UNE ENSEIGNANTE CONCERNÉE

J.

Après l’annonce du calendrier scolaire post-Covid, nombreux sont ceux qui ont fait part de leur mécontentement sur la toile à ce sujet. Pourquoi ? C’est tout simplement parce qu’il est anti-pédagogique que d’imposer quatre mois et demi de travail, sans relâche, à des enfants et des adolescents. Telle serait également l’imposition de récréations emmurées sous la supervision de leurs enseignants, car un enfant ne saurait demeurer dans une salle de classe six heures de suite. Selon le Larousse, la “récréation” se définirait comme étant un « Temps accordé aux élèves pour leur permettre de jouer ou de se détendre », mais ces nouvelles dispositions dénatureraient cette pause, pourtant primordiale à l’épanouissement et à la socialisation de nos jeunes. 

Nous étions nombreux à nous sentir rassurés par les mesures prises dans le but de maintenir la distanciation physique dans les établissements scolaires. Bien évidemment, tant que la frontière demeurera fermée, nous serons pratiquement hors de danger. Néanmoins, à sa réouverture, il faudrait envisager un réajustement de nos habitudes afin d’éviter toute résurgence du virus en cas de nouvelles contaminations locales.  En tant qu’éducateurs responsables d’inculquer l’importance du maintien de gestes barrières à nos jeunes, nous aimerions savoir quels sont les mesures et le protocole qui ont été prévus pour parer à cette éventualité ?

Après l’annonce du Premier ministre au sujet de la reprise avancée des classes, tous grades confondus, pour le 1er juillet, beaucoup s’interrogent à propos de la validité de cette décision. Qu’en est-il des vacances scolaires ? Nombreux sont les enseignants qui n’ont pas attendu les directives de la ministre pour dispenser des classes en ligne afin d’assurer une continuité pédagogique. Ainsi, nous avons assuré les cours le lendemain même de l’annonce faite par le Premier ministre de fermer les établissements scolaires suite au dépistage des premiers cas de la Covid-19 dans l’île. De ce fait, nous pensons que les élèves ainsi que nous autres, enseignants, méritons une pause raisonnable dans le but de nous ressourcer avant d’entamer la reprise, surtout si le trimestre devait être plus long qu’à l’accoutumée. La question qui nous turlupine est pourquoi avoir annoncé un mois de vacances scolaires au public, pour finalement se raviser une semaine plus tard ?

Il serait judicieux de ne pas ignorer le travail abattu pendant presque trois mois, car les enseignants (pour une partie, du moins) ne s’étaient pas auto-déclarés ‘en vacances’ comme le “COVID Break” mentionné sur le calendrier proposé par le ministère la semaine dernière tendrait à le faire croire. C’est important qu’il y ait un travail de rattrapage pour ceux et celles n’ayant pu assister aux cours à distance, pour de multiples raisons. Cependant, pendant ce temps de remise à niveau, rappelons que l’effort et la régularité fournis par les élèves, ayant suivi les cours en ligne tout le temps qu’a duré le confinement, ne doivent pas être mis au placard dans un souci de parité. Il s’agira, dans un souci égalitaire, de nous assurer qu’aucun enfant ne soit oublié dans l’équation de la nouvelle normalisation, qu’importe qu’on soit issu du “Main” ou de “l’Extended Stream”, d’une famille aisée, avec des moyens technologiques et financiers lui permettant de suivre des cours à distance, ou encore d’une cellule sociale peinant à joindre les deux bouts.

Bien que nous affrontions une situation sans précédent, l’incertitude qui plane quant au nouveau calendrier scolaire de même qu’à la tenue des examens est insoutenable pour les élèves qui ne cessent d’entendre des changements à ce sujet. À quand devons-nous nous attendre à une stabilité retrouvée dans le calendrier scolaire ? Les examens de Cambridge se tiendront-ils en octobre de cette année-ci ou en mai 2021 ? Alors qu’une baisse du niveau de participation est notée pour des élèves des Grades 11 et 13 aux classes en ligne suite à l’annonce concernant l’éventuel report des examens de School Certificate et Higher School Certificate pour mai 2021, notre inquiétude est légitime quant à la performance de ces derniers aux épreuves susmentionnées. Nous aimerions donc que les décisions prises par le ministère lèsent le moins possible l’intérêt des élèves et souhaiterions avoir enfin des éclaircissements durables lors de la prochaine conférence de presse de la ministre de l’Éducation sur la grande rentrée, et ce sans que nous ayons à attendre un prochain épisode pour quelques miettes d’informations de plus…