Si l’Euro de football, pour lequel l’Angleterre s’est qualifiée hier soir pour sa première finale d’une compétition d’envergure internationale depuis 1966, focalise ces jours-ci l’attention des Mauriciens, les courses hippiques avec la Barbé Cup comme point d’orgue, dimanche dernier, n’en a pas moins retenu l’attention des turfistes. Et pour cause !

La deuxième classique de la saison tant attendue a livré une arrivée palpitante qui a vu le cheval de Ricky Maingard, l’outsider à 13/1, battre de très peu le grandissime favori de la course, Twist Of Fate, avec les autres prétendants très en vue incapables de remonter les deux leaders de la course. Si tel a été le cas, c’est que dans la première partie de l’épreuve, le train imposé par le frontrunner Undercover Agent était relativement lent, le premier kilomètre ayant été couvert en plus de 61 secondes, ce qui a désavantagé les finisseurs. À la surprise générale, ni Twist Of Fate, qui a pourtant gagné de l’avant sur 1400 mètres en Afrique du Sud, ni aucun autre partant de cette course, qui avait intérêt à ce que l’épreuve soit lancée, n’ont pris l’initiative de lui donner un rythme plus soutenu.

Au contraire, ils se sont tous sagement confortés dans une course d’attente fatale. Ce qui a finalement avantagé les desseins d’Undercover Agent, sur lequel son jockey Corne Orffer s’est démené comme un beau diable pour garder un très mince avantage au poteau d’arrivée. Mais il doit, pour cette victoire, remercier son collègue Bernard Fayd’herbe qui a, lui, su mystifier tout son monde en changeant, ce qu’on appelle dans le jargon le « hold and grip », de son cheval Twist Of Fate dès que celui-ci a mis la tête devant son adversaire dans la ligne droite finale. En effet, la parfaite harmonie qui existait entre l’homme et le cheval jusque-là s’est transformée en une désunion causée par des mouvements asynchrones du corps du jockey, qui donnait pourtant l’impression, nous insistons l’impression, de se démener à fond. Le résultat laissera toujours planer le doute sur ce changement de pattern en fin de course. Intentionnel ? Ou un coup de fatigue dû à certains excès ? Personne ne le saura jamais, mais le port de goggles dans le paddock — nous ne l’avons pas vu personnellement —, comme témoigné par les deux commentateurs de la télévision sur l’hippodrome, en dit peut-être long, même si les tests d’avant-course n’ont rien révélé de probant.

Cela dit, nous ne voulons pas donner l’impression d’en avoir personnellement contre Bernard Fayd’herbe, qui est un jockey de grand talent. Mais quand on a sa classe et son savoir-faire de champion, il faut agir en role model. Aucun doute ne doit animer aucune de ses montes, aucun comportement personnel ne doit se refléter négativement sur ses prestations professionnelles. Il avait déjà l’an dernier été « stood down » pour abus d’alcool. La semaine dernière, il avait dû être remplacé au programme pour une chute dont la raison peut-être devinée. Voilà que cette fois, il est incapable de faire le poids de 58 kg et a dû monter à 58,5 kg. Il a certes été sanctionné pour cela. Mais les Rs 5 000 d’amende sont peu de choses pour ces très nombreux parieurs qui ont misé d’une façon ou d’une autre sur Twist Of Fate. En théorie, un demi-kilo, c’est une demi-longueur. Vu la marge à l’arrivée, on peut imaginer qu’avec ce demi-kilo de moins, il l’aurait emporté. Comme quoi, aux petits incidents, de grandes conséquences. Bernard Fayd’herbe doit se dire qu’il a la chance de monter à Maurice, où presque tout lui est pardonné. Mais à Hong Kong, il aurait été remercié par l’organisateur des courses qui, par exemple, a viré récemment un jockey sud-africain en contrat avec le club parce qu’il avait été violent envers son épouse. Un acte de vie privée, mais susceptible de « bring the game into disrepute ». Dans ce genre d’affaire, dimounn i koz ou.

