Inspiration : Lettre de gratitude à une pédagogue et une guide hors pair

 

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Chère Madame Nicolin,

C’est un grand honneur pour moi de vous écrire après tant d’années pour rendre hommage à votre parcours qui est un modèle d’inspiration, avec une brillante carrière dans l’éducation comme professeure de français, form-mistress et cheftaine des Girl Guides au QEC. En souvenir des années « Girl Guides » et de notre séjour à la Cambuse, je voudrais exprimer un témoignage de reconnaissance collégial. Je remercie les condisciples de la promotion 1982 qui ont bien voulu s’y associer.

Pour Simla G., installée à Londres, vous êtes : « a role model, the best teacher, motivating, with a great sense of humour, always with a smile on her face ». Yasodha P. parle de vous comme une « femme forte, disciplinée, pleine de vie et de joie ». Anne-Marie T. se rappelle votre dynamisme et revoit encore votre sourire. Selon elle, vous êtes « la professeure dont on rêve ». Bharati G. se souvient de vous comme une professeure ayant une véritable vocation pour enseigner. Elle se remémore l’examen oral de la HSC : l’accent de votre dictée qu’elle a senti comme « venant droit de Paris » l’a marquée. Christiane Y. a été particulièrement frappée par deux mots pendant un de vos cours de langue française. « Descendre en bas » est « pléonasme vicieux » à éviter. Sareeta I. trouve qu’elle a vraiment eu de la chance d’avoir eu une professeure de français « passionnée et dévouée » comme vous. « Sa bienveillance nous a aidées à créer un environnement propice à l’apprentissage de la langue de Molière, dès la Forme Une », dit-elle. « Toujours disponible, elle nous expliquait avec beaucoup d’enthousiasme les règles de grammaire ainsi que l’analyse des textes littéraires. Elle m’a toujours poussée à me surpasser avec des conseils sur la communication et la confiance en soi, ingrédients nécessaires à la réussite professionnelle. » Elle garde encore en mémoire votre élégance, votre gentillesse, votre éloquence ainsi que votre sens de l’humour. Comme Sareeta, Louise M., vous voit encore « marcher d’un pas décidé avec votre cartable sous le bras ». Elle a de bons souvenirs de vous comme professeure de français et comme « élément moteur » pour les Girl Guides. Vivant aujourd’hui dans la région de Grenoble, elle m’envoie ces quelques mots : « J’ai des super souvenirs des repas au feu de bois, des chansons qu’on apprenait, des feux de camp. Elle avait un mélange d’enthousiasme et de rigueur qui nous entrainait. Elle a créé des bons moments de camaraderie et de joie entre nous. »

Pour vous remercier pour les sorties Girl Guides fort instructives, puis-je vous emmener faire un modeste voyage littéraire dans la nature ? Récemment, j’étais au domaine de la Vallée-aux-Loups où Chateaubriand a écrit une partie de ses « Mémoires d’outre-tombe ». Fort émue après la visite de sa demeure, j’ai fait le tour du parc puis, je suis allée m’asseoir sous le grand marronnier dans cette nature apaisante. Ce jour-là, un monsieur faisait la lecture des nouvelles de Mérimée qui a l’art de nous ancrer dans la réalité, même dans le paysage le plus féerique. Dans la vie, il faut savoir préserver l’équilibre entre le rêve et la réalité. Aux Girl Guides, sous la férule d’une cheftaine à la fois douce et autoritaire, on découvrait déjà cet équilibre, en apprenant à vivre en harmonie avec les autres avec un esprit positif et pragmatique.

Chère Mme Nicolin, c’est VOUS la cheftaine qui nous apportait tous les facteurs-clés pour notre épanouissement. Votre fermeté inébranlable, votre sens de l’organisation associés à votre bienveillant soutien sont gravés à jamais dans ma mémoire.

Quand l’âme commence à s’étioler avec l’usure du temps, on se rappelle les souvenirs qui fortifient. La flamme de l’espérance se rallume et apporte la force nécessaire pour s’élever et se reconstruire. Les souvenirs de jeunesse me reviennent… C’est aux Girl Guides que j’ai appris la joie du partage et les fondements de la résilience et de la solidarité. Tous les samedis matins, vêtue de l’uniforme bleu marine, nouant mon foulard autour du cou et arborant fièrement le badge en laiton en forme de trèfle, symbole de mon engagement, je me rendais hardiment au collège pour la réunion hebdomadaire. Les jeunes collégiennes, ayant fait la promesse des Girl Guides, se devaient de faire le « sacrifice » de leur samedi matin. Sadhna B. s’en rappelle encore comme une belle leçon de vie.

Au cours de cette formation, les Girl Guides pouvaient aller camper au bord de la mer ou à la campagne, où il fallait apprendre à faire rimer « liberté » avec « loyauté » et « responsabilité ». Lors des séjours dans ces campements de fortune, on apprenait à vivre dans la sobriété pendant quelques jours et à s’adapter à toute éventualité, en gardant le sourire, loin de sa zone de confort, le cocon familial. Me reviennent en mémoire le ramassage de bois à tour de rôle et les jeux de piste entre patrouilles. On apprenait à baliser un terrain en posant des repères dans la nature : attacher une branche, dessiner une flèche, trouver les meilleures astuces pour arriver en premier. Faisant partie de la patrouille des « Red Robins », je me sentais toujours prête à prendre mon envol pour les défis les plus stimulants, malgré leurs difficultés. A la tombée de la nuit, telle une récompense, une chanson annonçait la promesse d’un renouvellement d’énergie après une longue journée d’apprentissages austères. Cette mélodie me berce encore aujourd’hui et m’attendrit. Elle résonne en moi comme une madeleine de Proust.

« Camp’s fire burning, come nearer, in the gloaming, come sing and be merry ».

Comment résister à cet appel ? Tout le monde se serrait autour de vous, devant le feu de camp et entonnait cette chanson par petits groupes, en canon, en prélude à un joyeux concert ludique à la belle étoile. Plus rien n’avait d’importance : ni les sourdes protestations autour des corvées, ni les repas sur des feux de bois languissants, ni la vaisselle à faire dans des conditions les plus rudimentaires… Même, le Kybo (toilettes sèches) creusé à même le sol ne semblait plus faire l’objet d’une abominable aversion. Il fallait tout simplement s’amuser ensemble, chanter dans la joie et rire de bon cœur ! On découvrait tout un savoir-faire, mais surtout un savoir-être. Petit à petit, les Girl Guides développaient discipline et intégrité, sens du devoir et de l’amitié, ainsi que détermination et persévérance à travers toutes ces expériences coordonnées par une cheftaine unique, un modèle de dévouement.

« I promise that I will do my best. » Ce sont les premiers mots de la promesse des Girl Guides. En mon for intérieur, au gré de ces réminiscences d’antan et au fil des vicissitudes de mon existence, il me semble avoir toujours fidèlement honoré la mienne…

Chère Madame Nicolin, Un GRAND GRAND MERCI du fond du cœur pour ces premières leçons de savoir-être et pour vos précieux enseignements que, pour ma part, j’ai essayé de transmettre, à mon tour, à ma fille…

Pendant nos années de collège, l’ensemble de vos enseignements nous a été très précieux. Soyez assurée de notre profonde gratitude, vous, qui avez été une guide hors pair pour nous.

Chère Mme Nicolin, vous venez de fêter vos 90 ans. Recevez nos vœux les plus sincères pour poursuivre votre chemin en toute sérénité avec la force d’âme qui vous ressemble.

 

Pravina Nallatamby et des condisciples du QEC (promotion 1982)

À Paris, août 2023

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