KRIS VALAYDON

La démission inattendue de l’ancien ministre des Affaires étrangères Nando Bodha a été favorablement accueillie par la grosse majorité des opposants à l’actuel régime. Qu’ils soient membres de partis politiques, de groupements de la société civile, autres mouvements de revendication, ou de simples citoyens, qui refusent de cautionner la phase de déchéance politique qui traverse le pays, ils voient dans le geste de Bodha un certain réconfort dans leurs propres sentiments contre les puissants du jour. Dans les réactions qui s’affichent sur les réseaux sociaux, il y a une certaine unanimité en termes d’appréciation de l’acte accompli par celui qui, au départ, fut le dauphin logiquement espéré du premier leader du MSM…

Opposants épars

Se met en place dans le sillage des affaires et des scandales qui secouent le pays une conversation entre les différentes forces de l’opposition. Le but est d’avoir un nombre puissant de citoyens pour une démonstration de la colère du peuple contre la corruption, les abus de pouvoir, les homicides inexpliqués, les impunités, les incompétences, le népotisme expansif, les arrogances qui s’érigent dangereusement en culture du pouvoir dans notre pays. Toutefois, ne se révèle pas nécessairement facile l’exercice qui consiste à réunir les dirigeants des différentes entités, associations, partis politiques, et groupements de revendications.

Une situation de désunion entre les différentes forces de l’opposition va évidemment faire l’affaire des puissants du jour, eux qui se frottent les mains en voyant s’entre-déchirer les différentes entités et personnalités politiques sur fond d’ego et d’appréciation irréaliste de leur poids électoral respectif. Le pouvoir ne peut que profiter du désordre qui règne chez ses opposants. Et dans une telle situation, l’arrivée inespérée de Nando Bodha pourrait être vue comme porteuse espoir, question de souder les intentions disparates et les ambitions toxiques qui peuvent exister dans le camp hétérogène des opposants, et qui nuisent à son efficacité dans une guerre contre un ennemi commun…

Réunir avec intelligence

À terme également, le démissionnaire pourrait aussi être vu comme un candidat de compromis, surtout lorsque les leaders des partis traditionnels ne bénéficient pas d’un accueil trop favorable dans un électorat qui chercherait du renouveau. Le candidat Bodha mettra également un terme à la pratique dynastique, cet autre vecteur de la déchéance politique que nous subissons depuis l’indépendance du pays. Il y a aussi le profil du candidat, qui même s’il existe une forte volonté de se défaire de telles considérations, demeure quand même un critère dans la triste réalité politique à Maurice.

Mais la route vers l’acceptation de l’homme pont, celui qui pourra faire consensus autour de lui, est longue et sera semée d’embûches. De la part du parti délaissé, on doit s’attendre à une campagne pour dénigrer celui qui fut un des leurs, et qui par responsabilité collective, a été appelé à avaler mille couleuvres.

Faire le jeu de l’autre

Sur les réseaux sociaux, quelques posts divergents qui se veulent éclairants ont commencé à faire leur apparition avec des allusions aux manquements dans le trajet politique passé du démissionnaire. Mais à ceux-là qui pensent ainsi décrédibiliser le geste de démission et le personnage, on ne peut leur donner tort s’ils veulent, par leurs commentaires presque à contre-courant, démontrer le soutien de Bodha au régime. C’est aussi le droit à certains de ne trouver rien de grave dans ce qui se passe dans notre pays. Ou encore ceux qui, par naïveté coupable, contribuent à appuyer les critiques sur ce que fera désormais le parti soleil contre celui qui fut jusqu’à récemment son secrétaire général.

Les opposants ont beau crier leur colère contre la série de scandales et des affaires dont ils accusent le gouvernement, mais il se trouvera toujours chez eux une certaine division et, entre eux, quelque méfiance,  qui finiront par faire le jeu de ceux qu’ils voudront voir partir du pouvoir. Le phénomène n’est pas nouveau. Il se constate souvent lors des élections générales où certains indépendants, petits groupements ou partis politiques exercent leur droit démocratique à « kas konte ». Alors qu’ils veulent se débarrasser du parti au pouvoir, ils pêchent dans le bassin d’électeurs de l’opposition, empêchant à celle-ci d’avoir la centaine de votes nécessaires en vue de vaincre un ennemi commun.

De la contradiction principale

Comme quoi les meilleurs agents d’un pouvoir fortement critiqué se trouvent toujours chez ses opposants qui, divisés, sont peu enclins à distinguer entre stratégie et tactiques, ou entre compromis et compromission. Dans de telles circonstances, on ne peut que suggérer à ceux qui veulent du changement, de saisir l’essence de ce que renferme la notion de… la contradiction principale.

Faute de quoi … kabri kontinye manz salad…