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Selena Leroux, 21 ans : « Il y a urgence à préserver notre patrimoine culturel »

Âgée de 21 ans, après des études en Tourism Management, l’an dernier, Selena Leroux, jeune militante du patrimoine, a lancé vendredi, au Domaine des Aubineaux, son livre Cultural Tourism: Historically significant sites, buildings and monuments of the first and second wars in the Republic of Mauritius.

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Dans son livre, elle évoque l’urgence de préserver le patrimoine historique et culturel Maurice tout en mettant en lumière ce pan d’histoire axé sur des monuments historiques comme celui du monument de l’Armistice qui se trouve devant le collège Royal de Curepipe ou le collège Saint-Joseph qui a aussi servi de poste de secours à la Croix Rouge. Elle raconte au passage sa rencontre avec René Topize, à l’origine de la construction du monument de l’Armistice à Port-Mathurin, tout en insistant sur le fait que le patrimoine de Rodrigues est aussi un trésor qu’on doit faire promouvoir à Maurice.
Propos recueillis par Corinne Maunick

Passionnée des monuments historiques, vous venez de lancer votre premier livre, Cultural Tourism. Pouvez-vous en donner un avant-goût au lecteur ?

D’abord c’est une fierté pour moi, car mon livre est une référence aux monuments, sites et bâtiments qui sont reliés aux Première et Seconde Guerres mondiales. Je reste une jeune militante du patrimoine, et je suis consciente qu’il y a urgence de préserver notre patrimoine culturel. Je souhaite mettre l’accent sur le fait que beaucoup de personnes ne connaissent pas vraiment l’histoire de notre île, surtout à l’époque des guerres mondiales.

Ma démarche est avant tout de partager des pages d’histoire suite à mes recherches auprès des Mauriciens, des touristes à travers le monde car Maurice et Rodrigues ont joué un grand rôle dans la guerre. Le 13 novembre coïncidait avec le Jour du Souvenir, et mon livre tombe à point nommé pour rendre un vibrant hommage aux soldats mauriciens et rodriguais qui se sont sacrifiés sur le champ de bataille.

Diplômée en Tourism Management, vous travaillez aujourd’hui au Domaine des Aubineaux qui vous sert d’écrin pour le lancement de votre livre. Ce choix est dû à quoi ?

Ayant été étudiante en Tourism Management, je devais faire un stage de deux mois, et j’ai eu l’occasion de l’entreprendre au Domaine des Aubineaux. Grâce à ce stage, j’ai su vers quoi m’orienter. Après avoir décroché mon diplôme, on m’a proposé de l’emploi, et par la suite, j’ai décidé de travailler dans ce lieu à plein-temps. Je suis Communication and Reservation Officer, mes tâches impliquent le Social Media Marketing, la relation clientèle et les réservations incluant aussi le Domaine de Bois-Chéri et le Domaine de Saint-Aubin.
Il est bon de souligner que le Domaine des Aubineaux est reconnu comme maison de France et est aussi un patrimoine. Car à l’époque, le major Philippe Guimbeau, qui avait participé à la Seconde Guerre mondiale, vivait dans ce domaine avec sa famille. Aujourd’hui, ce domaine a été converti en musée et en restaurant.

Parlez-nous des monuments que vous avez découverts, des anecdotes liées à ces découvertes. Comment cela a changé votre regard sur le patrimoine ?

J’ai découvert tant de choses à travers chaque monument, par exemple que le premier aérodrome était à Mon-Choisy. Et pendant la Seconde Guerre mondiale, le site était considéré secret et surveillé par l’armée. Le Curepipe Town Hall a servi comme station de radio car Curepipe est la ville la plus haute de l’île. Le collège Saint-Joseph était l’unique collège qui a été marqué par la guerre car les salles de classe possédaient chacune une cinquantaine de lits. Il était aussi un poste de secours pour la Croix Rouge et un camp d’entraînement pour l’armée. En 1942, les autorités ont décidé de convertir le collège en hôpital militaire mais celui-ci a été détruit en 1945. J’apporte des informations plus détaillées dans mon livre.

Pensez-vous que votre livre va éveiller la conscience des jeunes sur le besoin urgent de préserver notre patrimoine culturel ?

Je suis âgée de 21 ans. Comme jeune, je souhaite sensibiliser les jeunes sur la nécessité de préservation de notre patrimoine car nous sommes l’avenir de notre pays et nous devons absolument préserver l’histoire de Maurice de génération en génération. Et je reste positive pour éveiller la conscience des jeunes à travers mon livre.

SOS Patrimoine en péril, cela vous évoque quoi ?

Je souhaite remercier SOS Patrimoine en péril, car c’est grâce à eux que j’ai pu avancer sur cette voie. J’aurais toujours une grande admiration pour cette association car ils ont le cran de vraiment préserver notre patrimoine et de se battre pour.

Le plus impressionnant, c’est que rien ne les arrête et ils n’ont peur de rien, jusqu’à même aller défendre leurs droits en cour. Personnellement, dès que je vois un article qui les concerne, je prends le temps de le lire car je reste vraiment impressionnée par leur initiative et leur courage.

