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Vanisha Renggli: « Les technologies de l’information constituent le marché du travail de l’avenir »

Directrice des ressources humaines du groupe informatique suisse, ELCA, Vanisha Renggli a su mettre en place des stratégies de développement de travail. Avec 1 500 employés actuellement, ELCA vise le cap de 3 000 dans un proche avenir, avec plusieurs rachats en vue. En cette période de crise sanitaire, ELCA est venue à la rescousse du gouvernement suisse avec des projets novateurs en partie développé à Maurice. C’est un Software partiellement développé à Maurice qui a permis de gérer les prêts urgents accordés à plus de 125 000 sociétés suisses pour faire face au Covid. À Maurice, ELCA travaille avec cinq universités, tout en ayant une académie interne, ELCAdemy, qui offre la possibilité aux jeunes universitaires de bénéficier d’une formation de six mois et une garantie d’emploi.

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Vanisha Renggli, vous êtes Mauricienne, installée en Suisse, directrice des ressources humaines du groupe informatique suisse ELCA. Quel a été votre parcours professionnel à ce jour ?

Je suis née et j’ai grandi à Maurice, à Vacoas plus précisément, où mes parents habitent toujours. Après ma scolarité au secondaire, je voulais partir étudier en Angleterre. Mais en 1998, après deux semaines de vacances en Suisse pour rencontrer des amis, j’ai eu comme un coup de foudre pour ce pays et j’ai décidé d’y rester. J’ai acquis une large expérience dans les divers postes que j’ai occupés au cours de ces 20 dernières années, dans plusieurs secteurs tels que le trading, la finance, le consulting, les ONG.

Actuellement, je suis directrice des ressources humaines du groupe informatique suisse ELCA, un des plus grands groupes informatiques suisses avec des bureaux dans la plupart des capitales européennes ainsi qu’au Vietnam, et depuis 2018, à Maurice. La recherche et la gestion des talents dans le secteur international de l’informatique sont un défi, mais elles sont aussi une aventure passionnante et motivante. Je mets en place des stratégies pour permettre aux employés de se développer et de travailler dans un environnement d’excellence et de collaboration productive.

Vous êtes directrice des ressources humaines chez ELCA en Suisse, une entreprise qui a 53 ans d’existence et qui compte 1 500 informaticiens. Pouvez-vous nous expliquer la vision d’ELCA, acteur de la transformation numérique des entreprises ?

La mission d’ELCA est d’aider ses clients à mettre en place des solutions technologiques, souvent très pointues, pour développer leurs affaires. Dans un marché de plus en plus compétitif et dynamique, une entreprise doit pouvoir faire évoluer son système d’information à une vitesse toujours plus grande et apporter toujours plus d’innovation. Pour faire face à ce défi, les méthodologies de développement de solutions informatiques ont progressivement évolué vers des méthodes agiles. La qualité des talents et un vif esprit d’équipe sont très importants dans ce contexte.

Votre tâche consiste à établir le processus de gestion intégrée des talents d’ELCA. Comment cette entreprise en pleine expansion parvient-elle à changer la vie des gens en développant des logiciels puissants ?

Nos solutions sont très nombreuses et s’ancrent dans le quotidien de tous. Nos solutions calculent les horaires des transports, permettent de conclure des hypothèques bancaires en ligne, de rembourser des frais médicaux en évitant la fraude ou encore de protéger les infrastructures sensibles. Notre défi chaque jour est de mieux comprendre les besoins de nos clients et comment la technologie de pointe peut les aider.

ELCA est une entreprise visionnaire qui joue également un rôle important dans la recherche de talents. Quels sont les critères de sélection pour l’embauche et comment les sélectionnés s’adaptent après le recrutement ?

Il y a plusieurs critères objectifs auxquels nous nous attachons. Une solide formation est importante, mais l’expérience professionnelle, la capacité de collaboration, l’esprit d’initiative et l’intelligence émotionnelle le sont tout autant. Nos employés prennent aussi beaucoup de plaisir à découvrir que l’entreprise a une hiérarchie plutôt plate. Tout employé a la possibilité de me contacter ainsi que le CEO du groupe et mes collègues membres du conseil exécutif.

