Je pense qu’à partir du 18 octobre, nous aurons des cas de Covid par grappe. C’est très chagrinant car nous aimons tous nos enfants !

Le poêlon est chaud pour ceux qui gèrent les affaires de la cuisine. Il faut que le gouvernement vienne très vite avec un système de contrôle des prix pour les produits de consommation courante

Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Tout ce que nous savons, c’est qu’il faut se rendre au travail tous les jours. Je ne souhaite pas en tout cas à ceux qui vont rejoindre le service à l’avenir de connaître ce calvaire que nous subissons actuellement.

Rajshree Thylamay, présidente de l’Union des Travailleurs du Ministère de la Santé (UTMS), dit d’emblée qu’elle n’est pas une « syndicaliste de salon ». Elle soutient que les personnels soignant et non-soignant vont travailler chaque jour avec la peur au ventre en raison du nombre élevé de cas de Covid-19. Elle pense que c’est une mauvaise idée d’organiser la grande rentrée scolaire le 18 octobre. « Pou kont ka par grap », prévient-elle. « Comment va-t-on faire respecter la distanciation sociale dans les salles de classe ? se demande-t-elle.
Dans l’interview qui suit, la secrétaire générale de l’All Workers Federation et vice-présidente de la Congress of Independent Trade Unions, (CITU) dit regretter que les travailleurs qu’elle représente n’aient pas droit à des vêtements jetables. Elle parle aussi de sa campagne afin de faire respecter les dispositions de la Convention 190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) ayant trait à la violence et au harcèlement sur les lieux de travail. Elle invite le gouvernement à faire respecter ces dispositions.

Pourquoi êtes-vous devenue syndicaliste ?

J’ai, au fait, commencé ma carrière dans le monde syndical en 2006. Je travaillais à l’époque comme Attendant à l’hôpital de Rose-Belle. Je constatais alors que nos droits étaient bafoués et qu’il n’y avait personne pour nous écouter. Très souvent, c’est moi qui faisais le pont avec les supérieurs qui trouvaient que nos revendications méritaient d’être considérées.
Puisque je défendais les intérêts de nos compatriotes, mes amis m’ont alors approchée pour être membre exécutif d’une formation syndicale. J’ai posé ma candidature lors d’une élection et j’ai été élue comme membre exécutif du syndicat. On m’a confié plus tard le poste d’assistant secrétaire. Il y a eu, par la suite, de nouvelles élections en 2008. Et cette fois-ci je me suis portée candidate pour le poste de président, fonction que j’assume toujours.

Depuis 2008, comment avez-vous vécu les évolutions dans le monde du travail ?

Puisque je ne me considère pas comme une syndicaliste de salon, je dois dire que j’ai pu apporter beaucoup de changements en ce qui concerne nos conditions de travail, et cela grâce à des négociations avec les responsables du ministère de la Santé. Notre appellation a également changé. Auparavant, nous étions connus comme des Hospital Servants et Health Care Attendants et maintenant, nos sommes des Attendants Hospital Services.
Mon plus grand achievement cependant – c’est là où j’ai reçu de nombreuses félicitations – c’est d’avoir pu faire retirer la couleur bleue sur notre uniforme. Cette distinction était considérée parmi le personnel comme dégradant. Dès que les personnes âgées nous voyaient, elles nous appelaient des Nenenn. Dès que cette couleur a changé, le regard a changé à notre égard. À présent, nous avons un peu plus de respect dans notre travail. Ce changement est intervenu en 2009.

Maintenant, nous sommes reconnus dans la catégorie d’Attendant Hospital Services. Nous avons apporté également beaucoup de changements au niveau de notre syndicat. Nous opérons plutôt d’une façon collégiale. Nous discutons et trouvons des solutions sans pour autant négliger notre travail.

Moi en tant que Junior Attendant Hospital Services, je fais mon travail comme il se doit et je me rends de temps en temps sur divers sites de travail pour rencontrer les membres du syndicat et les écouter. Je me fais un devoir d’aller à leur rencontre pour qu’ils ne se sentent pas perdus quelque part dans le système. Il faut savoir cependant que parfois il y a des blocages au niveau des négociations et qu’on refuse de nous écouter par rapport aux dus des travailleurs. Il faut que lorsqu’il y a Deadlock quelque part dans nos négociations, nous décidons d’observer un Sit-In. D’ailleurs, nous avons déclenché des actions syndicales à plusieurs reprises.