Dans cette perspective, il faut noter l’étrange découverte sur et dans le nez du cheval El Patron, du mentholatum, un produit qui, au vu de ses caractéristiques chimiques, est un produit prohibé, quoi qu’étant une crème aux vertus multiples pour l’homme. Autant dire que le cheval, qui a saigné en course, était sous l’influence de ce produit et doit être considéré comme ayant été dopé. Il est grave que l’entraînement Narang soit une nouvelle fois sous le feu des projecteurs pour une sombre affaire et cela vient jeter le doute sur ses nombreuses victoires, d’autant que des professionnels affirment que ce n’est pas la première fois que le mentholatum est utilisé à cet escient. Autre fait troublant lors de cette enquête, c’est la déclaration du chef vétérinaire du MTC, Marie-Claire Domaingue, qui déclare avoir eu vent de cette affaire avant l’épreuve et qui a jugé qu’il était trop tard pour agir parce que les chevaux étaient prêts pour aller sur la piste. Nous pensons qu’en toute circonstance, tant que le départ n’est pas pris, en cas de doute, il vaut mieux retirer le cheval apparemment dopé plutôt que de le laisser courir. L’hippisme est régi par des règles et elles doivent de ce fait s’appliquer à tous sans distinction, quelles que soient les circonstances. Alors que l’enquête se poursuit, deux entraîneurs sont en train de se comporter comme des chiffonniers parce que la vidéo montrant les méfaits circule sur les réseaux sociaux. Pou sa ousi dimounn i koz zot.

Mais pour certains, la roue de la fortune continue à tourner et tombe pile-poil sur la case JMLS. Le nouveau centre hippique toujours en chantier mis sur pied à la vitesse grand V par la Galaxie Lee Shim, à partir d’un projet élaboré par l’un des animateurs d’une compagnie d’autobus du Nord à Balaclava, a déjà eu le feu vert du Mauritius Turf Club et des autres autorités. Il est donc légalement reconnu en tant que centre hippique agréé qui, entre autres, permet à cet établissement de garder dans ses boxes les chevaux participant à une épreuve jusqu’au jeudi ou vendredi précédant une journée hippique. Du côté de la GRA, on n’a pas voulu s’aventurer sur ce terrain-là, quoique cela aurait dû être au centre de leur préoccupation pour l’antidopage, par exemple, mais personne ne s’étonnera que cet organisme fasse encore le dos rond pour le financier du gouvernement. C’est pourquoi aussi dimounn i koz ou !

Ce centre, qui sera totalement opérationnel dans quelques mois, est composé d’une piste en sable de 700 mètres de long avec une lice en aluminium intérieure et d’une ligne droite d’un peu plus de 200 mètres. Des caméras de sécurité ont été installées partout et l’accès est strictement contrôlé. Le centre dispose de 4 floats pour transporter les chevaux et il y a actuellement 60 boxes partagés pour l’heure, gratuitement, par les établissements Nagadoo, Henry et Perdrau. Deux marcheurs et une piscine sont également prévus pour ce centre qui sera étendu, car les terrains alentour ont aussi été acquis par le magnat mauricien des paris qui compte y établir un centre de quarantaine. Il ne faut pas faire la fine bouche sur ce centre hippique, qui sera sans doute un modèle en la matière, car le propriétaire des lieux, qui répond au doux nom de Big Boss là-bas, en a les moyens. Ainsi, il s’est aussi doté d’un personnel hippique connu et décrié, à l’image de Nawaz Rawat, Sanraj Damadarsing (Coowar), les jockeys Derreck David et Imran Chisty.

Mais la question fondamentale demeure : pourquoi est-ce que le bookmaker le plus connu de Maurice et seul propriétaire de SMS Pariaz, quoiqu’il en dise, s’intéresse à intégrer tous les maillons de la chaîne hippique mauricienne ? Alors qu’il prétend n’avoir que trois chevaux, qui sont chez Ricky Maingard, le secret de Polichinelle est qu’il est derrière l’acquisition de nombreux autres chevaux, répartis, entre autres, au sein des entraînements qu’il héberge dans son centre. Il s’est aussi porté acquéreur de deux compagnies d’alimentation des chevaux et a voulu prendre d’assaut deux autres qui ont résisté au pont d’or proposé. L’une d’elles a toutes les peines pour s’approvisionner dans les nouvelles normes établies, l’autre a été dénoncée à son fournisseur. Il n’y a que son entraîneur actuel qui n’aurait pas été sollicité à ce stade, bien que ce dernier ait eu à modifier la composition de son alimentation, car coïncidence troublante, la GRA a apparemment soudainement émis de nouvelles règles dans ce domaine-là aussi.

Jusqu’où ira la folie des grandeurs du Gargantua des courses mauriciennes qui, soit dit en passant, est en conflit d’intérêts caractérisé ? Son implication dans le domaine du pari est si puissante que toute appartenance à un autre secteur de la chaîne hippique est incompatible. Y a-t-il encore des institutions dans ce pays pour rétablir un fondement éthique de la vie hippique ? Le constat est édifiant. Non. Puisque de toute façon, tous les dirigeants de ces institutions sont sous l’éteignoir du pouvoir politique avec qui il fait preuve d’une générosité sans borne. Sa mem dimounn i koz ou !