• Le démantèlement de ce réseau de trafiquants fait suite à une collaboration avec es autorités à l’île de la Réunion
  • Le Golden Boy Ritesh Gurroby de Pointe-aux-Cannoniers arrêté par l’ADSU lors d’une filature hier
  • Le patrimoine du clan Gurroby comprend huit bateaux de pêche ; Rs 12 M et des pierres précieuses

Environ 300 kg de drogue, comprenant de l’héroïne et du haschich, d’une valeur marchande de Rs 3 milliards, selon une première évaluation de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), ont été saisis hier à Pointe-aux-Canonniers. Les limiers de l’ADSU soupçonnent qu’une partie de la drogue aurait été acheminée par bateau à Maurice depuis La-Réunion, où un réseau de cultivateurs de haschich a été démantelé la semaine dernière. Dans le sillage de cette saisie, Ritesh Gurroby a été appréhendé dès hier avec d’autres arrestations en vue.

C’est un coup de filet pour l’AdDSU, qui a monté cette opération suite à des informations en provenance des autorités réunionnaises. Hier, des membres de la brigade antidrogue ont en effet saisi l’équivalent de Rs 3 Mds de drogue, soit 300 kilos, et arrêté le Golden Boy Ritesh Gurroby. Tout débute la semaine dernière, lorsqu’un réseau de cultivateurs de haschich est démantelé à l’île de La-Réunion, plus précisément dans la région de Saint-Benoît. Interrogés, les suspects ont expliqué que leurs clients ne sont autres que des Mauriciens qui entrent illégalement sur le territoire par voie maritime.

Cette information cruciale est relayée au Deputy Commissioner of Police, le DCO Choolun Bhojoo, patron de l’ADSU, qui met plusieurs équipes sur l’affaire.  Les soupçons tombent rapidement sur Ritesh Gurroby (37 ans), dont la famille possède huit bateaux de pêche à Grand-Baie, et dont les sources de revenus font l’objet depuis le début de l’année d’interrogation au niveau de la police. Ainsi, hier, les enquêteurs ont décidé de prendre en filature le principal suspect, qui s’est rendu dans un terrain boisé près du Club Med de Pointe-aux-Canonniers. Dans un premier temps, les policiers avaient surveillé l’arrivée d’un de ses bateaux dans la région, mais sans succès.

L’ADSU a alors appréhendé le suspect sur le terrain en question, où ce dernier a fini par conduire les policiers à l’endroit où étaient enfouis près de… 300 kg de drogue. Les officiers n’en croyaient pas leurs yeux, car il s’agissait manifestement d’une saisie record. Après quoi la drogue a été saisie et le suspect conduit aux Casernes centrales.

Interrogé, Ritesh Gurroby, que la police estime n’être qu’un « petit poisson », n’a cependant rien voulu dire sur la provenance de la drogue, ni même sur l’identité de ceux qui financent la drogue. L’ADSU ne se fait d’ailleurs pas d’illusion, car l’omerta (« la loi du silence », dans le milieu de la mafia) semble prévaloir dans cette affaire. La brigade antidrogue est néanmoins sur la piste d’autres personnes dans l’entourage du trentenaire. D’autres arrestations devraient avoir lieu prochainement.

Ritesh Gurroby fait partie d’un réseau mafieux où l’argent de la drogue est blanchi par le biais de pierres précieuses et de devises sur le marché noir. En février, l’ADSU avait d’ailleurs déjà arrêté trois membres de la famille Gurroby soupçonnés d’être impliqués dans un cas de blanchiment d’argent. Plus de Rs 12 millions ainsi que des pierres précieuses, d’une valeur de Rs 3 M à 4 M, avaient alors été saisies.

La police avait débarqué chez un planteur (37 ans) habitant Congomah et, après une perquisition, avait découvert une structure en bois ressemblant à un meuble où était dissimulé un coffre, que le planteur avait alors dit appartenir à son beau-frère, un certain Nitesh Gurroby (34 ans). Ce dernier, qui habite Grand-Baie, avait ensuite été emmené à Congomah pour ouvrir le coffre. À l’intérieur : des sacs remplis de billets de banque, notamment dans différentes devises, ainsi que des pierres précieuses. Après un inventaire, les enquêteurs ont alors pu confirmer la saisie de Rs 5 352 575, de USD 170 650 (Rs 6 860 000) et de 5 000 euros (Rs 244 000). Mais aussi de 150 pierres précieuses, dont 17 rubis, dont la valeur est évaluée de Rs 3 M à Rs 4 M, dépendant de la qualité des pierres.

L’ADSU avait également mis la main sur un lingot d’or de 4 cm, une “silver bar” de 18 cm, 43 pièces en argent et d’autres en or. Lors de son interrogatoire, Nitesh Gurroby avait avancé être directeur d’une compagnie de bateaux de pêche en haute mer et que l’argent et les biens saisis représentaient les recettes de son travail. Une partie de ses profits, dit-il, aurait été convertie en devises et aurait servi à acheter des pierres précieuses, au lieu de déposer le tout en banque. Ce faisant, selon ses dires, il voulait éviter de payer la taxe.

L’ADSU avait ensuite perquisitionné la maison de son frère, Ritesh Gurroby, à Grand-Baie, où les policiers ont cette fois découvert une somme de Rs 443 150 et des devises évaluées à Rs 482 000. Le principal intéressé avait expliqué qu’il travaille avec son frère lors de campagnes de pêche et qu’une seule sortie en mer leur permettait de pêcher plus de trois tonnes de poissons. Ritesh Gurroby avait néanmoins obtenu la liberté conditionnelle après son inculpation provisoire pour blanchiment d’argent.

Mais il n’était pas sorti d’affaire pour autant, les policiers étant bien décidés à scruter ses faits et gestes, d’autant qu’il était soupçonné d’être un maillon fort dans un réseau de drogue opérant dans le nord de l’île. Les enquêteurs n’écartent d’ailleurs pas la possibilité que la saisie de Rs 105 millions d’héroïne effectuée sur un lopin de terre à Fond-du-Sac le 19 mars dernier serait liée à la saisie d’hier.

Des développements au niveau de l’enquête sont à prévoir.

Les frères Gurroby arrêtés

Après Ritesh Gurroby, son frère Nitesh Gurroby a été arrêté par l’Adsu dans la nuit hier. La police le soupçonne d’être le cerveau de cette importante importation de drogue. D’ailleurs, c’est lui qui contrôle l’entreprise familiale des Gurroby, qui possède au moins huit bateaux de pêche dans le Nord. Dans le sillage de cette affaire, les limiers ont interpellé un vigile qui surveillait une maison de construction à Pte-aux-Cannoniers. Ils soupçonnent que les activités de drogue se déroulaient en ces lieux. Il se pourrait que le vigile soit libéré ce lundi après avoir donné sa version. Les frères Gurroby sont, eux, attendus au tribunal de Pamplemousses aujourd’hui pour leur inculpation provisoire.