PATRICK BELCOURT
En avant, Moris !

La politique est l’art du possible, dit-on. Et, par raccourci, on a fini par croire que tout est possible en politique. Ce n’est pas vrai. La politique consiste bien à réussir des compromis, mais quand on croit pouvoir s’entendre sur tout, c’est souvent là que l’on n’incarne plus rien !

Il y a eu depuis la fin du mois d’août, un intérêt des médias pour une proposition visant à rassembler les partis d’opposition, aussi bien ceux qui sont au parlement que ceux que l’on présente comme des mouvements émergents, en vue des prochaines élections municipales.

Cette proposition de « 100% Citoyens » est diversement accueillie. Cela semble une bonne idée que de réunir les forces de l’opposition, pour vaincre surtout le MSM devenu trop fort par sa manière de faire usage autant de l’appareil d’État que de ses financements sans commune mesure. Mais, est-ce que les moyens excessifs du parti au pouvoir justifient les moyens que certains dans l’opposition souhaiteraient déployer ?

Dès que l’on questionne la proposition en ces termes, on peut deviner la faiblesse du raisonnement qui la sous-tend. Un excès peut-il en justifier un autre ? Ces grands retours de balanciers, c’est justement ce dont l’histoire politique du pays nous a gratifiés jusqu’ici. On a trop longtemps assisté à la victoire de ces formations et leurs alliances sur la base du marketing des scandales. Et nous savons aussi que, pour la population, cela se solde toujours par pertes et fracas.

On ne peut prétendre faire de la politique autrement et s’engager dans les mêmes pratiques et les mêmes arrangements que les partis traditionnels. Il faut bien comprendre ce qui est mauvais dans ces arrangements pré-électoraux. Le vice réside justement dans la démarche essentiellement électoraliste où les formations politiques se procurent quelques personnes connues et en font leurs vedettes de campagne. Ceux-ci, trop contents d’être des têtes d’affiche, sont réduits ensuite à n’être que des marionnettes dont les fils sont tirés par des lieutenants de leaders engagés dans un rapport de forces permanent. C’est ainsi que les partis procèdent au viol de la démocratie.

Chez « En avant, Moris ! », nous avons, dès le lancement de notre formation, indiqué aux citadins de Beau-Bassin/Rose-Hill que s’ils souhaitent que nous puissions appliquer notre programme de développement, il leur faut nous procurer la majorité des sièges. Nous estimons que la démocratie nous engage dans cette forme de responsabilité réciproque où l’électorat, conscient des enjeux, détermine en toute connaissance de cause l’issue de cette épreuve électorale. Quand l’électorat fait un mauvais choix, il est alors juste qu’il en subisse les conséquences. C’est une juste répartition des responsabilités.

Sans une majorité engagée sur un programme, il ne nous est pas possible de garantir l’exécution de notre vision pour la ville. Admettons, cependant, que nous ne disposons pas d’une majorité simple ; que se passe-t-il dans ce cas de figure ? C’est là que la question des alliances trouve sa pertinence. Il importe alors aux élus de se réunir sur la base d’un programme commun en vue de travailler pour la collectivité.

Qu’est-ce qui fait alors la différence entre une alliance pré-électorale et une alliance post-électorale ? En tout premier lieu, on trouve dans l’arrangement post-électoral, le respect du vote des citoyens. Car, ceux qui sont aptes à négocier des alliances pour diriger la ville au bénéfice des administrés sont ceux qui ont effectivement été élus. Ils disposent de la légitimité pour constituer cette majorité qui n’est pas sortie des urnes de manière suffisante. C’est là que la politique doit être l’art du possible.

Les négociations pour la constitution d’une majorité doivent, dans ce cas de figure, être centrées sur les éléments de compatibilité des programmes respectifs des groupements des élus. Ils peuvent ensuite rendre compte, en toute transparence, du programme commun auquel ils seraient parvenus pour l’administration de la ville.

Ainsi, les arrangements post-électoraux montrent la primauté de la volonté populaire, tandis que les alliances pré-électorales ne représentent que la volonté de quelques leaders et influenceurs d’imposer leurs combines électoralistes pour faire émerger des candidats selon des profils et des motifs non-avouables. On le voit bien au plan national, ce sont ces arrangements pré-électoraux qui permettent aux partis traditionnels de se maintenir au parlement. Et de la même manière, les conseils municipaux ainsi que les conseils de districts sont pris en otage par ces partis.

Quand ce dispositif est ainsi exposé, on peut comprendre pourquoi nous invitons les habitants de Beau-Bassin/Rose-Hill à sanctionner ces partis qui ont recours à ces procédés qui pervertissent notre démocratie. Et on réalise aussitôt que l’on ne peut cautionner pour les partis émergents les mêmes pratiques que l’on condamne pour les partis traditionnels. Nous avons l’obligation d’être cohérents quand on s’engage en politique. Et quand on s’attèle à cette obligation, c’est là que l’on se rend compte que tout n’est pas possible en politique.