Depuis fin mai, on entend parler de destruction de maisons. En tant qu’experts de terrain et professionnels de la santé, soucieux des droits des enfants, ce sont les vies des enfants qui nous préoccupent. Nous savons tous comment le confinement a affecté nos familles et en particulier nos enfants, qui n’ont pas les moyens de maîtriser le stress relatif à l’insécurité et à l’incertitude qui règne en cette période de Coronavirus. Les neurologues insistent sur les effets marqués de ce stress continu chez les personnes, peu importe leur âge. Nous pouvons imaginer à quel point ce stress était accru au sein des familles vivant dans des situations de grande fragilité et d’insécurité. Il est difficile par contre d’imaginer la violence ressentie par les enfants lors de la destruction du dernier toit qui les protégeait, tellement celle-ci dépasse l’entendement. En effet, cette destruction amplifie tous les facteurs liés au stress : l’isolement social, l’absence de liberté de mouvement, l’exposition à la menace (le virus, la séparation des familles) et un sentiment d’impuissance et de détresse.

D’après ONU Habitat et les conventions ratifiées par l’Ile Maurice (Droits de l’enfant en 1990, Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, 1992) : « Quelle que soit sa cause, une expulsion forcée peut être considérée comme une violation flagrante des droits de l’homme ». De plus, « les expulsions ne devraient pas avoir pour effet que des gens se retrouvent sans abri ou exposés à d’autres violations de leurs droits fondamentaux ». Rappelons qu’il est de la responsabilité de l’État (dont le rôle est avant tout de protéger ses citoyens) d’évaluer au préalable les conséquences d’une expulsion pour proposer des solutions de remplacement adéquates qui ne mettent pas en danger les personnes. Ceci, en particulier pour les enfants et les femmes qui sont les plus vulnérables et les plus touchés. Il est aussi de la responsabilité de l’État de s’assurer que les enfants puissent rester avec leurs parents et leur famille comme mentionné dans l’article 135 du Government Programme 2020-2024: « Government will consolidate the family unit and family values as a fundamental pillar of our society ».

 Les enfants qui ont vu leur seul abri détruit sous leurs yeux resteront longtemps marqués par cette image traumatique s’ils n’obtiennent pas de soutien adéquat. En perdant le seul lieu qui les protégeait (y compris du Coronavirus), ils risquent de faire face à de nombreuses difficultés et traumatismes qui auront un impact sur toute leur vie. À court terme, cela a déjà des effets sur leur santé mentale et physique, les risques de dépression sont augmentés en plus de l’apparition de symptômes post-traumatiques comme avoir des ‘flashs’ de l’événement traumatisant, faire des cauchemars, des insomnies et être toujours hypervigilant pour se protéger d’autres dangers qui pourraient survenir. Avec un système immunitaire affaibli, ils.elles peuvent souffrir d’infections virales, de gastro-entérites, de bronchites ou pharyngites, de déshydratation, d’infections cutanées, etc. Étant donné les circonstances météorologiques des derniers jours (pluie, vent), on peut imaginer à quel point ils sont plus vulnérables. À long terme, d’autres symptômes comme des difficultés de concentration, une perte d’intérêt pour les activités, un détachement affectif peuvent s’ajouter aux premiers symptômes et difficultés.

Heureusement, les enfants peuvent compter sur le seul repère qui leur reste : leur(s) parent(s), leur famille et les autres personnes de confiance. Ils peuvent aussi compter sur les réseaux de soutien qui se sont mobilisés dans leurs quartiers. Oui, il s’agit bien de LEUR famille et de LEUR quartier. Ces deux éléments font partie intégrante de la construction de leur identité. Tout comme l’école qu’ils fréquentent, les amis et les voisins qu’ils connaissent. Tous ces éléments permettent à chaque enfant de se sentir « chez soi » et en sécurité, en attendant d’obtenir un logement durable. Ce système de soutien est d’autant plus important pour les familles qui ont des enfants à besoins spéciaux (par ex. : celles avec des enfants asthmatiques) et celles qui sont fragilisées par la violence.

En tant que citoyens œuvrant pour des droits des enfants, nous insistons pour que les droits des enfants soient respectés : leur droit au logement, leur droit de vivre avec leurs parents mais aussi leur droit à la non-discrimination et leur droit de participer aux décisions qui les concernent. Cela signifie que l’État doit dès aujourd’hui prendre les mesures pour compenser les conséquences mentales, physiques, éducatives et sociales qui auront un impact négatif et discriminant sur la vie des enfants. Ces mesures doivent se faire en incluant les enfants et leurs familles dans les solutions (y compris de logement) pour qu’ils puissent avoir toutes les chances de s’épanouir et de prendre une part active à la société.

Les associations et personnes membres du Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM) et autres citoyennes engagées : CARITAS Ile Maurice, CUT, DRIP, TIPA, Action for Integral Human Development, Dr. Mita Ballysing, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger – psychosociologue, Emilie Carosin PhD. en éducation et psychologie, Delphine Ahnee, juriste et activiste pour la lutte contre la pauvreté.