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Covid-19, l’Église Catholique et l’État : « Et pourtant elle tourne »…

La relation entre des prêtres de l’Église Catholique et l’État est fiévreuse sur fond de règles sanitaires. La genèse de ce conflit est l’annonce du gouvernement de restreindre les messes à 10 personnes (exception faite pour les funérailles et mariages à 50 personnes). Deux vidéos des Pères Mongelard et Rivet postés sur des réseaux sociaux ont mis au grand jour cette colère d’une partie du clergé mauricien. Les deux prêtres ont expliqué l’incohérence pratique de cette décision de l’hôtel du gouvernement.

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Le Diocèse de Port-Louis, dans un communiqué du 15 novembre 2021 sur son site officiel, précise que « les prêtres pourront célébrer les messes et autres sacrements en dehors des églises, avec un maximum de 50 personnes ». Donc par ce fait, la « messe koltar » est devenue une réalité dans certaines paroisses. Certains défendeurs des « messes koltar » s’appuient sur la disposition de la constitution de la liberté religieuse.

Au-delà d’une simple « manifestation » de mécontentement de paroissiens par rapport à une décision gouvernementale, la posture de l’Église pourrait laisser penser à un « conflit désarmé »*. Situation qui était latente depuis longtemps mais qui a trouvé son expression visible par les « messes koltar ».

Cependant, est-ce sage de la part de l’Église de conserver une telle posture dans le contexte de cette pandémie ? Je comprends que les catholiques doivent être respectés dans leurs pratiques religieuses comme les autres religions à Maurice. Cependant, il y a un constat alarmant : les morts de la Covid-19 s’enchaînent malheureusement et les malades positifs de ce virus remplissent les salles de nos hôpitaux. Plus encore, il y a un courant, minoritaire mais réel, parmi les catholiques de rejeter toute idée de vaccination sous prétexte que celle-ci soit « obligatoire ». Des théories de toutes sortes font leur chemin subrepticement, mais sûrement. Ces antivax sont à l’opposé du message du Pape François du 18 août 2021 que la vaccination est un « acte d’amour ». Cette demande papale a été faite ensemble

avec d’autres prélats de l’Église Catholique pour « The Ad Council », une organisation américaine à but non lucratif. Dans ce sens, poursuivre avec les « messes koltar » peut ouvrir, sans le vouloir, la porte à ce courant antivax au sein de l’Église Catholique de l’Ile Maurice. Plus encore, si une personne tombe gravement malade pendant la célébration d’une « messe koltar », à qui imputera-t-on la responsabilité ?

L’Église doit pouvoir pratiquer un « balancing exercise » entre la célébration d’une pratique religieuse et le bien commun. Célébrer les messes en ligne peut être le moyen le plus efficace pour garder le lien avec les paroissiens tout en respectant la question sanitaire.

Les cardinaux Margéot et Piat ont été toujours prophétiques dans leurs approches des questionnements sociétaux. En ce moment, le feeling qui semble se dégager de la communauté des croyants catholiques peut être que les églises s’ouvrent mais que le bon sens, à mon avis, veut qu’elles restent fermées. Une décision impopulaire mais si nécessaire. Pour reprendre l’idée d’une homélie du Cardinal Piat il y a des années de cela, il faut quelquefois être à contre-courant comme la carangue qui coupe au travers des vagues pour parvenir à sa destination.

L’Église peut prendre une décision claire de fermer ses églises pour protéger ses paroissiens même si cela peut être impopulaire. Le temps donnera raison au Diocèse de Port-Louis si elle prend cette décision courageuse. Il sera encore une fois le porteur de l’Espérance chrétienne dans les moments troubles de notre histoire.

Au temps de Galilée, l’inquisition et autres théologiens croyaient que le soleil tournait autour de la Terre. C’était un « fait » pour eux mais Galilée avait une tout autre idée. Il croyait que la Terre tournait autour du soleil. Après les tracasseries de l’inquisition, il avait dû abdiquer de son point de vue mais avait dit cette phrase devenue célèbre, « Et pourtant elle tourne ». Le bon sens prévaut toujours.

* Expression empruntée du titre du livre du Père Goupille, Le Conflit Désarmé {Relations Église – Etat de 1963 à 1993 à L’île Maurice}.

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