— J’ai bien réfléchi et j’ai pris ma décision.

— A propos de quoi ? Ne me dis pas que tu vas quitter ton bonhomme ! ?

— C’est une obsession chez toi ? Je vais finir par me demander si tu n’as une idée derrière la tête sur mon bonhomme.

— Hé toi-là ! Comment tu peux dire une chose pareille ?

—  J’ai remarqué qu’à chaque fois que je te dis que je vais faire quelque chose, tu me demandes si je vais quitter mon bon homme…

— Mais enfin, c’est toi qui as des idées bizarres en tête… C’est toi qui parles de ça à chaque fois. Allé vini, c’est la même kozé qui revient ! Dis-moi franchement si tu es intéressée par mon bonhomme…

— Ayo, mais qu’est-ce qui te prend ? Tu as fumé du gandia ? Au lieu de dire des couillonnades, dis-moi plutôt quelle est la fameuse décision tu as prise.

— J’ai bien réfléchi et finalement j’ai décidé de faire le vaccin.

— Mais qu’est-ce qui t’arrive un coup comme ça ?

— J’ai tourné viré la question dans ma tête et j’ai pris ma décision, je te dis !

— Mais qu’est-ce qui t’a fait prendre cette décision ?

— Je t’ai dit que j’ai réfléchi. On ne peut pas faire autrement. On doit se faire vacciner pour le bien du pays.

— Je sais qui t’a dit ça : ton beau-frère, qui est comme caleçon et chemise avec le député du gouvernement.

— Il a raison, toi. Il faut penser au pays, pas à ses convictions.

— Mais c’est toi-même qui m’as dit qu’il ne fallait pas se faire vacciner, qu’il fallait signer la pétition et se préparer pour aller manifester contre.

— Je sais, mais tu as entendu ce que le gouvernement a décidé : si on n’est pas vacciné, il y a des endroits où on ne pourra pas entrer.

— Mais on ne peut pas te forcer à te faire vacciner, toi. C’est toi-même qui l’a dit : c’est contre les droits de l’homme, c’est anticonstitutionnel.

— On ne peut pas te forcer à te faire vacciner, mais on peut t’empêcher d’aller dans certains endroits si tu n’as pas ton certificat de vaccination.

— Quels endroits ?

— J’ai entendu dire que tu ne pourras pas rentrer dans un hôpital, dans les écoles et dans certains bureaux. Comment je vais faire pour amener maman à son rendez-vous à l’hôpital ? Comment je vais faire pour faire inscrire mes enfants dans un bon collège ?

— Mais c’est une manière même pas déguisée de te forcer à te faire vacciner ça. C’est du chantage !

— Ils disent que c’est pour l’intérêt du pays. Qu’une minorité de gens qui ne veulent pas se faire vacciner ne peut pas imposer sa volonté à une majorité qui a décidé de faire le vaccin.

— Mais c’est de la dictature.

— Quand je lui ai dit ça, mon beau-frère a répondu que c’était la démocratie, où la majorité l’emporte sur la minorité. Et puis tu sais comment le Mauricien est quand il va savoir que tu n’es pas vacciné, on ne va plus te fréquenter.

— Tu ne crois pas que tu es en train d’exagérer un peu là.

— Pas du tout. Quand on a appris que la fille de la bonne de la voisine avait attrapé le covid, les gens ont fait un détour pour ne passer devant la porte de la voisine.

— Il y a toujours des gens qui ont l’esprit mal placé.

— Ils sont plus nombreux que tu ne crois. Et puis on pourrait avoir des problèmes dans le travail, toi.

— Mais ton bonhomme et toi vous ne travaillez pas dans le gouvernement, non ?

— Tu crois que le secteur privé va aller contre le gouvernement, surtout qu’il a besoin de son argent pour payer les salaires ? Déjà dans mon bureau on a commencé par encourager les employés à aller se faire vacciner. Avec beaucoup d’insistance, je dois te dire.

— C’est vrai que chez nous aussi on a fait mettre des communiqués sur les notice board. Mais la vaccination n’est pas obligatoire.

— Mais ça va devenir obligatoire, sans qu’on le dise, quand le gouvernement va mettre la pression sur le secteur privé. En tout cas, c’est ce que mon beau-frère m’a dit.

— Il n’était pas en train d’exagérer, comme toujours ?

— Tu n’as qu’à regarder les queues devant les centres de vaccination. Les gens ont peur, toi.

— Avant tu avais peur de faire le vaccin, maintenant tu as peur de ne pas le faire !

— J’ai surtout peur des conséquences, toi. Si tu ne fais pas le vaccin, tu vas être rejetée, évitée, mise dans un coin. Comme si tu avais le virus.

— En tout cas, on peut dire que pour une fois le gouvernement a bien réussi sa propagande. Quand est-ce que tu vas te faire vacciner alors ?

— Je t’ai bien expliqué que je le fais, pas parce que je le veux, mais parce que je ne peux pas faire autrement.

— Alors, c’est quand le grand jour ?

— Pas besoin de faire son foutant avec moi ! Je ne sais pas. Je me suis inscrite sur EDB

— C’est pas sur Besafe Mauritius qu’il faut faire ça ?

— Je dois dire que c’est un peu mal organisé : quand tu vas sur Besafe, ils te renvoient sur EDB. On m’a dit qu’on allait me rappeler pour dire où et quand aller faire la première dose.

— Tu es passé du côté de ceux qui suivent les directives qu’on leur donne alors, les suiveurs.

— Je t’ai expliqué que je ne peux pas faire autrement, tu comprends foutour va !

— Et tes principes et ta moralité alors ?

— Ayo, comme disait un politicien connu : moralité napa rempli ventre.

— Ma chère, tu as changé d’opinion en quelques jours, toi.

— Il y a bien eu des politiciens qui ont changé d’alliance en seulement quelques heures, non ? !