On recense, en cette année noire 2020, un nombre conséquent de décès chez les travailleurs étrangers. Souvent lors d’accidents survenus sur leurs lieux de travail, la plupart du temps, ce sont sur des chantiers, pas les usines. Il y a aussi ceux qui meurent des suites de maladies. Et il y a ces quatre victimes – Abdur Razack, Sonjoy Das, Islam Faruk et Rakib Molla – et la soixantaine de leurs compatriotes blessés dans ce dramatique accident de la route, survenu ce 5 novembre, quand l’autobus individuel, rempli comme un œuf aux dires de certains, a dérapé et est allé terminer sa terrible course contre un abribus à Pailles.
Il faut dire aussi qu’ils sont plus nombreux, ces dernières années, à venir tenter leur chance auprès de Dame Fortune dans notre petit… paradis. Qui devient cependant pour beaucoup d’entre eux un véritable enfer. À écouter leurs doléances, qui se ressemblent et s’enchaînent, bien que les années passent et que des décisions soient annoncées, on se demande pourquoi, de quel droit et au nom de quels principes, ni gouvernement ni employeurs ne bougent le petit doigt pour assurer des conditions de vie et de travail décentes à ces pauvres âmes !
Est-ce parce qu’il s’agit d’étrangers, qu’ils sont de nature plutôt calme et tranquille – à ne pas confondre avec servilité et docilité –, et qu’ils ne font d’ordinaire pas de grabuge et qu’ils sont tellement discrets qu’ils sont, dans nombre de cas, traités avec moins d’égards et de respect ? Est-ce parce qu’ils sont payés que certains prennent des libertés dans leur attitude et leur approche envers ces travailleurs étrangers ? Est-ce que certains ont oublié qu’ils ont affaire à des êtres humains, et non à des objets ?
Les syndicalistes, Fayzal Ally Beegun, Jane Ragoo et Reaz Chuttoo surtout, ont beau crier sur tous les toits et attirer l’attention de chaque régime qui se succède à la tête du pays, sur les mauvaises conditions de (sur) vie de ces employés étrangers et des traitements souvent discriminatoires à leur égard. Pourtant, très peu est fait en ce sens… Pour preuve : l’autobus qui a coûté la vie à Abdur Razack, Sonjoy Das, Islam Faruk et Rakib Molla, jeudi dernier, roulait, selon des témoins, avec environ 70 personnes à son bord : ce qui est largement au-dessus du nombre réglementaire.
Et ce que certains considèrent comme de « petits » manquements comme cela, ces travailleurs étrangers en sont victimes au quotidien et de mille façons : espace trop exigu pour vivre – imaginez vivre dans une cellule surtout durant l’été torride qui nous attend -, absence d’eau potable, conditions insalubres des dortoirs, inexistence de toilettes et salles de bains décemment aménagés, lieux inappropriés pour se préparer à manger dans des conditions hygiéniques… Quand il ne s’agit pas de plaintes pour séquestration et d’autres horreurs du même acabit !
Début 2020, Statistics Mauritius recensait 45 000 travailleurs étrangers, venant principalement du Bangladesh, de l’Inde et de Madagascar. Ces pauvres diables ne touchent pas le jackpot. Leurs salaires sont immédiatement versés à leurs familles. Plus de 45 000 pauvres âmes qui ont quitté leurs familles aimées et aimantes, le confort de leur chez-soi, et surtout une partie d’eux-mêmes enracinée à tout jamais dans leur terre d’origine pour subvenir aux besoins des leurs. Autant de sacrifices qu’ils ont accepté de faire, pour venir travailler ici, et non se dorer la pilule. Mais doivent-ils, pour autant, mettre leur vie en péril ? Gouvernement et employeurs ne peuvent-ils pas assurer à ces êtres humains des conditions décentes et adéquates ? Pourquoi traiter cette main-d’œuvre de la sorte ?
Rejoignons l’appel du cardinal Maurice Piat, fait ce 5 novembre, pour un « Noël solidaire ». Ajoutons à la liste de demandes du religieux que tant les autorités concernées que ceux qui côtoient de près ou de loin ces travailleurs étrangers changent d’attitude. En cette terrible année marquée par une crise mondiale causée par un virus qui n’en finit pas de faire des morts dans notre monde, ouvrons nos cœurs et faisons taire l’égoïsme qui l’emporte trop souvent… Sauver des vies et semer l’amour ne valent-ils pas davantage que l’indifférence ?

Husna Ramjanally