L’évolution rapide de la société et la dégradation des valeurs est un fait à ne pas ignorer. Dans cette mouvance, de nombreuses familles se déchirent, créant ainsi une société plus fragile où règnent, entre autres, la violence et le manque de respect à cause d’un train de vie difficile à gérer. Face à une situation sociale qui devient de plus en plus complexe, la Mauritius Family Planning and Welfare Association a organisé deux jours d’ateliers de travail cette semaine sur le combat contre la sexualité précoce des enfants et la violence domestique. Selon Vidya Charan, la directrice générale de cette association, « nous courons derrière le matériel pour paraître meilleurs en société ».

La violence domestique semble être un combat sans répit à Maurice. Êtes-vous d’avis qu’à cause de ce fléau, les femmes se replient sur elles-mêmes et ne veulent pas exercer leurs droits à la santé sexuelle et reproductive ?

Les femmes qui sont passées par des actes de violence, c’est-à-dire celles qui ont été victimes de violence, se sentent souvent piétinées et diminuées dans leur estime. Elles ne veulent pas en parler avec les autres parce qu’elles sentent qu’elles ne sont pas égales aux autres femmes qui vivent dans une bonne situation. Nous avons aussi des femmes qui, à cause de leur situation économique, sont obligées de rester dans leur environnement violent car elles doivent veiller sur d’autres membres de la famille, tels des enfants ou d’autres membres de la famille qui sont attachés à eux. D’autres femmes sont aussi dépendantes de leur conjoint agressif. Cela place les femmes dans une situation de vulnérabilité et elles se voient obligées d’accepter cela afin de vivre bien que nous ayons des lois. Plusieurs femmes dénoncent ce qu’elles vivent, mais nous avons aussi de nombreuses femmes qui demandent qu’on leur tende la main pour qu’elles aient le courage de sortir de leur situation violente. Lorsque nous approchons la période de fin d’année, surtout par rapport à notre consommation et nos habitudes, nous observerons que beaucoup seront sous l’influence de l’alcool ou d’autres substances et créeront des situations dramatiques. Il est important de tirer la sonnette d’alarme et de dire qu’il ne faut pas que le nombre de cas de violence augmente. Nous ne devons pas oublier c’est quoi une vie normale et paisible tout en remettant en question le rôle d’un époux et d’une épouse, d’un conjoint ou d’une conjointe et aussi les responsabilités des parents. À cause de la violence, les femmes souffrent énormément et ce sont les enfants qui deviennent victimes. Nous avons beaucoup de cas où plusieurs personnes qui vivent en concubinage sont séparées ou vivent des relations difficiles. Pendant la période de fin d’année, certaines personnes veulent se venger car elles sont sous l’influence de certaines substances et veulent rencontrer leur conjoint pour réclamer leurs droits, et cela peut provoquer des conflits et des actes violents.

Est-ce que les femmes de toutes les couches sociales sont victimes de violence ?

Elles sont des femmes de toutes les communautés et couches sociales qui sont concernées. Nous avons beaucoup de femmes qui souffrent en silence mais ne peuvent pas dénoncer. Certaines ont le courage d’aller dénoncer mais nous pensons énormément aux femmes qui n’ont pas le choix. Cela a un impact psychologique sur la femme, et sur sa santé sexuelle et reproductive. Des conjoints violents ont des relations familiales, intimes, psychologiques déséquilibrées.       

Certaines femmes qui sont victimes d’abus dans leur foyer préfèrent divorcer de leur conjoint. Pensez-vous que leur mauvaise expérience fait qu’elles ne souhaitent plus se remettre en couple ?

Chaque personne a son opinion sur le divorce. Si une personne cherche le divorce, elle connaît ses raisons bien que nous n’encouragions pas le divorce. Mais si le divorce sauve une vie ou des enfants, la personne peut faire son choix. Toutefois, nous ne voulons pas que les relations dégénèrent pour arriver à ce niveau. Mais c’est un fait de société. C’est un problème indéniable. Même si une femme a une meilleure position professionnelle que son mari, une fois qu’elle est chez elle, elle doit subir un mari dominant. Elle doit se soumettre au caractère de celui avec celui qu’elle partage sa vie.

La violence domestique est-elle plus présente chez des familles nucléaires, recomposées ou étendues ?

Elle est présente dans tous les types de famille. Nous avons constaté de la violence dans les familles recomposées. S’il s’agit d’une famille nucléaire, et où le droit à la parole n’existe pas pour instaurer de l’ordre, nous observons qu’il y a de la violence. Elle est aussi présente dans les familles étendues. Dans certains cas, la violence domestique est plus prononcée dans certaines familles que d’autres.

Éduquons-nous nos hommes pour qu’ils soient les défenseurs des droits de la femme ?

Nous organisons des ateliers de travail. Mais lorsque nous faisons appel aux hommes pour qu’ils soient présents à nos ateliers de travail, nous constatons qu’ils nous écoutent. Mais un homme violent a la violence innée en lui. C’est la raison pour laquelle nous avons appelé les religieux pour qu’ils puissent parler avec ces hommes.

Nous observons que les jeunes sont de plus en plus tentés par des expériences sexuelles. Certaines jeunes filles tombent enceintes. Pensez-vous qu’il y a un manque d’encadrement et d’information destiné aux jeunes ?

L’information est là. Lorsqu’un jeune tombe dans un fléau, il existe des services pour l’aider. Mais avant tout, nous devons prendre en compte d’autres aspects. Nous devons commencer par la famille, puis voir les institutions. Il faut que nous analysions d’abord cette perte des valeurs. Nous sommes dans une société dynamique avec Internet, notre liberté et tous types de droits que nous exerçons. Tout cela combine avec la situation que nous voyons. Nous devons aussi travailler avec ceux qui s’occupent de ces jeunes pour que ces derniers puissent les écouter. Il ne faut pas qu’on oublie qu’il existe des fléaux sociaux et l’influence. Nous courons derrière le matériel pour paraître meilleur dans la vie. Ce sont des symptômes que nous devons traiter pour ramener la base que nous recherchons, pour que nous ayons des jeunes qui puissent soutenir la société en vue de l’épanouissement de la famille.

Voyant l’évolution rapide de la société et la dégradation des valeurs, ne pensez-vous pas que ce sera un travail difficile ?

C’est pourquoi nous appelons les gens pour qu’ils partagent leurs expériences. Chaque travail accompli par ces gens nous donne un moyen d’être à l’écoute et nous permet aussi d’apporter une dose de changement par rapport à l’évolution actuelle. Il faut que nous acceptions le défi et travaillions en donnant le meilleur de nous-mêmes.

La MPFWA met en place un projet financé par l’Union européenne pour sensibiliser la population sur les problèmes de société. Quels sont les objectifs que la MPFWA s’est fixés à travers ce projet ?

L’Union européenne soutient un projet dont le titre est : “Combatting gender-based violence for effective family planning and sustainable development”. Ce projet englobe la démographie, la planification familiale, le développement soutenu qui comprend le bien-être, la maternité sans risque. Nous soutenons les autorités pour qu’elles répondent aux besoins de la population pour une société émergente avec autant de défis. Nous avons un plan de travail sur les quatre prochaines années à travers ce projet. Mais nous travaillons aussi avec d’autres acteurs. Nous pouvons avoir un bon plan de travail, mais il faut que ceux qui se voient dans des conditions difficiles participent aussi.