Le boxeur mauricien d’origine rodriguaise, Merven Clair, est l’un des athlètes locaux ayant déjà obtenu son ticket pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Le médaillé d’or des Jeux des iles de l’Océan Indien (2015 et 2019) et des Jeux d’Afrique 2019 à Rabat, sera en quête d’exploit en terre nippone, lui qui caresse le doux rêve d’émuler son illustre prédécesseur, Bruno Julie, qui était monté sur le podium à Beijing, en 2008. Dans l’entretien qui suit, le pugiliste, qui se bat dans la catégorie des -69 kg, se livre sur le confinement, sa préparation en vue des JO, les inquiétudes liées à l’évènement nippon et son état d’esprit avant de monter sur le ring. Calme, posé, et ayant un mental a tout épreuve, ce dur à cuire veut marquer les esprits.

Deux confinements en l’espace de douze mois seulement, cela fait quand même beaucoup, surtout pour l’athlète de haut niveau que vous êtes. Comment l’avez-vous vécu ?
— Le premier confinement était difficile à vivre. Pour ma part, je ne savais pas sur quel pied dansé. J’avais aussi l’impression que c’était plus strict  avec beaucoup de restrictions. J’avais la tête dans le guidon. Cette fois, je me suis mieux organisé et je dois dire que j’ai bien géré. Je l’ai vécu tranquillement, en gardant la tête froide et en faisant le maximum pour garder la forme.

En tant qu’athlète de haut niveau, il est primordial de demeurer en forme. Avez-vous pu vous entraîner à la maison, même si cela n’a rien avoir avec la salle ?
— Définitivement, cela n’a absolument rien à voir. Pour nous, boxeurs, nous avons besoin de repères, d’être en situation. L’entrainement à domicile est un moyen de garder une bonne condition physique mais pour peaufiner la technique, c’est en salle, en compagnie de notre entraineur. Il faut être sur le ring.

Avant d’aborder les JO, dites-nous comment vous avez vécu l’épisode des élections menant à la commission des athlètes du COM ?
— (Réflexion)… Ecoutez, je vous dirai que je n’y ai pas trop prêté attention. C’est choses-là ne sont pas pour moi. Je préfère me concentrer sur ma boxe avec l’objectif de bien figuré lors des compétitions à venir, notamment les Jeux Olympiques à Tokyo, ou je serai attendu au tournant. Pour le reste, je laisse cela à d’autres personnes…

Vous avez été à un moment donné candidat avant de vous retirer. Que s’est-il passé ?
— C’était la plus sage décision à prendre. J’ai fait ce qu’il y avait de mieux à faire pour moi. Avec un peu de recul, je me suis dit que cela ne cadrait pas avec moi et ma personnalité. Autant me concentrer sur ce que je sais faire de mieux, c’est-à-dire, enfiler des gants et monter sur un ring. Là, je suis dans mon élément.

Ne pensez-vous pas, avec recul, avoir commis une erreur, en vous engageant dans cette direction ?
— Je n’ai pas forcément de commentaires à faire à ce sujet. J’ai retiré ma candidature, ces choses-là sont derrière moi maintenant. Je suis quelqu’un qui va de l’avant.

Vous avez obtenu, avec Richarno Colin, une dérogation du gouvernement pour reprendre très vite les entraînements, en vue des Jeux olympiques. Quel a été votre première réaction ?
— J’ai poussé un ouf de soulagement ! J’étais content de reprendre les entrainements. Je fais partie, avec certains de mes camarades, toutes disciplines confondues, d’une élite, qui a, à cœur de faire honneur au quadricolore national. Pour ce faire, nous devons nous entrainer dans les meilleures conditions. Les Jeux Olympiques sont à nos portes et nous, nous devons passer à la vitesse supérieure. Pas le temps de chômer car c’est une course contre la montre. Nous devons impérativement avoir une bonne préparation.

En revanche, tel n’a pas été le cas pour une grosse majorité de sportifs. Qu’en pensez-vous de cette situation ?
— C’est dommage pour ces sportifs. Dans ces moments, il faut faire preuve d’empathie et croyez-moi, je ne suis pas insensible à leur situation plus que délicate, étant donné que je fais, moi aussi, partie de la communauté des athlètes. Le gouvernement devrait travailler sur une formule pour qu’ils puissent reprendre du service dans leurs disciplines respectives. Je suis conscient toutefois qu’en cette période de pandémie, ce n’est pas évident de satisfaire les besoins de tout un chacun.

Venons-en maintenant à votre qualification pour les JO, obtenue dans des conditions compliquées. L’attente a-t-elle été stressante ?
— Bien sûr ! Chacun le vit à sa manière, mais c’est une forme de stress car je me suis donné corps et âme pour atteindre cet objectif. Cela fait des mois que je m’entraîne avec pour objectif de décrocher une deuxième qualification aux JO, après celle de Rio. J’étais très content de valider cette nouvelle participation en pensant à tous les sacrifices consentis.

L’annulation du tournoi de Paris vous a finalement porté chance. Vous attendiez-vous à être repêché ?
— Je suis l’actuel n°1 africain et classé 7e mondial chez les 69 kg. Si j’avais pris part au tournoi de qualification de Paris, j’aurais bénéficié d’un billet quoi qu’il arrive. Ce n’est pas une wildcard qui m’a été offerte. Je ne pense pas que l’annulation m’est portée chance. Je méritais amplement d’y figurer et de prendre part à mes deuxièmes Jeux.

