De nombreuses voix s’élèvent ces derniers jours pour exhorter les autorités gouvernementales, et en particulier la VPM et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, à assouplir leur position concernant l’exigence que seuls les élèves ayant obtenu cinq “Credits” au School Certificate puissent se présenter aux examens du Higher School Certificate.

Le député Mahend Gungaparsad se faisait vendredi le porte-parole d’un grand nombre de parents et d’élèves dans ce sens. « Si Cambridge a eu une considération spéciale dans certaines matières pour les élèves se présentant aux examens du SC en tenant compte des conditions difficiles dans lesquelles ils se sont présentés aux examens en cette période marquée par le Covid, le confinement et les inondations, nous faisons un appel au ministère de l’Éducation pour qu’il accorde une dérogation spéciale aux enfants qui ont réussi à leurs examens du SC cette année afin qu’ils puissent avoir accès au HSC. No child should be left behind », a lancé ce député spécialiste en matière d’éducation.

De fait, beaucoup d’élèves ont accueilli dans l’euphorie le fait de figurer parmi les 85% d’élèves qui ont réussi à leur SC. Mais beaucoup ont très vite déchanté lorsqu’ils ont réalisé qu’ils ne pourront se présenter aux examens du HSC. Ce qui devrait leur permettre de poursuivre éventuellement leurs études au niveau universitaire plus tard. Certains de ces élèves auraient même obtenu des distinctions dans quatre matières. Pourquoi cette société mauricienne, dite libérale, impose-t-elle un plafond de verre à une catégorie de jeunes Mauriciens ? Cette situation expose au grand jour les dysfonctionnements du système éducatif à Maurice qui, à l’évidence, repose désormais sur la ségrégation scolaire. Cela nous renvoie à l’époque de pré-indépendance, où les grandes écoles privées et publiques du pays étaient réservées aux enfants issus de la classe bourgeoise. C’est grâce à des éducateurs dévoués à travers l’île, dont les Jeetah, Balgobin et Bhujoharry, que de nombreux enfants de classe inférieure ont pu avoir accès au secondaire en se mettant au diapason des élèves des grandes écoles et atteignant le HSC ou le GCE Advance.

Aujourd’hui, cela fait de la peine d’entendre certains éducateurs parler de compétition. L’accès au HSC et aux études supérieures serait-il devenu l’apanage des personnes privilégiées ? Il est un fait que ceux qui ont obtenu trois ou quatre “Credit” sont, pour la plupart, ceux se trouvant au bas de l’échelle. Or, le “Sustainable Development Goal 4” sur la qualité de l’éducation préconise un système plus inclusif et égalitaire. Sheila Bunwaree, universitaire, estime qu’une des fonctions premières de l’éducation est de faciliter la mobilité sociale. Lucien Finette abonde dans le même sens lorsqu’il affirme que l’éducation est un égalisateur dans la société. « L’éducation vient remettre tout le monde au même niveau. Les mêmes chances sont données à chacun. C’est un facteur de nivellement social extrêmement puissant. Elle donne à tous les moyens de se réaliser. »

Il est malheureux toutefois de constater qu’à Maurice, l’éducation ne fait que reproduire les inégalités. Ceux qui ont les moyens peuvent avoir accès à une éducation de niveau international dans les institutions privées. L’État dit providentiel, qui devrait promouvoir un système inclusif et égalitaire, emprunte malheureusement le sens contraire, et la reforme semble accentuer les inégalités.

C’est la raison pour laquelle il est impérieux de repenser l’éducation à Maurice, de revoir les “curriculum” afin qu’ils préparent mieux les enfants à surmonter les défis, que ce soit en matière technologique ou d’économie bleue, par exemple. Plus de 50 ans après l’accession du pays à l’indépendance, il est important de revoir les systèmes d’examens afin de les mettre en phase avec ce qui se passe aussi bien dans les pays européens que dans les pays africains.