VÉRONIQUE PAPILLON

Je me suis réveillée ce matin avec mon pays en tête, les dérives dont nous subissons les affres depuis pas mal de temps. La situation actuelle est plus qu’inquiétante car ce beau mot qu’est la démocratie ne trouve plus sa place sous le soleil tropical de notre petite île. Elle peine à respirer et meurt à petit feu sous les coups de décisions politiques et avec la ‘complicité (involontaire)’ de la population. Le ton est alarmiste mais il doit l’être car le mécanisme est bien huilé et la tactique bien réfléchie.

Je ne suis pas experte en politique. Ce sont des observations en tant que citoyenne mauricienne que j’ai faites et que je me permets de partager. Voyons la Quarantine Act de 2020. Malgré le mécontentement populaire (we were annoyed!), l’assemblée a promulgué une série de lois visant à mettre le pays à l’abri des effets néfastes du COVID. Le protocole sanitaire établi n’a rien de mal en soi. Nous nous protégeons. Comment a-t-on pu imposer des amendes très élevées sur un peuple déjà appauvri par la crise dans un contexte où la précarité des emplois est flagrante ? Celui qui n’en a pas les moyens (et nous sommes nombreux) a peur. Instaurer la peur ne devient-il pas une forme de répression? Bien que le Wage Assistance Scheme soit établi, expliquez-moi comment une famille moderne avec un enfant, voire plus, peut vivre avec quelques  milliers de roupies ? La volonté d’aider est louable mais… je vous laisse réfléchir.

La deuxième vague de 2021 n’a pas été plus tendre au vu de l’obligation vaccinale. Ce qui me dérange dans cette décision n’est pas le vaccin en soi mais l’obligation. Déjà, en reprenant les directives de l’Organisation mondiale de la Santé, l’obligation doit se faire selon certaines conditions, dont l’opinion publique. Sauf que le public n’a pas son mot à dire. En voyant l’extension de la vaccination vers d’autres tranches d’âge et secteur, il faut se poser la question suivante : cette obligation sous prétexte de nous protéger n’est-elle pas une incursion dans la sphère privée et intime, en particulier quand nous voyons certaines compagnies qui demandent à faire vacciner les membres de la famille ? Où est la liberté de choisir ? Pourquoi nous forcer ? Quelle en est la motivation ? Encore une fois, c’est le règne de la peur puisque l’obligation priverait de travail, et par extension de services et de nourriture, celui ou celle qui ne s’y plie pas. Elle contribuerait ainsi à instaurer une politique de discrimination dans un contexte où des personnes se battent pour leurs droits. Où est donc la belle démocratie de notre île ?!

Quand Hannah Arendt met l’accent sur le fait que la différence entre un « régime totalitaire » et une « dictature » « ne se situe pas dans l’ampleur de l’arbitraire, de la répression et des crimes mais dans le degré de contrôle du pouvoir sur la société », je tremble. Je tremble de colère quand je vois que tout ce pour quoi nous nous sommes battus – l’indépendance, la liberté et tout ce qui fait d’une société une démocratie – bascule dans cette définition. Un régime par la peur ne peut que faire imploser un pays sur le plan socioéconomique. Les répercussions seront même d’ordre international. La crise du COVID devient plus un prétexte qu’autre chose pour justifier des lois qui semblent négliger les droits universels de l’homme pour sauver un pays qui prend l’eau depuis un moment.

En définitive, nous devons nous éduquer ; nous éduquer afin de nous débarrasser de nos visières qui nous empêchent de voir la vérité en face. Il y a des remises en question profondes à entreprendre. Une vraie évolution ne viendra que si nous devenons conscients. Une vraie démocratie ne verra le jour que si le peuple s’éduque.

Entretemps, Welcome dan Moris!