DAVIS SALEGRAM TEWARY

Mahébourgeois

Plusieurs semaines après l’échouement du MV Wakashio, Mahébourg semble avoir perdu son charme d’antan. Ce village historique de la côte sud-est, qui accueille d’habitude des visiteurs d’autres régions de l’île, est aujourd’hui un village mort. À part les habitants du coin, qui viennent faire leur marché chaque lundi, il n’y a presque plus de visiteurs. Oublions les touristes, ils ne viendront plus résider dans cette partie du pays, préférant visiter la côte ouest ou nord, où l’eau n’a pas été souillée par l’hydrocarbure du navire japonais. Avec la réouverture partielle des frontières, nous n’avons plus qu’à espérer que ceux qui pratiquent l’éco-tourisme seront tentés de venir apporter un peu de sérum à l’économie locale presque morte dans le sud-est.

Plusieurs diront que le gouvernement aide les pêcheurs et plaisanciers et qu’il a d’une manière générale contribuer à éviter une catastrophe écologique plus grave. Cependant, la mer n’appartient pas seulement aux pêcheurs et plaisanciers. Elle est le bien commun de chaque Mauricien et, malheureusement, le gouvernement ne pourra nous dédommager malgré toute sa bonne volonté. Cette mer est source d’inspiration pour les nombreux commerçants qui utilisaient des coquillages et autres oursins pour fabriquer des bijoux artisanaux. Cette mer permettait à de nombreuses familles mauriciennes de se ressourcer le week-end après avoir durement travaillé en semaine pour aider à l’avancement du pays.

De plus, ce lagon turquoise offrait des fruits de mer et crustacés qui ont permis à bon nombre de restaurants de faire partie des endroits à ne pas rater lorsque nous visitons le sud-est de Maurice. Par ailleurs, ces eaux permettaient autrefois à bon nombre de jeunes de pratiquer des activités nautiques et ainsi rester loin des fléaux sociaux, tels la drogue synthétique, qui depuis plusieurs années ronge les cités mahébourgeoises sans que les autorités ne puissent y mettre un frein. Aujourd’hui, le Mahébourgeois se demande s’il devra garder espoir qu’un jour il pourra profiter de cette mer si chère à son cœur.

Malgré tous les efforts faits par les ONG, les autorités ou le Mauricien lambda pour préserver le lagon du sud-est, les effets des dégâts causés par le MV Wakashio se répercuteront sur plusieurs années. Cependant, nous devons nous préparer pour l’avenir. Nous lamenter sur notre sort ne changera rien. Aujourd’hui, la maxime « gouverner, c’est prévoir », prend tout son sens. Le Mahébourgeois, au nom de tous les Mauriciens, n’a qu’une demande au gouvernement : veuillez s’il vous plait mieux protéger nos côtes ! Nous sommes une petite île entourée de l’océan et des pirates ne semblent pas du tout intimidés par nos gardes-côtes.

D’autre part, une grande puissance occupe une base militaire dans ce même océan alors qu’une autre grande puissance lorgne Agalega. Nous nous sentons vraiment vulnérables après l’épisode MV Wakashio. Nous exigeons des réponses rapides, une sécurité accrue autour de notre île, un plan bien défini et l’acquisition d’équipements appropriés en cas d’un éventuel “oil spill”, un plan pour assurer la survie des pêcheurs, plaisanciers et autres commerces qui vivent de la mer, et enfin, des lois et autres projets pour assurer davantage la protection de l’environnement.