Beaucoup d’observateurs fustigent cette association pour avoir omis de se tourner immédiatement vers la police aussitôt informée de la découverte d’un téléphone “on video recording mode” dans la toilette des dames

La démission de Barlen Sengayen, membre du Managing Committee, lettre à l’appui, vient confirmer le traitement déplorable et amateur du cas de voyeurisme allégué

La Mauritius Football Association (MFA) se retrouve dans la tourmente depuis mardi (11h57), suite à une déposition d’une de ses préposées selon les dispositions de l’Information and Communication Technology Act (ICTA). Cette dernière a porté plainte au poste de police de Rose-Hill suivant la découverte d’un téléphone portable caché, selon sa déposition, dans un panier bleu disposé sur la chasse d’eau dans la toilette réservée aux dames ! L’affaire, précise-t-elle, a été aussitôt rapportée le même jour, soit le 30 juillet à 15h27, à l’assistant secrétaire général, Nazeer Bowud. Ce dernier intimant la préposée de rédiger une plainte pour le besoin d’une enquête interne. Sauf que, ne voyant rien venir, dix jours plus tard, la préposée a fini par s’en remettre à la police.

Le 10 août toujours, soit en début de soirée à 18h07, la MFA a émis un communiqué de presse. Malheureusement, pas pour faire état de cette sombre affaire, pourtant discutée un peu plus tôt par un “Emergency Committee”. C’était pour informer de la démission de son secrétaire général, Didier Pragassa. Ce dernier qui, précisons-le, a été interrogé, vendredi par la police dans l’affaire de voyeurisme allégué. A un hebdomadaire, il a déclaré « J’ai donné ma version. L’enquête policière suit son cours. Je crois en la justice. » A noter que, dans le sillage du “Emergency Committee”, Barlen Sengayen, membre du Managing Committee de la MFA depuis 10 ans, a soumis sa démission, blâmant des propos qu’aurait tenu le président Samir Sobha, mais aussi les conditions entourant cette rencontre, dont la présence d’un homme de loi “without any prior notice”, dit-il.   

C’est donc une grave affaire qui fait grand bruit depuis le début de la semaine, non seulement dans le football, mais aussi au sein de la communauté sportive et sur la place publique. C’est un cas de voyeurisme allégué dont il est question. Une affaire qualifiée, dans les milieux concernés de “VAR” improvisée et malheureusement pas adapté au terrain cette fois, mais aux toilettes réservée aux dames, au siège même de la fédération à Trianon !

Trop d’interrogations

Dans sa déposition, la jeune femme de 29 ans précise avoir remarqué, le 30 juillet 2021 — aux environs de 15h27 — en entrant dans la toilette, un téléphone portable en “video recording mode”. Le téléphone était, selon elle, placé de façon que, si une femme enlevait “her pants” pour se soulager, ses parties intimes seraient visibles. La préposée en question a pris le soin de ne pas toucher au téléphone incriminé, mais a tout de même fait une vidéo de la scène et de l’endroit où se trouvait l’objet.

Elle explique, dans sa déposition, avoir informé l’assistant secrétaire général, Nazeer Bowud, qui lui a demandé de rédiger une plainte, afin qu’une enquête interne soit initiée. Si elle s’est exécutée, en revanche, elle a constaté, 10 jours plus tard, que rien n’a été fait, d’où sa décision de se rendre à la police, mardi, pour consigner une déposition, tout en y remettant la vidéo qu’elle avait faite du téléphone incriminé.

Qu’on le veuille ou non, cette affaire interpelle. A ce stade d’ailleurs, plusieurs questions demeurent. La MFA, par l’entremise de Nazeer Bowud, a-t-elle immédiatement contacté la police, le 30 juillet, pour rapporter l’affaire ? Le téléphone incriminé a-t-il été récupéré pour les besoins de l’enquête ? L’objet serait-il toujours à la MFA ou a-t-il disparu ? Une enquête interne a-t-elle été réellement initiée et, si oui, qui a été désigné pour la mener ?

Ce qui est certain, selon des sources policières, c’est que la MFA est fortement à « blâmer » dans cette affaire, notamment pour n’avoir pas pris des dispositions pourtant évidentes. Un laxisme qui risque d’ailleurs de coûter cher au déroulement de l’enquête. A moins, bien évidemment, que des langues se délient.

Emergency Committee

D’autre part, on ne peut rester insensible quant à la façon dont la démission de l’ancien SG, Didier Pragassa, a été traitée par la MFA. On dirait même que cette affaire a été résumée à sa plus simple expression, alors qu’il est pourtant question d’un membre clé dans l’administration de cette fédération et connu, qui plus est, pour être un proche collaborateur du président Samir Sobha.

Malheureusement, la MFA s’est montrée plus que discrète sur cet axe du dossier. D’où notre question de savoir ce qui a bien pu réellement pousser ce dernier à prendre la porte de sortie. La seule chose dont on est sûr, c’est le contenu d’un communiqué laconique émis par “The Management” en date du 10/08/2021 où on apprend tout simplement que Didier Pragassa a démissionné “last week”. Ce n’est que le lendemain matin que nous apprendrons de Samir Sobha, dans un quotidien, que « Didier Pragassa a démissionné de son poste pour des raisons de santé. » ! Pourquoi l’avoir fait à une presse spécifique et non dans le communiqué officiel.

Aussi interpellant demeurent aussi les conditions de la mise en place d’un “Emergency Committee” à la MFA et ce, contrairement à l’Article 41 de ses statuts. En effet, il est bien précisé que ce comité “shall consist of the President of the MFA and four members chosen from amongst the National Managing Committee’s Members”. Or, 11 personnes avaient été convoquées lors du comité du 10 août ! Aussi, serait-il bon de savoir, au nom de l’intégrité et de l’éthique, si deux membres en particulier pouvaient siéger sur ce comité. Affaire à suivre…