Après leur recrutement, nos collègues reçoivent une formation où ils sont appelés à vivre les valeurs d’ELCA : collaboration, solidité, indépendance, engagement et responsabilité. La culture d’une entreprise est la base de tout succès et elle est façonnée tous les jours par les personnes qui travaillent pour cette entreprise. Nous y attachons beaucoup d’importance.

Chez ELCA, les experts qui créent et développent des solutions logicielles ont également un impact positif durable sur les projets de vos clients. Comment votre entreprise peut-elle bénéficier de l’expertise de Maurice ?

Grâce à la mise en réseau de nos centres internationaux, des projets passionnants qui ne trouveraient peut-être qu’une application en Suisse sont développés à Maurice. Durant la crise, ELCA est venue à la rescousse du gouvernement suisse avec des projets novateurs en partie développés à Maurice. C’est un software partiellement développé à Maurice qui a permis de gérer les prêts urgents accordés à plus de 125 000 sociétés suisses pour faire face au Covid. Un peu comme la Mauritius Revenue Authority (MRA) est venue en aide aux Mauriciens.

Vanisha, vous avez un parcours étonnant, notamment au sein du cabinet de conseil international McKinsey & Company, mais aussi dans des secteurs clés comme la finance, le commerce, la gestion d’actifs et les ONG, comme vous l’avez expliqué au début. À quoi devez-vous votre polyvalence ?

Je pense qu’une clé importante du développement personnel est l’engagement et la passion que vous mettez dans votre travail. Quel que soit le secteur dans lequel on évolue, le fait de rester humble, d’être à l’écoute et d’offrir un service de la qualité permet de se développer. J’ai aussi accepté de m’engager dans des aventures entrepreneuriales au risque de tout perdre parfois.

Vous avez principalement étudié l’économie, mais les ressources humaines sont également votre matière préférée. Qu’est-ce qui vous attire dans la cause humaine ?

La relation humaine a été toujours mon fort et je l’ai acquise de mes parents. Mon père est un directeur des ressources humaines à la retraite et j’ai eu la chance d’hériter beaucoup de lui. Pour moi, la reconnaissance des valeurs de chaque individu avec qui je traite est primordiale. J’aime être proche des gens, les voir grandir, les voir réussir. La clé du succès, c’est l’apprentissage en continu.

C’est pour cette raison que chez ELCA nous avons mis en place un learning development center, une véritable école de formation avec des experts qui bien souvent viennent prodiguer de précieux conseils à nos employés, à tous les niveaux.

À Maurice nous travaillons avec au moins cinq universités, sans compter notre académie interne ELCAdemy, où nous offrons la possibilité à des jeunes de nous joindre dès qu’ils quittent leurs universités avec à la fin d’une formation de six mois, une garantie d’emploi. L’objectif étant d’accélérer la transition entre le milieu académique et professionnel, et tendre à l’excellence basée sur les normes internationales. Notre approche est un mélange de formation en ligne, de coaching, de formation en interne, et de mini-projets supervisés.

En tant que Mauricienne, comment avez-vous réussi à occuper une place privilégiée à la tête d’une telle entreprise ?

Au début, ce n’était pas facile de se faire accepter comme femme dans un environnement très technique et masculin. En sus de mes expériences et mes qualifications, il m’a fallu une grande force de caractère et de résilience pour me faire accepter. J’ai travaillé dur pour arriver là où je suis.

Avant d’intégrer la direction d’ELCA comme directrice des ressources humaines, j’ai occupé de 2014 à 2017 le poste de responsable des ressources humaines de l’entreprise. Mon approche a toujours consisté à me fixer des objectifs clairs et de les livrer avec qualité. Puis de poser un nouvel objectif. Petit à petit, j’ai fait mon chemin. Cela m’a demandé aussi une grosse dose de patience, j’ai maintes fois été découragée mais il faut s’accrocher.

ELCA entre également sur le marché américain avec SecuTix, ce qui lui permettra de se développer hors d’Europe. Pouvez-vous nous en dire plus ?

