Alors que Maurice se retrouve une fois encore face à la menace de la COVID-19, après la découverte de nouveaux cas locaux – comprenez par là en libre circulation, et donc en dehors de nos centres de santé et de quarantaine –, les Mauriciens ont replongé dans la psychose de l’année dernière lorsque, à pareille époque, le confinement avait été une première fois décrété. Avec pour résultats, à la fin du lockdown, des fermetures en cascade et la mise à pied de milliers d’employés. Une situation que personne, bien évidemment, ne voudrait revivre, à commencer par ceux qui auront perdu des proches, décédés de complications de santé après avoir contracté le virus. Une peur légitime, certes, mais qu’il convient de relativiser et ce, pour plusieurs raisons. D’abord parce que depuis l’an dernier, les choses sont évidemment différentes. Un an de connaissances sur le mode de transmission et la manière de traiter le virus plus tard, nous devrions en effet être plus à même de gérer la présente crise. D’autant que, désormais, la population peut compter sur la disponibilité de vaccins.

Pour autant, la peur reste bien présente au sein de la population et ce, bien que l’espoir de remettre les compteurs à zéro en termes de cas locaux soit lui aussi bien réel, sans que l’on ne minimise évidemment pour autant les risques d’une possible explosion. En vérité, l’issue de cette nouvelle crise ne dépend pas seulement des autorités, mais surtout de notre volonté à tous de respecter les gestes barrières, que nous connaissons d’ailleurs très bien maintenant, puisqu’on nous les ressasse depuis maintenant bientôt un an. Peut-être, en tout cas, devrions-nous profiter, une fois encore, de ces nouveaux moments douloureux pour transformer notre peur panique en questionnements sur notre mode sociétal, comme de savoir combien d’entre nous craignent de « respirer », du moins si l’on écarte volontairement de cette question la COVID. Personne, c’est certain ! Pourtant, comme le révèle une récente étude, la pollution émanant des seuls combustibles fossiles tue, à travers le monde, près de 9 millions de personnes par an. Soit… quatre fois plus que le virus en un laps de temps plus long.

Pourquoi évoquer ce constat, demanderez-vous ? D’autant que les deux phénomènes, le virus et la pollution, ne semblent a priori aucunement liés… En fait, pour plusieurs raisons. En premier lieu parce que si la lutte contre la pandémie demeure une priorité mondiale, le combat contre la pollution aux hydrocarbures, lui, n’a en vérité jamais eu lieu, ou alors à une échelle si minuscule qu’il équivaudrait à envoyer seul au front le soldat Ryan face à une armée de soldats lourdement armés. Ainsi, autant nous semblons tétanisés par la crainte du virus, autant nous ne paraissons pas trop nous indigner collectivement face à la pollution, que nous respirons pourtant allègrement tous les jours.

Par ailleurs, contrairement aux apparences, un lien existe bel et bien entre la pandémie et la pollution, tous deux étant en effet les fruits de notre système globalisé. S’il n’est un secret pour personne que la pollution aux énergies fossiles émane essentiellement de notre système de marché, en termes de production et de transport de marchandises et de personnes principalement, le lien avec le virus, lui, apparaît moins clairement. C’est oublier que le virus aura pris avantage de ce même système, en embarquant avec nous, que ce soit en jet privé ou au fond de la cale d’un vieux cargo, sans bien sûr qu’aucun passeport ne lui soit réclamé.

Que l’on ne s’y trompe pas : la question, ici, n’est pas de minimiser l’impact socio-économique et sanitaire du virus qui nous inquiète aujourd’hui, mais simplement de rappeler que la COVID n’est pas le seul ennemi à combattre, pas plus d’ailleurs que la pollution, si l’on veut rester cohérent. Non, le seul et véritable ennemi, c’est… nous. Ou plutôt, pour être encore plus précis, le système que nous avons mis en place et alimenté, et qui, jour après jour, de la manière la plus sournoise qui soit, car de manière invisible, nous prouve toujours un peu plus ses faiblesses. Notre monde globalisé, avec pour finalité le seul profit et pour première conséquence, l’épuisement de nos ressources, n’est tout bonnement plus viable. Seul un changement de paradigme nous permettra de nous débarrasser définitivement de tout ce qui, aujourd’hui, nous entraîne vers l’abîme. Virus compris !

Michel Jourdan