Chaque Mauricien ayant à cœur son pays, tant un amour pour sa patrie que pour sa famille, mais aussi le souhait de voir ses enfants et ses compatriotes évoluer librement et selon ses aspirations légitimes, a ce 13 février rendez-vous une nouvelle fois avec l’histoire. Les rues de la capitale attendent des citoyens engagés. Adultes et jeunes, tous mus par le même élan d’en finir avec une culture empreinte d’opacité et d’amateurisme, et manquant cruellement d’humanité. Plus que jamais résonne en chacun de nous le refrain du seggaeman Ras Ti Lang (Jean Webb Brigitte), décédé en prison à l’âge de 30 ans, en juillet 2004 : « Sitwayen, leve sitwayen ! »
De mémoire de plusieurs générations de Mauriciens, jamais, dit-on, notre pays n’aura atteint un tel degré de dysfonctionnements, marqué par la corruption, la déchéance et la démoralisation. Comment et pourquoi notre paradis niché dans l’océan Indien, fierté du continent africain, se retrouve-t-il classé sur les listes grises et noires des fraudes financières internationales ? Ce n’est là qu’un triste exemple parmi tellement d’autres, hélas ! Et c’est justement toute cette accumulation de problèmes, d’injustices multiples et de situations intrigantes qui suscitent des questions, et même, pire, le dégoût, qui renvoient aujourd’hui le citoyen face à son destin.
Un premier rendez-vous populaire avait été convoqué par le Kolektif Konversation Solider en août 2020. Il avait marqué d’une pierre blanche notre « new normal » post-confinement quand une véritable marée humaine avait envahi, ce samedi-là, le coaltar brûlant de Port-Louis. Dans le sillage de la gestion catastrophique du naufrage du MV Wakashio, qui a souillé nos lagons du sud-est et poussé au chômage d’innombrables familles mauriciennes, la rue avait grondé une nouvelle fois à Mahébourg quelques semaines plus tard.
Le moment est venu de rappeler aux dirigeants du jour, peut-être tellement enfermés dans leur tour d’ivoire qu’ils en ont occulté le fait que… le peuple n’est pas content. Les astuces, subterfuges et autres moyens rivalisant d’imagination et les combines fusent pour tenter d’effrayer les uns et les autres afin que la masse ne déferle une nouvelle fois dans les rues de la capitale. Des campagnes de frayeur, via les réseaux sociaux et autres moyens, ont également été enregistrées.
Mais quand un peuple est en colère, qui peut l’arrêter ? Quand son pouvoir d’achat s’amenuise comme neige au soleil tandis que, comparativement, les portefeuilles des régents du jour et de ceux de leurs petits copains et familles s’engraissent à vue d’œil, peut-on rester muet ? Peut-on se boucher les yeux et les oreilles, et continuer de jouer à l’autruche quand l’avenir de nos enfants est en jeu ? Que leur répondrons-nous quand ils nous reprocheront de ne pas avoir bougé le petit doigt pour défendre leurs intérêts ? Est-il juste de leur léguer un pays rongé et pourri, et où l’écosystème a été massacré au profit d’un certain développement ? Où ils ne pourront vivre librement leurs aspirations et mériter une existence paisible, à défaut de pistons ?
Les Mauriciens sont souvent critiqués pour ne pas descendre dans les rues. Soit ! Mais depuis l’an dernier, les scandales à la pelle, dont des contrats faramineux octroyés aux petits copains et copines, la mort suspecte d’un agent du MSM qui souhaitait tout déballer devant des instances concernées s’agissant de combines louches, de même que les licenciements massifs avec, pour prétexte, la COVID-19, voire le sort des employés de la compagnie d’aviation nationale, qui demeure en suspens, pour ne citer que ces quelques items, ont eu raison de la léthargie de chacun d’entre nous.
Et autre facteur positif : l’opposition a enfin opté pour en finir avec la politicaille. Un front uni, dans un élan commun, citoyen et solidaire pour signifier et cristalliser la colère populaire. La démission de Nando Bodha, salué à juste titre d’ailleurs par tout un chacun, car le député du No 16 (Vacoas/Floréal) a de tout temps été d’une autre trempe, de celle des vrais politiques qui ne se cachent pas derrière des pseudo-leaders ou des rois autoproclamés, a été accueillie comme un bol d’air frais, un vent libérateur. Connotant qu’un jour nouveau se lève…