Dr Diplal MAROAM

L’inégalité constitue une des causes majeures d’instabilité qui, dans une société si fragile comme la nôtre, peut aisément basculer et déraper sur le terrain de la division. Des propos malveillants exprimés ces derniers temps sur les réseaux sociaux suscitent d’énormes appréhensions d’autant que les souvenirs traumatisants de certains bouleversements du passé sont encore vifs dans nos mémoires. Ce n’est pas tant le changement de politiciens revendiqué – « B… li deor» – pour faire bouger les lignes qui importe mais bien de politique car tout changement a besoin d’abord et surtout d’engagement.

Certes, le concept d’égalité ne serait qu’illusoire. Inscrite dans les gènes, la différence entre individus détermine leur capacité tant physique qu’intellectuelle, tant et si bien que chaque élève, par exemple, ne peut exceller sur le plan éducatif comme chaque athlète ne peut courir les 100 mètres en moins de 10 secondes. Cependant, tout doit être entrepris afin d’atténuer, autant que faire se peut, les effets de cette différence tant sur l’individu que sur la société dans son ensemble. Et, dans cette perspective, l’éducation a un rôle primordial à jouer. En effet, tout système éducatif mettant un accent disproportionné sur le côté académique – comme tel est le cas chez nous – est susceptible de produire un taux d’échec important avec toutes les conséquences que cela comporte sur la paix et la stabilité sociale.

Ainsi, sur le plan scolaire, tous les dispositifs nécessaires doivent être envisagés afin que la différence entre enfants ne devienne un vecteur d’inégalités et éventuellement, de la pauvreté et d’exclusion. Par conséquent, le programme éducatif doit essentiellement se mettre au diapason de différentes aptitudes des élèves dans le but de favoriser leur orientation, à divers niveaux du parcours scolaire, vers leurs filières de prédilection, académique, technique ou vocationnelle. Attendons voir ce qu’apportera de concret la réforme de la ministre Dookhun-Luchoomun qui prône effectivement la répartition des élèves après la Grade 9.

Ensuite, au niveau socioprofessionnel, c’est la politique d’inclusion qui, à tout prix, doit primer. Le PMSD qui avait, dans le passé, fait de l’Equal Opportunity Act (EOA) son cheval de bataille, s’est vite rendu à l’évidence que cette loi ne constitue pas une panacée pour le rétablissement de l’équilibre social dans le domaine de l’emploi. Certes, l’intention de nos dirigeants, en votant l’EOA en 2009, était fort louable. L’objectif, selon leur programme gouvernemental, était de promouvoir la méritocratie afin d’assurer l’équilibre dans le domaine du recrutement et de la promotion dans les secteurs public et privé. Or, il est malheureux de constater aujourd’hui, que cet objectif est loin d’être atteint et dans certains cas, cette législation a même produit un effet boomerang. Car le principe d’égalité des chances se fondant sur la règle universelle du mérite comme l’unique critère de sélection, place tous les concurrents indistinctement sur la même ligne de départ et il est évident qu’une telle compétition est toujours sujette à la loi du plus fort. C’est, selon toute évidence, une dose de discrimination positive qui rétablirait l’équilibre au niveau professionnel. Mais quand les différences innées entre individus sont instrumentalisées pour évoquer la discrimination et l’injustice, c’est bien le sentiment communaliste qui est attisé. L’on ne brise pas le thermomètre lorsque la fièvre monte. Car, dans un pays comme le nôtre avec une sensibilité ethnique à fleur de peau, où l’unité ne représenterait que le vernis de la structure sociale, la moindre perception d’ordre communal est toujours susceptible de provoquer agitations et turbulences.

Finalement, dans le sillage de la pandémie de COVID-19, de gros nuages s’amoncellent sur l’économie mondiale et notre pays ne fait pas exception à la règle. Bien que des mesures prises ces dernières années pour combattre la fracture sociale et ces derniers mois pour porter assistance à ceux affectés par les licenciements et la réduction des activités économiques de même que par le chômage technique suite au naufrage du Wakashio, ne peuvent être éclipsées, c’est à la base, au niveau du système économique qu’une réforme en profondeur doit impérativement être envisagée. Ce n’est pas la pauvreté qu’il convient de combattre mais la richesse car c’est du haut que se creuse l’inégalité. Bref, l’assainissement social requiert un sursaut national – et non pas sectaire – impliquant la mobilisation de toutes les parties concernées car il constitue le socle même du développement et du progrès.