Le fait de vous orienter vers le tourisme culturel vous a-t-il apporté un plus dans votre carrière ?

Je fais partie de ce groupe de personnes qui aiment voyager pour connaître l’histoire, la culture et le patrimoine d’un pays. D’où le titre de mon livre : Cultural Tourism: Historically significant sites, buildings and monuments of the first and second wars in the Republic of Mauritius, car c’est une des formes de tourisme que j’apprécie le plus. En effet, le tourisme culturel permet de trouver l’équilibre entre protection et utilisation du patrimoine. D’ailleurs, en travaillant dans le secteur touristique, j’ai pu constater que certains touristes sont toujours impressionnés quand ils entendent parler de la guerre mondiale.

Revenons-en à votre livre. Qui l’a édité et que doit-on retenir de vos travaux de recherche ?

Je l’ai édité par mes propres moyens et l’ai fait imprimer par Alfran Graphic & Printing Co. Ltd. Vous devez savoir que faire un livre ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère car c’est un grand projet qui demande du temps et de l’investissement. Aussi longtemps qu’on croit en soi, rien n’est impossible.

Quel est le monument historique qui vous a le plus séduite à Maurice ?

Je le répète toujours, le monument qui me séduit le plus est celui du monument de l’Armistice qui se trouve devant le collège Royal de Curepipe et qui représente les deux soldats qui tiennent une couronne de lauriers, portant tous deux leurs casques, leurs uniformes de guerre et l’un d’eux tenant une baïonnette. Cela rend hommage à tous les Mauriciens qui sont morts durant la Première Guerre mondiale. L’anecdote que je souhaiterais partager avec les lecteurs, c’est que les Curepipiens racontent que le plus intelligent des deux soldats est celui qui porte le plus long pardessus. Cela reste encore une interrogation.

Vous avez aussi rencontré René Topize, à l’origine de la construction du monument de l’Armistice à Port-Mathurin. En quoi son expérience vous a-elle été utile pour cerner le patrimoine rodriguais ?

Je viens d’apprendre il y a quelques semaines que Louis René Topize figure sur le billet de 25 et que c’est la seule personne qui est toujours vivante parmi ceux qui apparaissent sur les billets. Il m’a fait prendre conscience du fait que Rodrigues a aussi joué un grand rôle dans les Première et Seconde Guerres mondiales.

Il est aussi à l’origine de la construction du monument de l’Armistice à Port-Mathurin et c’est encore lui qui a su rendre un vibrant hommage aux anciens combattants rodriguais engagés comme volontaires durant les deux guerres mondiales. Il est aussi celui qui a installé la première pompe à eau à Mourouk et dans plusieurs endroits de Rodrigues. Le patrimoine de Rodrigues est aussi un trésor qu’on doit faire connaître à travers Maurice. La cathédrale de Saint-Gabriel est l’une des plus grandes églises de l’océan Indien.

On vient de célébrer le Jour du Souvenir dimanche. René Topize vous a aussi fait découvrir le monument de l’Armistice à Port-Mathurin. Votre réaction…

Louis René Topize m’a raconté que quand il est parti à Port-Mathurin avec les fusils qui se trouvent juste au-dessus du monument de l’Armistice, les autorités l’ont arrêté car ils croyaient que c’était de vrais fusils. Il m’a même confié que son père est parti combattre lors de la Première guerre mondiale. Et que 1 393 noms sont exposés sur le site.

Beaucoup de nos sites du patrimoine partent en fumée. À seulement 21 ans, quel message voulez-vous faire passer ?

Un des plus grands moyens de protéger notre patrimoine est de s’informer, de partager ses connaissances et de se rallier autour d’une noble cause qui consiste en la protection de notre patrimoine. Pour moi, il est clair qu’on devrait avoir une police du patrimoine qui s’assure que les lois protégeant notre patrimoine sont appliquées par la population. Et surtout, il faut aussi une prise en charge de surveillance de ces lieux. Il faut aussi sensibiliser les Mauriciens au patriotisme patrimonial et culturel en mobilisant les élus locaux pour soutenir et se relayer au maximum au niveau local. D’autres pays le font déjà.

Avec la reprise touristique, pensez-vous que ce secteur connaîtra de beaux jours ?

Oui, car après deux ans sans voyager et voir la famille à l’extérieur, beaucoup de personnes voyagent pour rattraper le temps perdu. Pour d’autres, la pandémie de Covid-19 est de l’histoire ancienne. Maintenant, on essaie tous de s’adapter comme on peut. On peut constater que le secteur touristique est en train de reprendre normalement dans le monde entier, avec notamment de grands événements mis en place comme la Coupe du Monde et les grands concerts internationaux.

Autre chose que vous souhaiteriez ajouter…

Je veux rajouter que mon livre était à la base un projet pendant mes études à l’école hôtelière Sir Gaëtan Duval. Et aujourd’hui je suis heureuse de le présenter au grand public. Et une seconde édition est à venir pour élaborer plus sur le sujet.

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