PATRICK BELCOURT

Leader EN AVANT MORIS

La décision de reporter sine die les élections municipales est scandaleuse. Ce qui est insultant à l’intelligence du Mauricien, c’est qu’un gouvernement puisse faire confiance aux gérants de supermarchés pour réguler le flot de leurs clients alors qu’il se prétend incapable d’en faire de même aux abords des centres de vote ! Mais, au-delà de

PATRICK BELCOURT
Citoyen engagé

l’indignation que cette insulte suscite, il nous faut lire ce report pour ce que cela représente comme recul pour la démocratie locale et les Administrations régionales.

« EN AVANT MORIS ! » est ainsi devenu ce cri de ralliement pour tous ceux qui sont conscients que nous avons besoin de conquérir à nouveau nos libertés, notre créativité et nos vœux de fraternité. Le pouvoir politique est surpolitisé à Maurice. On l’aura vu lors des inondations du mois d’avril : ce ne sont pas les collectivités locales qui apportent les solutions aux problèmes des localités affectées. C’est cette superstructure que l’on appelle la NDU qui finit par intervenir. Ni Anwar Husnoo, le ministre des Administrations régionales, ni Bobby Hurreeram qui se pose en grand patron de la NDU, ne s’embarrassent du fait que cette structure gouvernementale empiète sur le champ d’intervention des collectivités. Ils ne sont pas les premiers, ni les seuls d’ailleurs qui auront exploité ce dispositif qui est devenu une nuisance pour la démocratie locale. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la création de ce dispositif en ont fait un usage abusif correspondant à leurs intérêts partisans.

Et, pire encore, quand on considère les travers dans l’attribution des marchés publics, il convient de préciser que c’est surtout dans l’intérêt de leurs partisans. Il y a une centralisation du pouvoir qui fait que, même quand les villageois ou les citadins élisent des représentants qui n’ont aucune couleur politique, le gouvernement leur rogne les ailes et ampute cette collectivité locale de tous ses moyens. Encore plus révoltant : certains au gouvernement s’attendent à ce qu’une collectivité locale fonctionne comme leurs succursales. Ce fut amplement illustré lorsque la présidente du conseil de district de Rivière-Noire s’éleva contre un événement programmé dans un lieu tombant sous la tutelle de sa collectivité territoriale sans que l’accord du conseil de district n’ait été obtenu au préalable. Que l’on puisse, du fait d’être élu au gouvernement, se montrer aussi cavalier envers les élus de cette collectivité relève autant du mépris caractérisé pour les pouvoirs de la collectivité que d’une absence de considération envers la titulaire de la magistrature de ladite collectivité et de ses prérogatives. On aura vu, lors des dernières élections villageoises, et pire encore, lors du choix des présidents de conseils de districts, cette récupération sans vergogne du vote des citoyens qui, au-delà des clivages partisans habituels, s’étaient simplement exprimés en faveur de ceux qui étaient des porteurs de projets pour leurs villages. Ces manœuvres nous montrent à quel point le système politique a été perverti par la partisanerie. C’est bien dans cette logique de négation des pouvoirs propres aux collectivités locales qu’il faut aujourd’hui évaluer la décision du gouvernement de renvoyer les élections municipales.

Un renvoi aux calendes grecques ? Alors, oui, avec cette concentration du pouvoir qui ne profite qu’aux intérêts partisans, il nous faut réagir. Et chez « EN AVANT MORIS ! », nous ne réagissons pas avec des coups d’éclat et des opérations médiatiques. Avec nos membres, nous allons au cœur de la population de Beau-Bassin/Rose-Hill pour que l’on réalise que, quand les pouvoirs publics interviennent, ce n’est jamais dans le sens convenu de la démocratie locale et nationale. Je constate que nos initiatives font avancer les choses. Le plus important pour nous est d’inspirer, chez nous comme dans d’autres régions, des jeunes et des moins jeunes à s’engager à reprendre les pouvoirs démocratiques que les partis nous ont confisqués. …

« Le plus important pour nous est d’inspirer, chez nous comme dans d’autres régions, des jeunes et des moins jeunes à s’engager à reprendre les pouvoirs démocratiques que les partis nous ont confisqués. »