Avec la 4e vague de contamination qui touche actuellement le Japon, avez-vous des appréhensions par rapport à la tenue même de ces JO, après un premier report ?
— Non ! J’essaie de me tenir informer autant que possible de ce qui se passe dans le monde et comme beaucoup de pays, le pays du Soleil Levant n’est pas épargné par la pandémie. Mon rôle à moi, est de me préparer pour les JO et de donner le meilleur de moi-même. Si les organisateurs décident d’aller de l’avant, j’y serai, si ce n’est pas le cas, je resterai à la maison.

Vous y pensez dès fois à une éventuelle annulation ?
— Pour être tout à fait honnête, ça ne m’a pas traversé l’esprit. Comme je vous l’ai dit, je suis dans ma bulle. Effectivement, je suis conscient qu’il faudra prendre mes précautions et respecter les gestes barrières, si les Jeux ont lieu. S’ils ne se tiennent pas comme prévu, je devrais faire avec.

Sincèrement, pensez-vous que ces Jeux devraient se poursuivre ou être annulés, dans les conditions aussi compliquées ?
— Ma question à moi est comme suit : Pourquoi devrait-on ne pas aller de l’avant ? Je vous citerai l’exemple des différents championnats de football qui se déroulent dans le monde. Certes, ce n’est pas évident sans les spectateurs, mais toujours est-il, la compétition se poursuit et les supporters sont contents. Je suis d’avis qu’il faut s’adapter aux difficultés, trouver un moyen de faire plaisir à tout le monde. Les conditions sont loin d’être fameuses, mais nous, athlètes, nous y sommes préparés.

Avec cette crise sanitaire mondiale, l’ambiance ne sera pas la même par rapport aux précédentes Olympiades avec les dispositions préventives mis en place. Vous en pensez quoi, vous qui avait eu l’occasion d’être présent à Rio en 2016 ?
— Ça reste les JO, un évènement planétaire ou les meilleurs athlètes de la planète s’affrontent. Avec la crise sanitaire, les mesures préventives sont obligatoires, qu’on le veuille ou non. Personnellement, ça ne me dérange pas. Si je dois m’y rende uniquement pour mon combat, et après, reprendre l’avion juste après, pas de souci. À Rio, il n’y avait pas de Covid-19. Ce n’est donc pas comparable.

Sportivement parlant, comment vous vous sentez-vous, quatre ans après ?
— Je suis mieux armé psychologiquement et techniquement. J’ai gagné en maturité, participé à de nombreuses compétitions et monté sur la plus haute marche du podium. À l’occasion des Jeux d’Afrique notamment. J’ai franchi un nouveau palier et je suis définitivement plus le même boxeur.

À quel niveau pensez-vous avoir progressé le plus ?
— J’ai surtout appris de mes erreurs passées. J’arrive mieux à gérer le stress, mon environnement, et à rester maitre de moi-même. J’ai une attitude plus posée, en prenant mon temps. Au niveau mental, je me suis bien amélioré. C’est l’une de mes forces.

Quel sera donc votre objectif à Tokyo, après un premier essai ponctué par une élimination au premier tour ?
— Je vous répondrai que je suis quelqu’un qui apprends vite. À chaque fois que je me fais battre, je rebondis et fait mieux la fois suivante.  C’était le cas lors des Jeux du Commonwealth. Je compte bien faire mon petit bonhomme de chemin, dans ma catégorie des 69 kg, aux JO. Si vous pensez que je m’y rends en tant que victime expiatoire, vous avez tout faux. Mon objectif est de ramener une médaille.

Ce sera toutefois difficile d’aller décrocher une médaille olympique. Qu’en pensez-vous ?
— J’en suis conscient. Mais c’est mon rêve. Je veux ramener une médaille pour le peuple mauricien. Je suis un bosseur, je travaille comme un acharné et j’espère être au meilleur de ma forme au Japon. De là, tout peut arriver. Comme on dit, “the sky is the limit”.
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Repères

Né le 2 juillet 1993, Merven Clair est natif d’Eau Claire, à Rodrigues. La boxe est une histoire de famille. C’est son oncle Hervé Clair, médaillé d’or aux JIOI de 1998, à La Réunion, qui lui a permis d’enfiler ses premiers gants. C’est d’ailleurs à l’âge de 13 ans que Merven Clair débute dans cette discipline. Pas de doute, il était fait pour le noble art. Coïncidence ou pas, force est de constater qu’il a suivi les traces de son oncle, en étant lui aussi sacré à l’île sœur. Comme quoi, La Réunion réussi bien au Clair. En 2019, à Maurice, l’habitant de Belle-Rose remet ça en s’adjugeant l’or pour la deuxième fois aux JIOI. Grand fan du boxeur américain, Floyd Mayweather, considéré comme l’un des meilleurs de sa spécialité, Merven Clair a egalement fait honneur au quadricolore, en montant sur la plus haute marche du podium, aux Jeux d’Afrique à Rabat en 2019. Il a notamment pris part aux Jeux du Commonwealth ainsi qu’aux Jeux Olympiques de Rio, en 2016.