La Coupe des Présidents du Mauritius Turf Club (MTC) avait réuni un petit champ de trois chevaux samedi dernier, mais ce fut la course d’un seul cheval, Patrol Officer, qui est sur la voie royale de devenir un crack du Champ de Mars. C’est en tout cas ce que l’on souhaite à son entourage et surtout à son duo d’entraîneurs Gilbert Rousset-Soodesh Seesurrun, qui ont le mérite d’avoir fait gagner ce cheval huit fois d’affilée sans jamais montrer la moindre vulnérabilité, quelle que soit sa cote chez les bookmakers. Il y en a qui auraient déjà vendu au prix fort une défaite inattendue. En tout cas, dès que son jockey Nooresh Juglall, qui le monte avec une confiance absolue et lui voue une admiration sans bornes, a ouvert les mains aux 600 mètres, l’alezan de l’entraînement Rousset n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires. Patrol Officer a certes terminé sous la cravache — sans doute pour qu’il ne prenne pas la mauvaise habitude de se relever avant l’arrivée —, mais sa performance chronométrique, sans donner l’impression de forcer, a de quoi nourrir des ambitions légitimes au plus haut niveau. Il a couvert les derniers 600 mètres en 34.63 et ceux des 400m en 24.21, ce qui est la marque d’un cheval de grande qualité et dont nous n’avons certainement pas encore vu toute l’étendue de sa classe. À bien des égards, Patrol Officer nous fait penser à un certain Gypsey Rover, de l’écurie Philippe Henry, qui avait gagné 11 courses, dont 7 d’affilée avant de courber l’échine au plus haut niveau.Tout comme Kremlin Captain, de l’écurie Gujadhur, auteur de 8 victoires de suite avant d’échouer dans la Coupe d’Or 2015. Cependant, nous pensons que Patrol Officer a, lui, plus de classe pour titiller les plus grands du Champ de Mars. Huit victoires de suite est une marque de qualité authentifiée par une progression de rating de 34, à ses débuts, à 73 aujourd’hui , ce qui, dans la pratique, l’a vu gagner d’un B36 à un groupe 2. Beaucoup aimeraient avoir dans ses boxes un tel champion. Nous aurions aimé voir Patrol Officer dans cette dernière classique, et notre petit doigt nous dit que son jockey Nooresh Juglall l’aurait sans doute préféré à Alyaasaat, non sur leurs qualités intrinsèques, mais plus à cause de sa maniabilité et sa simplicité. Mais il faut respecter le choix de son entourage et attendre sagement la saison prochaine pour le revoir à l’œuvre. Son compagnon de box Alyaasaat sera un favori logique pour cette Coupe d’Or 2020, disputée en décembre ! — le jour normalement réservé à la journée internationale —, en l’absence de White River, pas encore remis de son Maiden désastreux. Sur sa valeur, il ne fait pas de doute qu’il sera de la photo d’arrivée, mais ce cheval de grande action n’est pas simple à monter sur une piste comme le Champ de Mars et le moindre incident peut lui être fatal, surtout si le Gujadhur Black Cat Back a pris la poudre d’escampette à l’avant et si Undercover Agent retrouvait sa forme sud-africaine. Autrement, de l’arrière, il devra

surtout craindre Marauding et The Dazzler, dont on ne connaît pas encore les limites. Une belle course de chevaux de qualité qui devrait réconcilier les turfistes avec leur vraie passion, les courses, avec leurs duels épiques et leurs champions hors-normes. Mais l’hippisme mauricien n’est pas synonyme que de champions. Il regorge en son sein de véritables canassons, parachutés à des postes de responsabilités dont ils abusent, pas pour le bien des courses, mais pour des agendas très précis et qui sont paradoxalement contre-productifs. Samedi dernier en a été un exemple patent de la gadoue dans laquelle pataugent ces potentats de la Newton House. En tête de liste se trouve la Gambling Regulatory Authority (GRA), à qui le gouvernement a étendu les pouvoirs sans bornes sans doute pour mieux contrôler les courses qui sont une magnifique machine à laver de l’argent sale. Pour ceux qui n’avaient jusqu’ici pas compris l’essence de nos critiques vis-à-vis des board members concernant cette fameuse directive qui interdit les courses à moins de six partants auront finalement, ce