Il y a beaucoup de revendications qui sont restées en suspens en raison du Covid-19. D’abord, il n’y a plus de négociations avec le ministère de la Santé et avec les Regional Health Directors. Et pourtant, le ministère de la Fonction publique a émis une circulaire pour demander aux chefs de section d’ouvrir les négociations avec les syndicats. J’ai l’impression qu’ils utilisent le Covid-19 comme un prétexte pour ne pas ouvrir les négociations avec les syndicats.

Plusieurs problèmes doivent être résolus à notre niveau. Il y a le manque de personnel pour divers grades à tous les niveaux. Le petit groupe d’Attendant Hospital Services se dévoue corps et âme chaque jour. C’est dans ce petit groupe qu’on procède à des nominations. Nous ne sommes pas contre la promotion. La logique veut qu’on procède au recrutement à la base et qu’on accorde une promotion à ceux qui méritent d’accéder à un nouveau palier de leur carrière. C’est en faisant des promotions ici et là sans faire un recrutement à la base qu’il y a disruption of work et que le personnel se sent perdu.
Moi, par contre, à l’hôpital de Rose-Belle, j’ai le soutien de mes supérieurs. On m’écoute et on trouve des solutions pour le personnel. Mais ce soutien n’est pas le même dans tous les hôpitaux car je suis la présidente de l’Union des Travailleurs de la Santé, secrétaire générale de l’All Workers Federation et vice-présidente de la Congress of Independent Trade Unions. Et je suis appelée à me déplacer sur divers sites de travail. Nous avons 12 représentants de travailleurs au sein de notre syndicat et je dois dire que les 12 représentants ne reçoivent pas le même accueil.

Malgré cette situation nous continuons nos campagnes de sensibilisation sur le terrain au sujet de la violence domestique et du harcèlement au travail. Ce n’est qu’avec un dialogue ouvert que nous parviendrons a à trouver des solutions. Il y a beaucoup de choses à discuter. Je cite, par exemple, le paiement des heures supplémentaires et de travail durant les jours fériés pour les cuisiniers. Certains ont même travaillé pour la dernière saison cyclonique. Ces revendications datent de l’année dernière.

Il y a une faille quelque part. Il y a beaucoup de problèmes qu’on pourrait régler sur une base régionale, mais malheureusement nous n’obtenons pas de réunions. Nous avons lutté à un certain moment pour que les employés de notre catégorie aient un Mess convenable à l’hôpital de Candos. Le problème a été résolu. Je sais, cependant, qu’il y a problème à ce niveau pour l’hôpital de Flacq. On m’a fait savoir que le Mess Room des employés se trouve dans un soubassement et en sus de cela, des conduits d’eau passent sur leurs têtes. Les employés ont cru à un certain moment qu’il s’agissait de conduits d’eau reliés à des toilettes. La direction de l’hôpital a fait savoir que tel n’est pas le cas.

Mais le problème maintenant est qu’il fait chaud dans le soubassement et qu’il y a des fissures dans les conduits d’eau. L’eau a tendance à couler un peu partout. Ce qui fait qu’il faut y placer des seaux. C’est très dérangeant car c’est bien à cet endroit que les salariés déposent leurs sacs qui contiennent leurs repas. Ces tuyaux avaient été réparés à un certain moment, mais on m’a fait savoir que l’eau continue de suinter dans ce bâtiment.
Finalement, ils ont fait savoir que ces employés auront bientôt un endroit approprié dans le nouvel hôpital de Flacq. Moi, je pense que pour régler le problème de manque de personnel pour cette catégorie de travailleurs, il faudra recruter au moins 500 Attendants et 400 General Workers. Ce sont ces catégories de travailleurs qui constituent la base des hôpitaux et c’est pourquoi il faut un exercice de recrutement.

Comment la situation se présente-t-elle avec le Covid-19 ?

En ce moment, la situation est devenue plus compliquée avec le Covid-19. Ce n’est pas du tout facile pour nous de travailler. Lorsqu’un travailleur est testé positif, il ne sera pas là pendant plusieurs jours. Nous nous retrouvons dans une situation où dans une salle, il y a seulement un employé au lieu de trois.

Je cite un exemple là où je travaille. Dans l’Out Patient Department de Rose-Belle où nous sommes supposés travailler avec une équipe de 14 personnes, nous nous retrouvons avec six ou sept employés seulement. Cela, parce que les employés sont transférés dans les centres de quarantaine, à l’hôpital ENT, etc. Nous travaillons, mais nous sommes extrêmement fatigués avec le volume de travail qui pèse sur nous. Nos supérieurs font comme si de rien n’était et ils veulent que le travail se fasse. De plus, nous avons commencé à avoir du travail qui ne relève pas de notre Scheme of Service.

