Des milliers de fans locaux (et des millions de par le monde) des Reds entonnent avec encore plus de vigueur, de joie et d’émotions leur hymne depuis cette semaine. Consécration oblige, enfin ! Après 30 ans de patience, de persévérance, de détermination, de fidélité indéfectible et de passion, avant tout et surtout, à se ronger les freins, à se battre et à attendre quand sonnera enfin l’heure de gloire…

Comment en effet ne pas se laisser emporter par les mots poignants de ce morceau datant de 1945 faisant partie d’une comédie musicale, Carousel ? « Walk on through the wind/Walk on through the rain/Though your dreams be tossed and blown/Walk on, walk on/With hope in your heart/And you’ll never walk alone… » Un extrait qui résume amplement l’état d’esprit des réels et sincères “die hard fans” de la bande de Merseyside.
Mais pas qu’eux. Les paroles de cet hymne que se sont appropriées les supporters des Reds, à travers le temps et leurs périples, traduisent et révèlent leur lutte et leur détermination à vaincre l’adversité. Placées dans un autre contexte, disons, notre pays actuellement, les paroles You’ll never walk alone revêtent tout aussi bien cette immense signification et symbolique. Surtout dans le sillage de la marche du Kolektif Konversasyon Solider, le 11 juillet.

Comme les fans des Reds, nous sommes des milliers de Mauriciens qui souhaitent, attendent, œuvrent, prient et agissent pour que nos compatriotes et nous-mêmes « will never walk alone ». Pour de multiples raisons, certes. Mais surtout parce que durant cette terrible épreuve de confinement et de couvre-feu sanitaire imposé par la pandémie internationale, cette année, d’innombrables Mauriciens ont réalisé qu’au plus fort de leurs peines, ils ont été largués lâchement et dupés ouvertement par des politiques véreux et cupides ! Ceux-là mêmes qu’ils avaient, tout juste quelques semaines seulement avant le couvre-feu sanitaire, élus et reconduits à des postes de direction majeurs. Dans l’espoir d’une île Maurice meilleure. En quête d’un avenir serein, d’emplois stables, de sécurité alimentaire, de logements décents, d’un pouvoir d’achat adéquat.

En réalité, au sortir de cette période de “lockdown”, le refrain a été brutalement modifié ! À la place, une foule de Mauriciens s’est retrouvée face à des licenciements massifs et abusifs, jetant d’innombrables familles sur le pavé. Les prix de produits de base alimentaires et surtout médicaux ont pris (radicalement dans certains cas) l’ascenseur… Des opportunistes sont passés par là, entre-temps. Et autour, des pressions, subtiles parfois, et grossières par d’autres, des tentatives d’intimidation et des manœuvres quasi-claires envers quiconque qui tenterait de dire que ce qu’il pense va à l’encontre du régime en place, prend le risque de finir derrière les barreaux (rien que ça !)

Pourtant, Pravind Jugnauth s’est targué, il y a quelques jours, que la liberté d’expression est chérie et sacrée dans notre pays… Et son épouse est sortie de son silence habituel pour crier sa colère contre certains. Oui, en effet, il faut absolument donner un signal fort aux plaisantins qui s’amusent à créer des psychoses et bouleverser des milliers de citoyens sur un simple coup de tête. Mais quid de ceux qui “share” des mèmes, images, “jokes” ou autres, bien qu’ils soient à caractère politique mais dont le contenu est loin d’être offensant ? Si c’est le cas, bientôt il faudra soit mettre quasiment tout le monde en taule, soit bannir les réseaux sociaux, comme en Chine !

En parlant de prisons, le documentaire Inside the world’s toughest prisons, qui passera fin juillet sur Netflix, nous invite à un plongeon intéressant dans notre univers carcéral méconnu et très opaque. Et sur ce même chapitre, toujours, est-ce que les familles de ces détenus qui sont décédés cette année derrière les barreaux des prisons et dans des cellules de police, seront contraintes de « walk alone » ? Parce que les semaines passent et toujours rien, hélas ! ne transpire des enquêtes dites en cours…