MANAND BALDAWOO
(Entrepreneur)

L’île Maurice offre encore une fois une image consternante d’un pays accroché à des peurs irrationnelles et des divisions fondées sur des opinions émises par les éternels trublions de la scène politique. Alors même que nous faisons face à une nouvelle vague de la COVID-19 aux conséquences désastreuses pour une économie déjà à genoux, on est train de s’écharper sur un formulaire de consentement et de la validité d’un vaccin.

Les enjeux sont pourtant clairs. Pour pouvoir vaincre ce nouveau coronavirus, la seule solution est de vacciner au moins 60% de la population pour atteindre une immunité collective. La difficulté réside dans la disponibilité des différents vaccins, car seulement une douzaine de laboratoires en fabriquent alors que la demande se chiffre par milliards de doses.

Maurice, selon les autorités, a déjà négocié avec quelques fabricants en vue d’avoir son quota, mais quand on voit la guerre à laquelle se livrent les grandes puissances (blocages de livraison à destination de l’Australie par l’Italie, pour ne citer qu’un exemple), on mesure toute la difficulté pour un petit État insulaire pour avoir sa part. Ainsi, on attend toujours les 240 000 doses de vaccin sous le programme Covax, mais on sait déjà qu’on n’aura pas la quantité promise au départ dans les délais agréés.

@Marc-François Calmo

On peut toutefois s’estimer heureux que les relations privilégiées que le pays entretient avec les pays fabricant les vaccins, la Chine et l’Inde notamment, nous permettent d’obtenir déjà quelques centaines de milliers de doses et commencer déjà la campagne de vaccination.
Si la première phase avec le Covishield (AstraZeneca) s’est bien passée, la seconde avec le Covaxin est sujette à polémique, car celui-ci n’a pas encore été homologué par l’OMS, soulignent ses détracteurs qui ne semblent nullement se préoccuper de la situation inédite et n’ont pas compris qu’aux États-Unis, la vaccination a commencé au mois de décembre 2020 sans cette même homologation mais avec un certificat d’urgence de la Food and Drug Administration. Ils oublient aussi qu’à Maurice, les premières doses d’AstraZeneca ont été administrées fin janvier alors que le vaccin attendait toujours la fameuse homologation de l’OMS.

Pourquoi alors cette hystérie contre le Covaxin ? Parce qu’à la différence de l’AstraZeneca qui, s’il est produit en Inde, a été développé par la prestigieuse université britannique d’Oxford, le Covaxin est un fruit de la recherche indienne ? Il est dommage que des préjugés aient toujours la vie dure. Ainsi, certains de nos concitoyens, par ignorance ou mépris, voient toujours l’Inde comme un pays de bidonvilles et de pauvreté. On oublie que l’Inde possède la bombe atomique, envoie des satellites dans l’espace, pourvoit aux besoins de la Silicon Valley et, pour rester dans notre sujet, est un des plus grands producteurs de médicaments et de vaccins au monde. Tout comme la Chine est la quincaillerie du monde, l’Inde se positionne comme la pharmacie du monde. Et Bharat Biotech, le concepteur et producteur du Covaxin, produit pas moins de 14 autres vaccins depuis la fin des années 90.

À cette peur irrationnelle du Covaxin, une autre futilité juridique : le formulaire de consentement (consent form). Quand il s’agit de sauver une vie, on doit parfois avoir recours à des procédures chirurgicales qui comportent des risques certains pour le patient. Mais on n’hésite pas à signer ce même genre de formulaire, car il y va de la vie de la personne. Alors pourquoi cette hystérie aujourd’hui ? Pour gagner un capital politique ou pour chercher de potentiels clients dans le but de procès futurs ?

Réjouissons-nous quand même que le nouveau leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, qui a l’avantage de ne pas être assujetti à un leader déchu, ait demandé à la population de se faire vacciner avec le Covaxin, et ce même si son homologation par l’OMS est toujours attendue, faute de quoi « l’économie mauricienne va vers la faillite ». Cette prise de position, avec des réserves certes, l’honore et va dans le bon sens. C’est comme la TVA, introduite en 1982 par Paul Bérenger, alors ministre des Finances, et tant décriée mais qu’aucun gouvernement n’a enlevée parce que cette mesure est profitable à l’État.

Il est donc temps de mettre de côté ses peurs et ses préjugés et de penser à l’avenir de notre pays. Nous sommes dans une situation économique catastrophique et, tant que durera la fermeture de nos frontières, il n’y aura pas d’espoir de s’en sortir. Notre industrie touristique, qui pourvoit à 40 000 emplois directs et 60 000 indirects, est à l’agonie. Plus les jours passent, plus la situation devient intenable sachant que l’aide du gouvernement ne pourra être éternelle.

En attendant, les Seychelles ont déjà vacciné plus de 89% de leur population avec les vaccins Covishield et Sinopharm, qui, comme le Covaxin, n’a pas encore reçu l’homologation de l’OMS. Et ils rouvrent leurs frontières le 25 mars. Et nous, on continue de polémiquer…