D’autre part, nous recevons une allocation pour les uniformes et deux masques par jour. Nous avons fait une demande pour des vêtements jetables et des capes mais celle-ci est restée lettre morte. Si le ministère de la Santé avait pris la décision de nous accorder des vêtements jetables, cela aurait permis de mieux contrôler le Covid-19.

Autre souci, après avoir travaillé, nous rentrons chez nous avec les mêmes vêtements et prendre les précautions essentielles pour que les membres de nos familles ne soient pas contaminés. Nous conseillons aux gens de laisser leurs vêtements à l’extérieur et de prendre un bain avant de rentrer chez eux. Tout le monde n’a pas ces facilités de nos jours. Il est vrai que nous utilisons le gel hydroalcoolique mais est-ce que cela est suffisant quand nous savons que le virus peut être n’importe où ? On nous donne deux masques par jour. Nous allons travailler chaque jour avec la peur au ventre.

Est-ce qu’un patient est en sécurité lorsqu’il se rend à l’hôpital actuellement ?
Je préfère ne pas répondre.

La publication du rapport du Pay Research Bureau (PRB) est prévue pour bientôt. Quelles sont vos revendications?
Nous avons demandé au PRB de revoir nos conditions de travail, le salaire de base et nous avons demandé d’enlever le système de stockage de paiement des heures supplémentaires. Avec le systeme de Bank, nous avons droit à Rs 375 pour chaque quatre heures de travail. Pour moi, c’est du Peanut car on n’a pas droit à une allocation de transport.

Nous réclamons de retourner à l’ancien système de paiement des heures supplémentaires où nous continuons avec l’actuel système, soit une allocation de plus de Rs 500 pour chaque quatre heures additionnelles de travail. Nous avons demandé aussi qu’il y ait un Head of Senior Attendant pour mieux coordonner le travail et ouvrir la voie à des perspectives de promotion.

Pourquoi mener campagne sur la violence sur les lieux de travail ?
J’ai constaté que quand les gens viennent à l’hôpital, ils ont tendance à perdre patience et se montrent agressifs à l’égard du personnel soignant et non-soignant. Par contre, dans les cliniques privées, ils se conduisent comme des enfants sages même s’ils doivent attendre longtemps.

Je constate qu’aujourd’hui les gens n’ont pas de patience. Lorsqu’ils viennent à l’hôpital, c’est toute une procédure qu’ils doivent suivre et les médecins accordent une attention particulière à chaque patient, ce qui fait qu’il faut qu’ils attendent leur tour. Des fois, il faut chercher les dossiers des patients et les résultats des radiographies prennent du temps. Parfois en attendant les résultats, ils deviennent violents.

Il n’y a pas que la violence au travail qui nous concerne. Nous militons également contre le harcèlement au travail. D’ailleurs, nous nous sommes déjà plaints au ministère du Travail à ce sujet. Il s’agit, au fait, des cuisiniers qui se sentent humiliés… Parfois, les employés ne dénoncent pas des cas de harcèlement par peur de représailles. Le harcèlement est, en fait, partout dans le monde du travail à Maurice.

Avec cette campagne de sensibilisation sur les lieux du travail, je pense que les travailleurs vont prendre conscience des dispositions de la Convention 190 du Bureau International du Travail que vient de ratifier le gouvernement. Cette convention protège en particulier la gent féminine. Lors des différents séminaires que nous avons organisés jusqu’ici, nous avons demandé aux femmes de ne pas baisser les bras et de dénoncer les cas de violence et de harcèlement au travail.

Que dit, au fait, la Convention 190 de l’Organisation internationale du Travail ?
Cette Convention, qui a été ratifiée par Maurice, dit que la violence et le harcèlement mettent en péril l’égalité des chances. Ils sont inacceptables et incompatibles avec le travail décent. Les signataires de cette Convention doivent promouvoir un environnement général de tolérance zéro à l’égard de la violence et du harcèlement. Elle souligne aussi que la violence et le harcèlement dans le monde du travail nuisent à la santé psychologique, physique et sexuelle, à la dignité et à l’environnement familial et social de la personne.
La violence et le harcèlement nuisent aussi à la qualité des services publics et des services privés et peuvent empêcher des personnes, en particulier les femmes, de progresser dans le monde du travail. La violence et le harcèlement sont incompatibles avec la promotion d’entreprises durables et ont un impact négatif sur l’organisation du travail et la productivité.

Généralement, la violence et le harcèlement fondés sur le genre touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles. Au fait l’article 1,1 (a) de la Convention 190 définit la violence et le harcèlement comme un « ensemble de comportements et de pratiques inacceptables, ou de menaces de tels comportements et pratiques, qu’ils se produisent à une seule occasion ou de manière répétée, qui ont pour but de causer, causent ou sont susceptibles de causer un dommage d’ordre physique, psychologique, sexuel ou économique, et comprend la violence et le harcèlement fondés sur le genre ».

