Alors que l’heure est à l’urgence, Covid et crise climatique obligent, la question de l’autonomie refait surface. Cependant, s’il est une évidence – pour les petits États insulaires comme Maurice plus que pour les grandes nations encore – que la refonte de notre système doit obligatoirement inclure l’autonomie alimentaire et énergétique, il en est peut-être autrement en ce qui concerne la mobilité. En cause : la promesse de voir se déployer aux quatre coins du globe des fl ottes entières de véhicules autonomes, vecteurs, selon les constructeurs, de renouveau en termes de sécurité, de services et d’écologie. Avec la raréfaction des ressources pétrolières, et la certitude d’ailleurs que celles-ci fi niront bien un jour par complètement se tarir, les constructeurs misent en effet désormais sur la voiture électrique, avec toujours plus d’assistance à la conduite et, à terme, un objectif suprême : se passer de conducteur.

Pour autant, il ne s’agit ici que d’un double mythe, en l’occurrence de la « croissance verte » et de la « technologie salvatrice ». C’est en tout cas ce que tendent à prouver nombre d’études sur la question, dont la dernière en date émane de La Fabrique Écologique, “think tank” destiné à « promouvoir l’écologie et le développement durable », et qui évalue les impacts réels du véhicule autonome. Avec des résultats qui contrastent radicalement avec les idées « véhiculées » par les « marchands de mobilité individuelle », puisque mettant sérieusement en garde contre les conséquences écologiques potentiellement désastreuses du déploiement massif des véhicules autonomes.

En premier lieu, le rapport note ainsi que ce type de véhicules, pour être fonctionnels, embarquera une technologie de pointe (caméras, radars, logiciels…), qui devrait impliquer l’hégémonie de la 5G, et donc des investissements considérables et une empreinte carbone contestable. Ainsi, déjà au niveau de la facture (USD 80 Mds investis dans la recherche rien qu’entre 2015 et 2017), celle-ci risque d’être extrêmement salée, d’autant qu’il faudra y ajouter, aux frais des collectivités locales, d’autres coûts tout aussi faramineux (voies séparées, panneaux de signalisations, etc.).

Divers scénarios sont dès lors envisagés, dont le premier porte sur une mobilité individuelle avec des voitures à usage privé. Avec une promesse, selon le rapport, à savoir celle d’un impact environnemental désastreux ainsi que d’un accroissement de l’étalement urbain et des inégalités sociales (les véhicules privés ne seront en effet pas accessibles à tout le monde). Autre scénario : celui de fl ottes de robots-taxis, qui en fait ne viendrait aucunement régler la question de la congestion routière. Ici, les effets rebonds sont diversement décryptés. Au mieux, dit-on, la consommation d’énergie pourrait être divisée par deux, et au pire… carrément multipliée par trois.

Pour en revenir à l’empreinte climatique de ces véhicules, plusieurs choses sont à retenir. Primo, ces véhicules ne seront pas déployés massivement (s’ils le sont) avant 2050, soit bien au-delà de l’échéance de nos engagements environnementaux. Deuzio, note encore le rapport de La Fabrique Écologique, la contribution à la décarbonation de la mobilité ne peut être « au mieux que marginale ».

À tel point que l’on risque paradoxalement de se retrouver avec une augmentation des émissions de CO2 liées au transport. Et de noter : « Cette situation est symptomatique d’une forme de schizophrénie des pouvoirs publics, qui articulent diffi cilement enjeux économiques, sociaux et écologiques. Pourtant, une approche transversale permettrait une appréhension globale des enjeux liés à la mobilité et pourrait ouvrir la voie à de nouveaux leviers moins coûteux et plus efficaces, réalistes et inclusifs. » Et nous ne parlons même pas de l’empreinte carbone du développement des batteries et autres technologies de ces mêmes véhicules.

En conclusion, en matière de mobilité, le véhicule autonome est (très) loin d’être la solution miracle que l’on nous promet. En cette matière, la seule solution réellement écologique – hormis bien sûr le fait d’arrêter de se mouvoir –, est de combiner les transports collectifs (ferrés et routiers) avec des voitures légères et “low-tech”. Tout en repensant l’aménagement des territoires pour limiter les déplacements carbonés inutiles. Inutile de dire qu’au vu de la recrudescence des développements routiers, nous n’en prenons pas du tout la direction.