L’annonce qu’un plan de vaccination contre la COVID-19 a été soumis par le ministère de la Santé au comité de haut niveau présidé par le Premier ministre a été accueillie avec satisfaction par tous ceux qui suivent la situation concernant la pandémie de près. Dans le cadre de ce plan, un programme de formation a été lancé à l’intention de tous ceux qui seront impliqués dans la prochaine campagne de vaccination à travers l’île.

On ne sait encore ce que contient ce plan. Mais on suppose qu’il comporte tous les éléments nécessaires pour que la campagne de vaccination soit un succès. Il devrait indiquer où seront ouverts les centres de vaccination, le personnel médical qui devra être mobilisé, les équipements qui seront nécessaires pour les vaccins dont les seringues et autres matériaux, ceux qui seront ciblés en priorité, la façon dont sera gérée la quarantaine. Sans compter la quantité de vaccins qui sera nécessaire, les moyens de conservation, la logistique qui sera déployée pour le transport des vaccins dans tous les centres concernés. Il faudrait également anticiper les risques d’effets secondaires et prévoir les mesures nécessaires pour ceux qui pourraient en être les victimes.

Il est rassurant d’apprendre des Mauriciens qui se sont déjà fait vacciner en Grande-Bretagne que les effets secondaires pour les vaccins qu’ils ont choisis sont mineurs. Il ne faudrait pas que l’acquisition des matériaux nécessaires pour une bonne campagne de vaccination se fasse dans la précipitation et sans les procédures nécessaires afin d’éviter les mêmes abus dont on a été témoins pour l’achat de médicaments et d’équipements nécessaires pour combattre la COVID l’année dernière.

Là où le bât blesse, c’est l’attitude nonchalante apparente adoptée par le ministre Kailesh Jagutpal concernant l’approvisionnement des vaccins et le lancement d’une campagne de vaccination. Sa déclaration selon laquelle il n’y a aucune urgence (« nou pa pe rush parski Maurice “COVID-safe”) a provoqué non sans raison de vives réactions à son encontre. Ainsi, à son avis, Maurice n’est pas dans la même situation que plusieurs pays où il y a une résurgence de l’épidémie et où, aujourd’hui, il y a des milliers de contaminations et de morts chaque jour.

On comprend que des pays aient évoqué l’“emergency use” pour utiliser les vaccins disponibles en attendant la validation de l’OMS pour sauver des vies dans le pays.
L’urgence à Maurice est d’une autre nature. Tout le monde reconnaît aujourd’hui que Maurice est “COVID-safe” grâce au protocole sanitaire appliqué avec succès dans l’île. Ce qui a amené le Premier ministre à affirmer dans son discours à la nation que Maurice a une longueur d’avance sur beaucoup d’autres pays. Mais cette avance n’est pas acquise, sachant que le virus et ses variants continuent à faire des dégâts dans les pays qui nous entourent. Un moindre accident ou la moindre inattention à l’aéroport peuvent s’avérer fatals pour le pays. Nous ne pouvons nous payer le luxe d’un nouveau confinement. C’est la raison pour laquelle il faut de manière urgente assurer l’immunité collective du pays. C’est puisqu’on est “safe” et en bonne santé qu’il faut se faire vacciner contre le virus, et certainement pas lorsqu’on sera infecté. C’est ainsi que nous pourrions maintenir notre longueur d’avance.

Il est donc urgent que le ministre de la Santé remue ciel et terre pour amener l’alliance Covax à commencer à nous fournir les vaccins pour lesquels le gouvernement a déjà payé et active les démarches auprès des laboratoires avec lesquels il est en contact pour nous fournir les vaccins dont nous avons besoin. Paul Bérenger a proposé, la semaine dernière, des négociations de gouvernement à gouvernement avec l’Inde. En fait, le ministre des Finances a déjà prévu un budget de plus de Rs 2 milliards pour ces achats. C’est la seule façon pour les Mauriciens et tous les opérateurs économiques, qui sont déjà confrontés à des difficultés économiques, d’envisager l’avenir avec sérénité. « Ce n’est que le vaccin qui permettra un semblant de retour à la normale », insistent les opérateurs mauriciens. Le vaccin nous permettra de nous prémunir non seulement contre le coronavirus, mais également contre le chômage et la crise économique.