samedi, compris l’idiotie de ce diktat qui est né de l’imagination fertile en bêtises d’un conseiller du PMO qui se prend pour un ponte mondial des courses. Au point où, dans la même journée, on fait annuler une course à cinq partants après le retrait d’un cheval pour cause de produits prohibés dans son organisme et que se court sans aucune restriction une course à trois partants. Est-ce que le seigneur qui est derrière tout cela, celui qui, derrière les rideaux, « marionnettise » cette institution peut donner une explication à ce qui est une pure discrimination pour les propriétaires des chevaux qui n’appartiennent pas à l’élite ? Est-ce que ces messieurs de la GRA, qui de surcroît ont fait pression sur le MTC pour annuler la course avant même la confirmation du laboratoire sur un cas de doping allégué, ont mesuré combien leur décision a perturbé tout le système de paris dont ils génèrent eux-mêmes leurs revenus ? Réalisent-ils enfin le manque de considération qu’ils infligent au public dont ils sont payés pour servir ? Ces messieurs n’en ont cure. Ils sont là pour protéger les amis bien argentés et tenter de se débarrasser de tous ceux qui ne marchent pas à leurs ordres. Et s’il fallait stigmatiser encore à quel point ils sont des canassons, il suffit de mettre en exergue les deux cas de doping enregistrés à l’entraînement Hurchund cette semaine. D’abord, celui de Triple Fate Line, à la testostérone, qui a occasionné l’annulation de la 7e course samedi dernier, et celui de The Jazz Singer, à l’EPO, obtenu lors d’un test généralisé dans cet entraînement après la journée de samedi. Si un palefrenier a déjà avoué les deux dopings et a incriminé un ‘habitué de l’entraînement qui lui aurait fourni les deux produits différents’, on reste stupéfait comment de simples inconnus peuvent s’approprier ces produits dopants et les fournir aux dopeurs avec les doses appropriées. Il est clair qu’il y a derrière tout cela une organisation bien rodée qui bénéficie de la politique « ferme lizié » des autorités concernées car, comme d’habitude, ce sera au seul palefrenier, le petit maillon en bout de chaîne, d’écoper des sanctions administratives et éventuellement légales. Il sera sans doute rémunéré et compensé à la hauteur de son silence, à moins que, lui aussi, soit retrouvé brûlé et « suicidé » dans un champ de cannes du pays pour « qu’il se taise à

jamais ». Mais le pire dans cette affaire, c’est que la politique et le dispositif antidoping mis en place avec succès par l’ancien Head of Integrity Department de la Gaming Regulatory Autority, Paul Beebee, est en voie de désintégration à grande vitesse, alors que le retour en force des brebis galeuses de l’hippisme mauricien est de plus en plus manifeste sur le terrain. Le Britannique, recruté par Mme Ringadoo — qui avait été, elle-même, virée manu militari en son absence pour avoir refusé d’être associée à un tender douteux concernant l’interactive gambling, promis à un proche du pouvoir dans la tourmente ces jours-ci — avait, avant son départ, subi toutes sortes de harcèlement et de bullying sur son lieu de travail et plusieurs mois après son départ du pays, il n’avait toujours pas été payé pour son dû par la GRA. Au final, il faut toujours se demander à qui profite le crime de faire remplacer les champions par des canassons sur décision des institutions étatiques. À la pègre assurémment ! Terminons enfin sur une autre course, celle à la présidence du MTC, qui a eu une nouvelle réunion avec la GRA, hier, concernant l’évolution du statut du club pour lequel Rajesh Servansingh, déjà en campagne pour succéder à son président Kamal Taposeea, se positionne. Selon ses adversaires, ce dernier a, pour sa part, trouvé encore moyen ‘d’être occupé’ au moment où avait été fixé le meeting concernant la motion de No Confidence, mais il a pu se libérer pour la réunion mensuelle. Cette posture d’esquive permanente n’est de toute évidence pas de la marque de champions. Mais nous ne ferons pas l’injure de l’associer à l’autre catégorie, mais il est grand temps qu’il assume ce que ses collègues ont à lui reprocher…