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Tourisme : mercredi noir

L’industrie touristique mauricienne a vécu cette semaine un mercredi noir. À peine sortie de 18 mois d’hibernation forcée, avec ce que cela représente comme pertes et manque à gagner, et alors qu’elle croyait avancer à grande vitesse vers un retour à la presque normale, cette industrie s’est retrouvée sur le tapis après un direct en plein visage et un uppercut inattendu venant d’un pays ami comme la France. Le classement de Maurice sur la liste rouge en Inde ou la suspension d’un mois de vols sur la desserte avec l’Afrique du Sud ont pu affaiblir notre industrie touristique, mais ce n’est rien par rapport à l’interdiction ou presque des touristes français de venir à Maurice à partir de ce samedi.
Cette nouvelle crise touristique, au vu de ce qu’elle représente, a mis au second plan une question non moins importante, susceptible d’avoir des conséquences graves sur la liberté de la presse, à savoir l’adoption de l’IBA Amendement Act au Parlement mardi. Cela a donné lieu à des manifestations mardi et à une tension qui devrait se poursuivre.
Le premier coup de semonce contre notre industrie touristique est venu avec la publication sur la page Web de l’ambassade de France que, depuis le 30 novembre, Maurice est classée sur la liste rouge en France. L’annonce était gênante, mais n’avait pas pour autant bouleversé les opérateurs touristiques. D’ailleurs, la MTPA considérait qu’« étant donné le taux élevé de vaccination dans le pays et le fait que tous les visiteurs arrivant à Maurice doivent être doublement vaccinés afin d’éviter la quarantaine, l’annonce aura un impact minimal sur les voyages entre nos deux pays ».
Personne ne s’était douté que le coup de grâce allait suivre avec la création d’une nouvelle catégorie encore plus foncée que le rouge normal par le Conseil des ministres français, à savoir le rouge écarlate, catégorie dans laquelle ont été placés six pays de l’Afrique australe, à commencer par l’Afrique du Sud et auxquels ont été ajoutés trois autres pays, dont Maurice. C’était le coup de grâce, puisque cela voulait dire que les Français ne pourront pas, à partir de ce samedi, visiter les pays tombant dans la catégorie rouge écarlate, alors que les voyageurs en provenance de ces pays ne seront pas autorisés à entrer en France à moins de respecter des conditions extrêmement contraignantes. C’est catastrophique ! L’industrie touristique vacille.
Les réactions à Maurice n’ont pas tardé, le ministre des Affaires étrangères Alan Ganoo parlant de « mesures malheureuses ». La MTPA et l’AHRIM, représentant le secteur public et le secteur privé, parlent d’une mesure « aussi soudaine que sévère ». Elles rappellent que la France est le principal marché touristique du pays. L’impact sur cette industrie, dont dépendent 150 000 personnes, est terrible. Gilbert Espitalier-Noël (Beachcomber) parle, pour sa part, de mesure « injustifiée et hâtive », avec des implications catastrophiques sur l’industrie.
Comment Maurice s’est-elle retrouvée dans de si sales draps ? La France attribue sa décision à la circulation du virus à Maurice. Mais dans les coulisses, on parle de la légèreté avec laquelle aurait été traité le Réunionnais porteur du variant Omicron lors de son transit à Maurice, et qui aurait exaspéré les autorités réunionnaises. Ce n’est pas un hasard si le ministère la Santé s’est vu obliger de publier un communiqué pour expliquer les circonstances dans lesquelles s’est déroulé le transit du ressortissant réunionnais dans l’île.
Cet épisode mérite une enquête approfondie, et s’il s’avère qu’il y a eu faute, il faudrait qu’il y ait aussi sanction. Il est évident que comme cela a été le cas pour la sortie de la liste grise de la FATF, Maurice doit démontrer, au-delà des paroles et des déclarations ministérielles, que dans la pratique, le système de contrôle et les protocoles sont mis en œuvre scrupuleusement, et que toutes les mesures sont prises pour réduire la circulation du virus et pour réduire le nombre de décès. La confiance dans la parole des autorités mauriciennes est sérieusement mise à mal, même s’il est vrai que la manière de faire des grandes puissances face aux pays vulnérables, dont les pays africains, n’est pas exempte de critiques.
Cette déclaration du secrétaire général de l’Onu, Antonio Gutteres, mercredi, est lourde de sens. « We have the instruments to have safe travel. Let’s use those instruments to avoid this kind of, allow me to say – travel apartheid – which I think is unacceptable. »

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