ALIYAH CHOJOO

En vertu des torrents d’informations à en faire mal au crâne, on l’aura compris, la terre tourne depuis plusieurs semaines autour du nouveau coronavirus. La crise du Covid-19 est au centre des discussions, des débats et semble avoir mis une pause à la « vie normale » sur Terre.

Crise actuelle

Cette crise, d’abord sanitaire, monopolise toutes les attentions puisqu’elle est également économique et affecte la production mondiale, le tourisme mondial et la consommation mondiale. Ce sont surtout les pays occidentaux qui sont les plus durement touchés selon l’image que les médias veulent nous montrer, captivant notre attention sur cette partie du monde.
Cependant, il ne faudrait pas laisser la crise actuelle passer sous silence les autres crises et réalités qui persistent partout dans le monde. Le coronavirus a beau focaliser notre attention ailleurs, n’oublions pas d’autres problèmes sanitaires importants : famine, malnutrition mais également les problèmes écologiques. La crise climatique n’est non plus pas à négliger ni à mettre de côté car les conséquences sont là, même si elle paraît moins importante ou « urgente » que celle du coronavirus.

Est-ce que le monde avant cette crise sanitaire allait bien ? Y a-t-il de l’espoir mais surtout y a-t-il une volonté que les choses changent après cette crise ? En soulevant des questions et des observations, j’invite chacun à repenser cela et à réfléchir. Serait-il enfin temps que l’on passe d’une société d’avoir à celle de l’être ? Et surtout quel monde de demain voulons-nous créer ?

Croissance ou décroissance ?

Le confinement général oblige environ un tiers de la population mondiale à rester chez soi et met la croissance mondiale sur pause. Un côté positif est que la nature se régénère et se rétablit : les niveaux de pollution dans le monde ont considérablement diminué, des espèces d’animaux ont refait surface dans des habitats qu’ils avaient délaissés et la nature a repris son cours. Même si nous ne pourrons pas rester confinés chez soi indéfiniment, nous voyons clairement que la nature et la vie sur Terre vont tout de suite mieux quand il n’y a pas d’activité humaine perturbatrice. Cela nous amène à repenser notre impact mais surtout notre relation et position par rapport à la Terre. Notre modèle de domination de la planète en extrayant les ressources disponibles n’est pas viable ni durable et on ne peut plus continuer sur cette lancée. Passer d’une société de l’avoir à celle de l’être requiert un changement de société qui peut se faire par un changement humain : il faudrait une prise de conscience de la valeur inestimable de la vie et de la nature et coopérer avec le vivant et non plus le détruire. Posons-nous la question, est-ce que l’on veut continuer à détruire les ressources de la planète ?

Après la crise, il serait primordial d’aller vers un modèle économique qui prend en compte l’écologie, la solidarité, les inégalités sociales et les conditions de l’humain. Ne parlerons-nous pas alors de décroissance, c’est-à-dire moins produire et moins consommer dans l’objectif de préserver l’environnement ? Repenser l’économie sera un enjeu majeur pour de nombreux pays endettés et durement affectés par cette crise (Maurice étant le premier) mais l’écologie n’est plus à négliger dans le système de croissance.

Consommation
Repenser nos manières de consommer est fondamental pour établir un monde de demain sain.
Ici à Maurice, on a tous dû prendre sur soi nos habitudes de consommation : en effet, la fermeture des supermarchés et les jours destinés pour faire les courses nous ont obligés à réduire notre consommation et aller vers le nécessaire. Être dans la sobriété des ressources a été l’option imposée suite à un manque de ressources pour satisfaire toute la population. Ce concept de sobriété, d’abord prôné par Gandhi et profondément développé par Pierre Rabhi, philosophe et agriculteur franco-algérien, n’est pas du tout incohérent, et au contraire cela a tout son sens : il serait de refuser les choses dont nous n’avons pas forcément besoin et vivre une vie de manière plus simple. Cela fait de la consommation un acte politique qui donne un pouvoir au consommateur : de choisir de soutenir le marché local en achetant ce qui est produit ici, refuser de soutenir les grosses marques industrielles, entre autres. J’évoque ici la consommation impulsive de masse et de luxe, bien sûr demander à des gens aux ressources financières limitées d’opter pour la sobriété n’aurait pas de sens, mais c’est un concept intéressant pour ceux qui peuvent le pratiquer, non ? Ça serait d’être plus riche intérieurement avec moins de ressources, refuser le superflu et être heureux de vivre dans la simplicité.

