La 39e édition du Tour de Maurice cycliste a sacré Alexandre Mayer, le coureur ayant connu l’une des plus belles courbes de progression depuis l’ère Thèze. Mais avant d’en arriver là, c’est toute une métamorphose que le coureur a dû endurer. Tantôt cycliste sur route, tantôt vététiste, Alexandre Mayer n’est jamais loin d’un vélo. Même quand il ne peut pas profiter du sentiment de liberté qu’offre ce qui est presque devenu son outil de travail, il arrive à y consacrer ses journées. En plein confinement, il se lance le défi de faire 12 heures de home-trainer, de 8h à 20h.

Mais ce qui caractérise Alexandre Mayer, c’est le parcours de ce gamin, très compétitif — trop parfois — qui a appris à gérer ses émotions en course. L’année dernière, il s’offre une victoire d’étape sur le Tour de La Réunion. Ce qui le place parmi les candidats au maillot jaune. Mais un coup de tonnerre survenu à la veille de la dernière étape le prive du plaisir d’enlever son premier Tour. On ne remuera pas le couteau dans la plaie. On parle plutôt de l’époque où, adolescent, il digérait mal les défaites. Aujourd’hui, il admet avoir appris à perdre. « Tout sportif de haut niveau fait l’expérience de la défaite, même s’il n’aime pas ça. Avec le temps, j’ai appris à relativiser les échecs », dit-il.

Mais surtout, il a pris son temps pour se construire. De chaque course vécue, il en a tiré de l’expérience. Nous parlons de ce Tour où il était au bord de l’abandon, il y a quelques années. Ce jour-là, une chute l’a privé de ses objectifs et, rageur, il avait balancé son casque. En y repensant, il sourit. « Depuis ce temps, les choses ont changé. J’ai appris à gérer mes émotions et je trouve d’autres motivations. Il a fallu passer par là pour arriver là où je suis. »

Comme un clin d’œil, c’est avec deux coureurs qu’on ne présente plus — Yannick Lincoln et Thomas Desvaux — qu’il a remporté son premier Tour. Deux coureurs au palmarès rempli, qui n’ont pas hésité à sacrifier leurs ambitions personnelles pour lui. « Cela fait chaud au cœur de voir des coureurs comme eux m’aider sur le Tour. Mais je dois un grand merci à toute l’équipe pour leur soutien. »

L’année 2020 est-elle l’année d’Alexandre Mayer ? « On peut difficilement faire mieux. » Un Tour de Maurice, deux titres de champion, quasiment tout lui a réussi. Mais surtout, il lui reste une petite fierté : celle d’avoir été le premier Mayer à inscrire son nom au palmarès du Tour. Le défunt Colin Mayer, son cousin, n’a pu le faire, son fils James Colin non plus. « Je pensais justement à lui la semaine dernière, sur le Colin Mayer Tour. C’est un petit salut que je lui adresse d’ici », conclut-il.