attentionnée car une éventuelle débâcle électorale de Joe Biden pourrait également sonner le glas de la présidence de Zelensky vu que Donald Trump ne fait aucun mystère de son opposition à cette guerre coûteuse et meurtrière avec la Russie et aux milliards de dollars déjà versés à Kiev. Ce qui pourrait, par conséquent, redéfinir la carte géopolitique de l’Europe de l’Est.

Par ailleurs, la perception des experts selon laquelle la fin de la Covid-19, pandémie qui avait durement affecté les chaînes de distribution mondiales, contrariées par les restrictions sanitaires, allait ressusciter le commerce global n’a pas fait long feu. En effet, l’invasion de l’Ukraine en février 2022 par son voisin à l’Est est promptement venue aggraver les tensions économiques sur le commerce global et sur une inflation qui a franchi des niveaux sans précédent depuis 50 ans. Même si celle-ci reflue depuis quelques mois, elle menace à nouveau de redécoller à mesure que s’amplifient les craintes géopolitiques par rapport à la situation au Proche-Orient et au risque d’un embrasement régional impliquant déjà les attaques de Hezbollah à partir du Liban et celles des rebelles Houthis de Yémen en mer Rouge, coupant ainsi le transit des navires par le canal de Suez, une des principales routes maritimes par laquelle traversent plus de 12% du commerce mondial. Le transport maritime est aujourd’hui contraint de contourner la partie occidentale de l’Afrique en passant par le cap de Bonne Espérance, ce qui rallonge le voyage entre l’Asie et l’Europe de 15 à 20 jours, faisant ainsi grimper les tarifs pour couvrir les frais liés à ce détour.

Bref, sans stabilité et cohésion sur le plan international, il ne saurait y avoir de commerce mondial durable, profitable à tous les peuples de la planète, particulièrement les moins avancés. L’on a récemment assisté, par exemple, à une grande perturbation dans les échanges dans la vaste zone de la mer de Chine par laquelle transite une grande partie du commerce entre l’Asie et le reste du monde vu les sérieux contentieux territoriaux existant entre Manille, épaulé par Washington, et Pékin. C’est pourquoi les deux plus grandes puissances économiques mondiales, les États-Unis et la Chine mais également les autres membres du G20, doivent pouvoir assumer leurs responsabilités devant l’histoire et accorder leurs violons dans le domaine de la géopolitique afin d’assainir les relations internationales et de faire renaître l’optimisme en favorisant l’interdépendance, que ce soit au niveau économique, commercial, environnemental ou autres, entre les peuples du monde entier.

Dr Diplal MAROAM

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