Progrès technologique


Avons-nous besoin encore et toujours plus de progrès technologique ? Cela renvoie encore une fois à nos modes de consommation et de vie. Ce n’est pas parce qu’un idéal soit technologiquement possible à créer qu’il faut le faire et le réaliser pour notre consommation. À quoi bon amener encore plus de technologies dans un monde qui se meurt, aux ressources limitées, un monde qui ne peut plus soutenir une croissance économique ne prenant pas en compte le vivant. Je ne dis pas que le progrès est mal, non, mais cela dépend du progrès que nous recherchons : investir dans la recherche pour des énergies renouvelables, croître dans le domaine de l’éducation (non-conventionnelle) et de la santé, alors oui là le progrès est nécessaire. Et même, en ce temps de confinement être connectés au réseau, nous facilite le contact – vital – avec nos proches, le partage des connaissances ; cela est totalement bénéfique. Cependant, je pointe du doigt la technologie de profit, c’est-à-dire un progrès technologique excessif, voire inutile, comme le développement de la 5G par exemple, la robotique ou encore la course à l’innovation de smartphones et autres outils technologiques dernier cri, excessivement chers pour leurs fonctions. Alors là, cela demande à réfléchir non ? Est-ce que l’on veut continuer à soutenir ces grosses compagnies qui s’enrichissent et qui polluent énormément ?

Système vs. Amour

 

Un des derniers points intéressants à questionner est le système dans lequel nous sommes. Le travail a dû être réinventé en ce temps et pour certains cela a permis de nous demander quelle est notre fonction sur cette Terre. Vivons-nous pour travailler ? Ou travaillons-nous pour vivre ? Ce temps de pause oblige à repenser nos modes de vie qui parfois nous glissent sous les yeux, dans un monde qui va si vite. Cette pause contre notre gré (ou qui tombe bien au final ?), nous invite à réfléchir à un système qui prône le toujours plus et la compétition, selon laquelle nous avons été formatés et à laquelle nous nous conformons. Demandons-nous assez ce qui nous inspire vraiment et ce qui nous fait nous épanouir ? Peut-être un retour à l’essentiel, à la simplicité, une fois encore à la sobriété…
Ce confinement nous aura montré que les relations humaines sont nécessaires pour notre bien-être. Peut-être que nous l’avions oublié ? En ce temps de confinement, on prend le temps d’être là physiquement or virtuellement avec ceux que nous aimons. On se sent peut-être un peu plus proche de sa famille, de ses voisins, et de sa communauté. Veiller sur l’autre, donner de l’amour pour soi et pour les autres, prendre des nouvelles nous renvoient à nos valeurs profondes de ce que c’est qu’être humain. En fait, je pense que se donner de l’amour à soi-même et aux autres est primordial pour pouvoir espérer un changement de mentalité et une ouverture d’esprit. Comment prendre soin de la Terre et des autres si dès le début on se néglige, on ne s’écoute pas et on ne se connecte pas à soi-même. Imaginez si tout le monde était conscient de la valeur inestimable de la vie alors l’attention ne serait pas focalisée sur des choses futiles. Je pense qu’il y aurait tout de suite beaucoup plus de bienveillance, de partage de confiance et de respect à l’égard des autres. Et bien sûr plus d’Amour et de respect pour la Terre qui doit plus que jamais être protégée.
Le monde de demain, je l’espère, fera davantage de place aux relations humaines d’entraide, de bienveillance, d’empathie et d’Amour et non plus à l’avarice, à la soif du pouvoir, à l’enrichissement et à la compétition.

Finalement, un des aspects positifs de cette crise est qu’elle aura permis à beaucoup d’entre nous (y compris moi) de se poser les bonnes questions sur nos comportements, nos besoins, nos aspirations, et notre perception de la vie, pour un monde meilleur demain, et ce, tout en restant chez soi !