SecuTix commercialise sa solution de billetterie pour des événements majeurs dans le monde entier. Grâce à notre connaissance de la blockchain et de la cybersécurité, notre produit gagne chaque année de nouveaux clients – et ce, dans le monde entier. Nous sommes très actifs auprès des 300 institutions opérant dans la billetterie pour de grands événements comme l’Euro de football, la coupe du monde de football, la Champions League ou des lieux comme l’Opéra de Paris ou les théâtres de la ville de Madrid.

Dès le début de la crise, nous avons enrichi notre système pour permettre à nos clients de naviguer dans ce contexte inédit : par exemple la possibilité pour les clients de ces institutions d’effectuer des dons, d’acquérir un crédit pour des événements futurs ou bien d’effectuer de manière efficace des remboursements en masse. Notre entrée aux États-Unis et en Amérique latine est une nouvelle aventure passionnante, de nombreux clients s’intéressent à nos services sur ce continent.

L’autre dispositif important de la gamme ELCA est un système de gestion des pensions suisses. Cet intégrateur du système suisse d’administration des pensions permet aux employés et aux entreprises de suivre leur fonds de prévoyance jusqu’à la retraite. Pensez-vous que ce processus pourrait également être appliqué à Maurice ?

Bonne question. En général, il y a certains domaines où nous pourrions soutenir Maurice grâce à notre savoir-faire. Par exemple, la numérisation du système de santé local mais aussi dans d’autres secteurs comme la banque, les assurances ou le tourisme.

Les activités d’ELCA ont-elles été arrêtées pendant le confinement ?

Pas du tout. La pandémie nous a mis encore plus au défi, car de nombreux clients ont continué à pousser leur propre transformation numérique. Nous avons eu la chance de pouvoir continuer à travailler. Nous nous sommes très rapidement rapprochés de nos clients et avons développé en un temps record des solutions pour les aider. En sus de cela, as a caring company, nous n’avons pas procédé à un seul licenciement économique ; tous nos employés sont là et nous recrutons encore. Nous avons respecté tous nos engagements envers tous nos partenaires, de nos clients à nos employés.

Pensez-vous que le secteur des technologies de l’information est toujours pertinent pour les jeunes. Et quels sont les avantages de choisir ce secteur ?

Les technologies de l’information constituent le marché du travail de l’avenir. Nous avons été très résilients durant la crise. Elles sont donc très prometteuses pour les jeunes, surtout s’ils souhaitent également travailler à l’étranger avec leur savoir-faire. À Maurice, c’est le secteur qui recrute le plus actuellement.

En cette période d’octobre rose consacrée au cancer du sein, ELCA a encouragé ses employés à se porter volontaires pour une noble cause, en commençant par un dépistage massif. Quelles sont, selon vous, les lacunes liées à cette maladie ?

Une entreprise comme ELCA ne peut rester insensible à la détresse humaine. Nous avons une responsabilité sociale et notre engagement est important. Nous voulons envoyer un message fort. Les personnes à risque font partie de nos familles et de notre cercle de connaissances. Notre engagement est de les atteindre et de les encourager. Il y a eu un grand élan de solidarité chez nos employés, qu’ils soient en Suisse, en Espagne, au Vietnam ou à Maurice. Nos stakeholders aussi sont solidaires.

Le dépistage est très important, et, nous en Suisse nous avons un contrôle de santé annuel. Si le cancer est détecté très tôt, il peut être traité au bon moment. Mais je ne défends pas que la cause féminine. Il faut aussi que les hommes fassent des dépistages du cancer du côlon ou de la prostate à partir de 50 ans. Je pense sincèrement qu’il y a l’urgence d’un besoin d’une campagne d’information plus accrue sur ces sujets.

Le cancer étant reconnu comme une maladie récurrente, il existe un grand vide dans les assurances de sorte que de nombreuses personnes ne sont pas en mesure de gérer financièrement leur maladie malgré le paiement d’une cotisation. Selon vous, quelles mesures devraient être prises pour que les patients puissent poursuivre leur traitement dans les cliniques ou à l’étranger ?

