Dr DIPLAL MAROAM

Alpha, Beta, Gamma, Delta… En effet, si les différents variants du nouveau coronavirus devaient être désignés, toutes les 24 lettres de l’alphabet grec seraient bien vite épuisées vu que les virus, en général, subissent de multiples mutations lors de leur réplication dans les cellules infectées. Ainsi, au cours de l’infection, le virus se multiplie et se duplique en millions, voire milliards de copies, et lorsque celles-ci ne sont pas tout à fait conformes à l’original, il y a forcément mutations et apparition de nouvelles souches, de nouveaux variants. Dans la grande majorité des cas, ces mutations ne suscitent aucun intérêt sanitaire spécifique et n’exercent aucune influence sur le processus pathologique ; mais lorsqu’elles consolident la virulence et le pouvoir de contagion du virus, elles entraînent alors des considérations médicales particulièrement sérieuses avec des conséquences parfois imprévisibles tant au niveau local, régional que planétaire.

À Maurice, l’entrée en vigueur de la 3e phase du déconfinement qui sera accompagnée par l’ouverture partielle mais sous certaines conditions sanitaires de nos frontières le 15 juillet – avec un projet d’ouverture complète le 1er octobre – repose, dans une grande mesure, sur la campagne d’immunisation de la population contre la Covid-19 par la vaccination. Or, certains variants ne font que chambouler les paramètres de la pathogenèse en déjouant l’immunité acquise soit par la vaccination ou la maladie. Ce qui complique considérablement les mesures de contrôle, pouvant même annihiler tous les efforts et ressources engloutis dans les recherches. Voilà pourquoi la communauté scientifique globale poursuit ses recherches en vue de l’élaboration d’une version améliorée des vaccins pour les rendre plus efficaces contre les nouveaux variants. Car ceux-ci apparaissent à chaque fois que l’on avance dans la pandémie.

Ainsi, bien que le processus de vaccination progresse plus ou moins de manière active dans le monde, de nombreux pays sont contraints ces jours-ci d’avoir recours à nouveau aux mesures de restriction ou au reconfinement généralisé. Car le variant Delta (lignage B.1.617), qui est apparu en premier lieu en Inde fin 2020, s’est rapidement propagé à travers le monde puisqu’étant plus contagieux que les autres quoique pas plus virulent. Et il va sans dire qu’en présence d’un variant plus transmissible, le pourcentage de personnes à vacciner pour atteindre l’immunité collective est bien plus élevé. Ainsi, pour le nouveau coronavirus, qui présente un taux de reproduction de 3 – une personne contaminée pouvant infecter 3 autres individus sans le respect des mesures barrières –, le variant Delta repousse la barrière de 60% de vaccination vers le haut pour atteindre l’immunité collective.

Finalement, en ce qui concerne les variants de la Covid-19 présents sur notre territoire, l’autorité centrale a malheureusement été très économe en matière d’informations. Pourquoi ? Est-ce pour protéger l’efficacité de différents vaccins achetés ou obtenus en guise de dons des pays étrangers ? Même si une conseillère auprès du ministère de la Santé avait déclaré avoir décelé des cas du variant Delta « uniquement en quarantaine », la transparence doit être de mise par rapport à la présence ou non chez nous de tous les variants du SARS-CoV-2 et à l’efficacité de différents vaccins utilisés contre les variants détectés originellement en Grande-Bretagne, Afrique du Sud, Brésil et Inde ou tout autre détecté sur notre territoire.