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« Fodre dan so kafe pena triaz »

L’interview du Chief Stipe de la Horse Racing Division (HRD), Deanthan Moodley, à Turf Magazine est la première du Sud-Africain depuis son arrivée à Maurice cette saison, alors que les courses hippiques mauriciennes ont connu des bouleversements majeurs avec une étatisation de l’organisation des courses et du control of racing. Tout cela dans un contexte où des développements inattendus, mais bien planifiés en haut lieu et marqués par une série d’événements surréalistes, ont propulsé au premier plan — par des coups d’État successifs au Champ de Mars — une nouvelle compagnie pour organiser les courses aux côtés de celle qui l’a fait depuis l’origine des courses à Maurice, dans le but ultime et inavoué de devenir le seul à moyen terme en étranglant l’autre économiquement.

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Dans cette conjoncture particulière où la tête de la HRD a fait preuve d’un amateurisme béat pour ses débuts chaotiques et est devenue au fil des semaines un maillon important dans la mission de sa maison mère, la Gambling Regulatory Authority (GRA), de miner le terrain, cette interview de Deanthan Moodley respire la fraîcheur tant elle est teintée d’une franchise rarissime, d’une réflexion aboutie et des interrogations légitimes dans un domaine aussi sensible que le control of racing. Tout cela dans une conjoncture où l’instance qu’il pilote ces jours-ci au sein de cette HRD critiquée de toutes parts a un rôle fondamental pour redonner un semblant de crédibilité sur le déroulé des courses hippiques, alors qu’une bonne partie des turfistes est en train de perdre confiance et de s’éloigner des courses pour d’autres activités plus saines.

Turf Magazine a été le premier à mettre en exergue le courage et la justesse de la première suspension sévère de cette saison 2022, lorsque Deanthan Moodley avait sévi contre le jockey Sonaram en lui infligeant six longues semaines de mise à pied, après d’autres écarts de conduite sur la piste, restés impunis à notre sens. Depuis, les suspensions s’enchaînent avec Juglall (6 semaines), Aucharuz et Da Silva (8 semaines), Andrews (24 semaines) et le dernier en date Fayd’herbe (10 semaines). Le moins que l’on puisse dire, c’est que toutes ces actions ont un rationnel que le Chief Stipe sud-africain soutient en s’appuyant sur les rules of racing qu’il faut améliorer, le pattern des montes et les faits indéniables en course accompagnant chaque sanction, sans rentrer dans le fond, puisque la plupart des cas susmentionnés sont en appel.

Ce Sud-Africain de « couleur » de 31 ans — comme il se présente lui-même — a délaissé son métier de légiste pour se consacrer à sa passion pour les courses hippiques en tant que juge. Il explique dans cet entretien les bases de son action et lance des avertissements sans frais à l’encontre des jockeys : « Soit vous respectez les règles, soit vous vous retrouvez avec une enquête et des mesures sont prises contre vous… The party is over ! » Après un début de saison où une certaine indulgence était accordée afin que chacun retrouve ses marques dans cette nouvelle configuration, depuis quelque temps, c’est le couperet qui est de mise car, explique-t-il, « le nœud du

problème est le suivant : dans les courses hippiques, pour être durable sur une longue période, toute juridiction doit être crédible et, pour être crédible, doit disposer d’un régulateur efficace. Les sanctions que vous avez mentionnées n’ont pas été infligées par hasard. Dans certains cas, elles sont similaires à ce qui a été accordé auparavant et, dans certains cas, à ce que sont les normes internationales pour ces types d’infractions. » Il récuse toute comparaison entre sanctions et décisions, et affirme qu’il faut respecter « le principe fondamental de justice que chaque affaire doit être tranchée selon ses propres mérites… »

Il avance que le volet du control of racing de la HRD jette actuellement les bases pour une « réglementation efficace » à travers « l’équité et une procédure régulière » pour mettre sur pied les fondations de son organisation, car le but au bout du compte est la mission de protéger « l’intégrité du sport ». Deanthan Moodley, qui avoue suivre les courses mauriciennes depuis longtemps, reconnaît que « les Mauriciens sont les personnes les plus éduquées en matière de courses partout dans le monde… le public ici voit beaucoup de choses dans les courses que les commissaires voient. » En guise de conclusion, il demande au public mauricien de ne pas porter un jugement définitif sur la HRD et d’attendre jusqu’à la fin de la saison pour le faire, car « Rome ne s’est pas construite en un jour » et affirme : « Nous n’avons aucun intérêt dans aucun résultat, aucun intérêt dans aucun organisateur, aucun intérêt dans aucun cheval, aucun intérêt dans aucun entraîneur. Nous sommes ici parce que nous n’avons aucun lien avec autre chose que ce qui est juste. » Si Moodley parle du volet control of racing de la HRD, sur ce que nous avons vu depuis quelques semaines, il y a de quoi espérer et nous sommes disposés à attendre la fin de la saison pour donner un avis définitif.

