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Métier: Les jeunes pêcheurs dans des eaux tumultueuses

De nombreux jeunes ont choisi de gagner leur vie à travers la pêche ces dernières années. Que ce soit sur une pirogue en haute mer, dans le lagon ou à pied en tant que pêcheur d’ourites, ils bravent les eaux tumultueuses sur lesquelles vogue le métier de pêcheur.

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Vous l’aurez sans doute remarqué sur les côtes, le visage des pêcheurs ne reflète plus uniquement les personnes d’un certain âge qui s’obstinent à poursuivre leur métier malgré les difficultés. Parmi ces visages, vous trouverez également de jeunes garçons qui ont, soit choisi de devenir pêcheur ou qui n’ont pas eu d’autres alternatives. Dans un village côtier du sud, vous tomberez sur des jeunes dans la vingtaine en bord de rue vendant le fruit de leur pêche du matin. “Plito nou vann li nou mem nou gagn enn ti kas”, se défend l’un.

“Mo trouv mo lavenir ladan”

Ses amis et lui ont décidé de profiter de la proximité de la mer pour en récolter les fruits. “C’est pour nous la façon la plus facile de gagner notre vie. Comme beaucoup de personnes qui vivent sur la côte, nous savons comment  nous y prendre pour attraper quelques poissons. Nous préférons cette méthode plutôt que d’aller travailler sur un chantier ou ailleurs.” S’ils s’aventurent à approcher de potentiels acheteurs pour la vente, ils ne souhaitent pourtant pas être pris en photos ni divulguer leurs noms. “Nous n’avons pas de permis. Pou gagn problem ek sa”, disent-ils.

De l’autre côté de l’île, à Grande-Rivière-Nord-Ouest, les frères Oumesh (25 ans) et Darmesh Chutto (20 ans) ont eux suivi les traces de leur père qui leur a inculqué tous les trucs du métier. Aujourd’hui, ils ont leurs pirogues sur lesquelles ils voguent en haute mer vers les ‘radeaux’ où ils pêchent les gros poissons tels que les thons, les bonites, les dorades coryphènes ou encore les marlins. “Mo trouv mo lavenir ladan. Se enn travay ki mo kontan fer, mo mem mo patron, personn pa donn mwa okenn lord”, confie Darmesh. Son grand frère indique lui que c’était tout naturel pour lui de devenir pêcheur. “Depuis petit j’accompagne mon père et je dois dire que j’aime ce qu’il fait. J’ai toujours eu envie de faire ce même métier.”

Par contre, tout n’est pas toujours rose. Oumesh Chuttoo confie ainsi qu’il n’a pu aller pêcher pendant quelques jours faute d’appâts. “Je pratique la pêche avec des appâts vivants. Avant d’aller capturer de gros poissons, je dois capturer des petits poissons tels que des sardines, des rougets ou des ‘miltons’. Or, ces appâts sont parfois rares.” Ce dernier souhaite que les autorités aident les jeunes qui s’aventurent vers ce métier à acheter les équipements convenables. “Je vais pêcher à 10 000 nautiques des côtés, avec les petits moteurs que j’ai, cela me prend beaucoup de temps et c’est plus dangereux. Si je pouvais me permettre d’acheter un bon moteur, je pourrais faire l’aller retour plus facilement et plus rapidement.”

Pêcheur et ‘manev mason’

Jonathan (prénom fictif), a lui décidé de pêcher l’ourite. Quotidiennement, il va titiller le céphalopode dans un lagon du nord. Comme son père avant lui, le jeune de 18 ans, a décidé de faire carrière dans cette pêche . “C’est la seule chose que je sache faire. Depuis petit, mon père m’a appris. Parfois j’arrive à avoir plusieurs ourites et parfois, je n’attrape rien. Le métier est ainsi fait. Mais mon plus grand problème est que je n’arrive pas à avoir un permis pour que je sois dans la légalité.”

Dans le sud-est du pays, Simsing se plaint également de sa situation qui tourne chaque jour un peu plus vers la précarité. Âgé de 32 ans, il ne se voyait rien faire d’autre que la pêche mais il se retrouve aujourd’hui à devoir être aide-maçon en parallèle pour gagner sa vie. “J’habite à Deux Frères, ici il n’y a rien à faire d’autre que la pêche. Il n’y a pas d’autres boulots. Je pêche dans le lagon avec mon père mais en dehors également. Je dois dire que depuis l’échouement du Wakashio, le poisson se fait de plus en plus rare. La plupart du temps, on ne pêche même pas de quoi rembourser les frais de l’essence. Sans compter que je dois acheter des appâts comme les sardines et les crevettes pour pouvoir pêcher.”

Pour couronner le tout, lui non plus n’a pas sa carte de pêcheur malgré une application faite en 2014. Les cartes de pêcheurs sont remises au compte goutte, ce qui rend le quotidien de plusieurs de ces jeunes très difficiles puisqu’ils ne reçoivent pas de bad weather allowance en conséquent. Si la relève est bel est bien là, elle semble souffrir de ce manque de considération de la part des autorités.

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