Dr Michael ATCHIA

Ce n’est que lorsque Maurice aura passé le pic épidémique que, sur avis médical et à la vue des données de santé, qu’une levée progressive du confinement sera décidée par le gouvernement. En plein confinement (que nous avons le devoir de respecter à 100%), il est encore trop tôt pour parler de déconfinement. Mais une discussion technique et sociale en amont serait utile. Personne ne peut prédire, basé sur des données, la fin de cette pandémie. De meilleurs laboratoires de par le monde travaillent sur des médicaments pour guérir l’infection (comme l’hydro-chloroquine) mais surtout sur un vaccin. La réussite de ces recherches déterminera certainement le time table du déconfinement.

Le confinement (lockdown) est une stratégie de réduction des risques sanitaires qui recommande ou oblige une population à rester dans son logement et éloigné les uns des autres, et ce pour limiter les contacts entre personnes et donc la propagation d’une contagion. Lors de la crise sanitaire 2019-2020, le terme est employé pour désigner l’ensemble des mesures d’hygiène personnelles et de distanciation sociale tant au niveau international que national.

Le déconfinement est le retour à la normale : les reprises, telles que celle du transport local et les mouvements libres des gens, le travail, les activités économiques, la construction etc. Plus difficile à décider : la réouverture des écoles (pour mai ou septembre ?), la fin des quarantaines, la reprise des réunions de masse, le transport aérien et la réouverture de Maurice aux touristes. L’impact économique de la crise sanitaire serait par contre au moins deux fois plus fort que celui de la crise financière de 2008, estime un observateur. On atteindrait presque le niveau de 1929 en Europe et aux USA. À Maurice, à quand la reprise des activités économiques ?

Mais la sortie du confinement suppose que la situation épidémique soit stabilisée. Le déconfinement ne pourra intervenir que de façon progressive, en phases. Déconfiner trop rapidement l’ensemble d’une population exposerait les personnes n’ayant pas encore été malades au virus et cela risquerait une “deuxième vague de la pandémie”, nouveau pic épidémique. Ce virus étant nouveau, nous avons que très peu de preuves scientifiques sur lesquelles s’appuyer. Mais sur la base d’autres épidémies, dont l’influenza, il est certain que ce déconfinement doit se faire en phases différentes.

En l’absence de ‘phasage’, une deuxième vague d’épidémie peut se manifester, si bien qu’un déconfinement pourrait être suivi d’un autre confinement, avec le rétablissement des mesures restrictives. Le seul exemple réussi reste celui de la Chine, pas encore évaluée, car ce déconfinement est en cours. En Chine, le déconfinement est aujourd’hui assorti de contrôles systématiques de température à l’entrée des magasins et aussi un code électronique sur le smartphone de chaque habitant (QR code vert, délivré par les autorités, qui attestent d’une non-infection au Covid-19 ). Mais pour les habitants de la ville même de Wuhan, ils demeurent encore au confinement strict jusqu’au 8 avril 2020.

Le déconfinement ne pourra intervenir que de façon progressive, en phases. Des décisions politiques comme cet avis du PM Français : « Ce déconfinement ne pourra intervenir que de façon progressive. », (Édouard Philippe, le 2 avril 2020)

Le déconfinement en phases

Quels sont les aspects du déconfinement à être considérés ?

· Maintien des distances sociales dans tous les secteurs de la vie publique ; maintien des gestes d’hygiène (comme le lavement des mains et le port de masques en public) ;

· Étager dans le temps ;

· Régionaliser (Maurice, Rodrigues, Agalega) ;

· Sectoriser (reprise du travail, des transports, des écoles, etc.) ; pour les écoles, reprendre par tranches d’âge, d’abord les universités et upper secondary, ensuite les collèges, écoles primaires et maternelles ;

· Tenir compte de la classe d’âge ou de la fragilité de certains groupes (les personnes de plus de 60/70 ans ou celles qui souffrent de maladies chroniques graves pourraient être confinées plus longtemps et déconfinées par étape);

· Dépendre du degré d’immunisation de la population (i.e. la proportion de la population ayant déjà été en contact avec le virus) ;

· Compte tenu de la venue de traitements et d’un vaccin ;

· La diffusion large ou non des tests ;

· L’accessibilité et le port de masques civils, en grande quantité ou restreinte ;

· de l’infrastructure sanitaire solide (comme mise sur pied à Maurice, mais qui a des limites de nombre) ;

· Donner suite à des résultats d’analyses pour tenir compte du profil sanitaire de la population : levée du confinement pour ceux qui présentent des anticorps et maintien pour ceux qui ont toujours une charge virale ;

· Contrôle au port et à l’aéroport pour ceux qui rentrent ou viennent comme touristes ; le recours à l’intelligence artificielle et le téléphone portable pour la période de déconfinement et le tracking de la population, contrôlé à travers des applications mobiles, pour s’assurer de maintenir le confinement de personnes malades et de celles qu’elles ont fréquentées, à l’image d’une pratique instaurée durant la crise sanitaire par la Chine et la Corée du Sud ;

· Il faudra du temps avant de remettre tous les systèmes en marche et que le travail reprenne à plein temps.

Conclusion

L’existence et le fonctionnement d’une ‘Task Force national sur Covid-19’, que préside le chef du gouvernement et composée de scientifiques de haut niveau, sont un atout majeur pour le pays dans ce combat. Des études comparées et continues d’autres pays, tels que la Chine, la Corée du Sud, Taiwan, Singapour, l’Afrique du Sud et la Réunion, parmi d’autres, pour identifier aussi bien les best practices que les mesures qui ont failli, sont essentielles, avec la collaboration d’autres gouvernements et d’associations professionnelles, de centres de recherches, d’Académies de sciences, des médias, etc.

06.04.2020