Malheureusement, en ce qui concerne l’organisation des courses et le « policing », nous restons sur notre position à l’effet que la direction de la HRD aura bien du mal à convaincre que son cœur ne balance pas pour l’un des organisateurs jusqu’ici au vu des nombreuses concessions faites à People’s Turf (PTP) depuis le début de la saison et les mesquineries assenées à la Mauritius Turf Club Sports and Leisure Ltd (MTCSL). En témoigne la dernière décision prise cette semaine par le suppléant de Wayne Wood, M. Mahender, avec ce changement unilatéral de réallouer la 15e journée annulée par la MTCSL à PTP qui, du coup, organisera une double journée une semaine avant la double journée du Maiden de début octobre. Par ailleurs, après avoir informé les entraîneurs de l’annulation d’une course de 1850 mètres (Benchmark 61) pour la remplacer par un sprint de 990 mètres (Benchmark 46), la HRD de M. Mahender a annoncé le maintien de la course de 1850m ainsi que celle de 990m pour éliminer un sprint de 1365m réservé aux chevaux se trouvant dans la fourchette de 0-15, au lieu d’accorder à la MTCSL une neuvième épreuve comme elle l’a fait la semaine dernière pour PTP. Et ceux qui sont dans les secrets des dieux, puisqu’aux premières loges, se plaignent de plus en plus d’ingérence qui, affirment-ils, viennent d’autres quartiers que

celui habituel de la GRA !

Il est probable aussi que le Chief Stipe Modley ne sait pas que pour donner suite à ses sanctions contre les jockeys, la Police des Jeux, qui brillait par son sommeil profond jusqu’ici, s’est soudainement réveillée. Et aux dires des nouvelles qui circulent depuis hier, elle s’intéresse surtout au jockey Andrews — dont la demeure aurait déjà fait l’objet d’une fouille vaine —, le jockey de l’écurie Patrick Merven, du propriétaire Paul Foo Kune et Gavin Glover, entre autres. Avec la lourde suspension écopée, il est normal qu’il soit dans le collimateur, mais comme il a fait appel, la question se pose si la Police des Jeux peut déjà enquêter sur lui ou pas. Mais le plus inquiétant dans cette démarche, c’est que les autres jockeys sanctionnés ne semblent pas attirer les velléités de la Police des Jeux. Est-ce parce qu’ils sont sous influence d’autres well-wishers qui on la faveur de l’État ? Nul ne le sait.

On verra si dans un proche avenir — ou après cet article — elle montrera aussi un intérêt aux autres jockeys suspendus qui ne montent pas pour Paul Foo Kune, mais pour les entraîneurs qui ont dans leur box des chevaux appartenant à divers propriétaires, mais également à son rival, Jean Michel Lee Shim (JMLS), qui est le patron indiscutable de plusieurs maisons de paris. Coïncidence ou pas, une photo fait le buzz sur la toile, depuis jeudi, où un groupe de turfistes amis festoient autour d’une table, verres de champagne à la main. Rien d’anormal à première vue, car à table on reconnaît JMLS et des amis ou employés, mais il y a aussi, et cela est plus embêtant, l’entraîneur Amardeep Sewdyal et son jockey Da Silva, suspendu pour huit semaines, vainqueur d’un beau doublé samedi dernier. Y a-t-il matière à enquête pour la Police des Jeux ?

Dans tous les cas, la politique de deux poids deux mesures actuelle de la Police des Jeux rappelle étrangement ce qu’avait déclaré dans les colonnes de Week-End l’ex-Chief Integrity Paul Beeby concernant les directives obtenues du représentant du PMO sur le board de la GRA, Dev Beekhary, dont « l’objectif ultime était de détruire le MTC », selon lui. Dans cette interview, qui dessinait ce qu’est devenu le monde hippique d’aujourd’hui, Beeby devait révéler que selon Beekhary, « Paul Foo Kune was corrupt and needed catching » et que « regarding Foo Kune’s competitor, Beekharry’s protégé, Lee Shim, the instructions, within the GRA, were drastic : absolute silence so as not to upset « them ». »

Si la HRD veut gagner, comme le souhaite Deanthan Moodley, le respect des turfistes mauriciens, il faudrait que dans sa volonté, dans ses actions, « dan so kafe pena triaz » ! Mais quand on a une maison mère qui s’appelle la GRA avec Dev Beekhary, elle-même sous l’égide du PMO, et une Police des Jeux tendancieuse, avoir et paraître d’avoir cette indépendance d’action relève de la pure fiction ! Mais sait-on jamais ? Surprenez-nous !

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