Les soins de santé de base sont un droit fondamental. Les malades doivent être aidés, peu importe leur richesse. C’est une question d’humanité. J’ai malheureusement trop souvent pu constater dans mon cercle familial mauricien que le dépistage ne se fait pas au moment approprié. Trop souvent, on découvre la maladie à une période trop avancée. Un hôpital dédié au cancer est un bon début et j’espère que la qualité des soins va continuer à augmenter à Maurice pour le bénéfice de nous tous.

En tant que femme ayant la tête aux affaires mais aussi le cœur pour les ONG, où se situe votre équilibre dans la vie ?

Je suis d’avis qu’il faut savoir trouver le juste milieu. Votre question me fait penser à cette citation d’Albert Einstein : « La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. »

Si vous deviez vous décrire en quelques lignes, quels traits de caractère vous ont permis d’atteindre une position aussi élevée ?

Je pense que la qualité essentielle pour exercer un peu de responsabilité managériale, c’est de garder les pieds sur terre, la tête bien sûr ses épaules et de savoir être exigeante mais toujours dans le respect. Reconnaître ses erreurs et en profiter pour apprendre. Faire preuve de courage en prenant des risques personnels pour défendre l’intérêt collectif des collaborateurs. Enfin, beaucoup vous diront (je crois) que je n’ai pas la langue dans ma poche, mais ils savent qu’avec moi, c’est « parole donnée, parole sacrée ».

Combien de personnes sont mortes du Covid-19 en Suisse et quelles mesures ont été prises ?

Malheureusement, plus de 10 800 personnes sont mortes du Covid-19 en Suisse qui compte 8,6 millions d’habitants. J’ai beaucoup de compassion pour les familles qui ont perdu un être cher avec la pandémie en Suisse ou ailleurs. La Suisse a réagi immédiatement et a appliqué toutes les mesures possibles.

Le combat n’est pas encore terminé, nous avons encore de nombreux cas par jour. Une étape importante vers la normalité a été la possibilité de vaccination. J’ai déjà fait les deux doses. Et je peux vous dire que le taux mortalité a grandement baissé en Suisse avec la vaccination.

Vous écrivez dans la page Forum du Mauricien. Quelles sont les idées que vous défendez ?

J’aimerais être plus active pour défendre certaines causes qui me sont chères comme l’indépendance de la femme. Mon message à la femme mauricienne et à ma fille unique de 15 ans est ceci : si vous êtes indépendante, dans tous les sens du terme, votre chemin sera tout tracé.

Et puis, je voudrais pouvoir contribuer à la lutte contre des maladies qui touchent trop les Mauriciens comme le cancer et les maladies cardiovasculaires. Il faut qu’on retrouve collectivement une meilleure hygiène de vie. La restauration rapide, par exemple, aide peut-être beaucoup de familles, mais en excès elle peut être à la base de beaucoup de soucis de santé. Il serait bon de renouer avec certaines bonnes pratiques de notre cuisine d’antan.

Comment allez-vous passer les vacances de Noël et du Nouvel an ?

C’est une occasion de me ressourcer avec ma petite famille et mes amis en Suisse, malheureusement loin du soleil mauricien et de mes parents. Même si je suis végétalienne, je vais préparer le repas traditionnel suisse, une dinde farcie au four. Permettez-moi, en avance, de souhaiter à tous les Mauriciens de passer d’agréables moments en cette fin d’année.

Un souhait…

Je fais des rêves en couleur pour ELCA que je souhaite voir grandir. Avec 1 500 employés actuellement, nous visons le cap de 3 000 dans un proche avenir pour le groupe, avec plusieurs rachats dans le viseur. Je souhaite et je prie aussi que la pandémie soit derrière nous au plus vite afin que nous retrouvions nos habitudes d’un passé récent.

« Durant la crise, ELCA est venue à la rescousse du gouvernement suisse avec des projets novateurs en partie développés à Maurice. »

« La qualité essentielle pour exercer un peu de responsabilité managériale, c’est de garder les pieds sur terre, la tête bien sûr ses épaules et de savoir être exigeante, mais toujours dans le respect. »

« La culture d’une entreprise est la base de tout succès et elle est façonnée tous les jours par les personnes qui travaillent pour cette entreprise. »

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