Quelle a été la position du syndicat après que le gouvernement a ratifié cette Convention ?
Le CITU, dont je suis la vice-présidente, a accueilli favorablement la décision du gouvernement de ratifier la Convention 190. Cette confédération syndicale, qui regroupe 35 000 membres à travers le pays, souligne que maintenant la balle est dans le camp du gouvernement en multipliant la visite des inspecteurs sur des lieux du travail pour faire respecter les dispositions de cette Convention. Celle-ci se réfère également à la violence domestique, la santé, la sécurité et aux lois du travail qui sont vigueur à Maurice.
Il faut féliciter le gouvernement d’avoir pris la décision de ratifier cette Convention. Maurice a été classée septième dans le monde, troisième en Afrique et première dans l’océan Indien pour avoir ratifié cette Convention. La CITU et le Public Service International ont mené combat pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes sur les sites de travail. Les lois sont là, mais il faut les consolider maintenant.

Aujourd’hui, il n’y a pas que dans le secteur privé qu’on assiste à la domination des travailleurs. La même chose est présente dans les corps para-étatiques et dans la fonction publique. Il y a des chefs de section qui sont en train de fer dominer ar travayer. Un travailleur est appelé à accomplir les tâches de dix personnes parce que les postes vacants ne sont pas remplis. Cette Convention vient protéger les travailleurs contre ces agissements. Un travailleur a le droit de protester. Il a le droit également de cesser de travailler s’il y a une surexploitation, surtout dans les corps para-étatiques.
C’est désormais une obligation morale de la part du gouvernement de l’appliquer sur les lieux de travail. Cette Convention protège aussi les travailleurs et autres personnes dans le monde du travail, y compris les salariés tels qu’ils sont définis par la législation ainsi que les personnes qui travaillent, quel que soit leur statut contractuel, les personnes en formation, y compris les stagiaires et les apprentis, les travailleurs licenciés, les personnes bénévoles, les personnes à la recherche d’un emploi, les candidats à un emploi et les individus exerçant l’autorité.

Est-ce que cette Convention s’applique à tous les secteurs ?
La présente Convention s’applique à tous les secteurs, public ou privé, dans l’économie formelle ou informelle, en zone urbaine ou rurale. Elle garantit que tout travailleur a le droit de se retirer d’une situation de travail dont il a des motifs raisonnables de penser qu’elle présente un danger imminent et grave pour sa vie, sa santé ou sa sécurité, en raison de la violence et du harcèlement, sans subir de représailles ni d’autres conséquences indues, et a le devoir d’en informer la direction.

Quelle est votre réflexion sur l’avenir de votre profession ?
Je pense que le Covid-19 a changé un peu la donne et si on n’arrive pas à trouver une solution pour mettre fin à la propagation de ce virus, notre métier deviendra encore plus difficile car personne n’est en sécurité finalement. D’ailleurs, les personnels soignant et non-soignant travaillent tous les jours avec la peur au ventre. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Tout ce que nous savons, c’est qu’il faut se rendre au travail tous les jours. Je ne souhaite pas en tout cas à ceux qui vont rejoindre le service à l’avenir de connaître ce calvaire que nous subissons actuellement. Il faut savoir qu’un membre du personnel soignant et non-soignant a sa famille à protéger.

En tant que mère de famille, que pensez-vous du niveau des prix pratiqués sur le marché actuellement ?
Je dois dire que le prix de plusieurs produits a pris l’ascenseur et cela n’est pas de bon augure. Le prix des médicaments dans les pharmacies a aussi augmenté de façon substantielle. Le lait pour enfant, les couches pour bébés, les jus, etc., ont augmenté de façon conséquente.

La vie devient trop cher en ce moment. Le poêlon est chaud pour ceux qui gèrent les affaires de la cuisine. Il faut que le gouvernement vienne très vite avec un système de contrôle des prix pour les produits de consommation courante.

Que pensez-vous de la grande rentrée scolaire du 18 octobre ?
Je suis très inquiète car même avec le système dit Staggered, beaucoup d’enfants ont contracté le Covid-19. Je me pose la question. Comment va-t-on observer la Social Distancing dans les salles de classe ? Nous savons tous que l’été approche et qu’il sera parfois difficile de porter continuellement le masque. Il y a des enfants qui souffrent d’allergie et qui sont asthmatiques. Je pense qu’à partir du 18 octobre, nous aurons des cas de Covid par grappe. C’est très chagrinant car nous aimons tous nos enfants !