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HRD : loin de l’excellence annoncée

Émouvant le week-end dernier, ce retour du public dans les tribunes du Champ de Mars et à la rue Eugène Laurent dans des conditions normales après plus de deux ans de huis clos contraint, suite à la décision du gouvernement de protéger, sur le plan sanitaire, les Mauriciens contre le danger mortel et angoissant de la pandémie de Covid-19.

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Certes, à certains moments, un retour partiel sur l’hippodrome avec un nombre limité de turfistes était possible, mais les autorités ont fait la sourde oreille, car elles étaient déjà dans la logique d’un agenda inavouable à deux volets : (1) l’étranglement économique du Mauritius Turf Club (MTC) et (2) parallèlement, faire perdurer un environnement favorable aux paris hippiques par voie électronique, surtout à la compagnie SMS Pariaz, qui a de surcroît le monopole des paris hippiques à cote fixe sur l’ensemble du territoire dans un contexte d’absence de bookmakers — qui ne rouspètent même pas ! — et où la seule concurrence est le pari à cote variable.

Ces retrouvailles, samedi et dimanche derniers, avec les infrastructures éprouvées du MTC — qui mériteraient tout de même un lifting dès que les finances le permettront — ont donné l’occasion aux habitués de retrouver leurs repères. Ces derniers ont pu mesurer à quel point ce retour aux sources et à leurs vieilles et bonnes habitudes dans les gradins et le parterre de la rue Eugène Laurent redonnait du sens à leur amour et passion pour l’hippisme. Les mines réjouies de ces dames qui ont enfin pu porter leurs belles toilettes et se pavaner sur le balcon dominant le paddock faisait plaisir à voir. De même, cette joie du turfiste invétéré de retrouver sa place fétiche auprès de copains des courses sur les gradins dominant le paddock avant d’aller mettre une pièce sur son favori au Tote ou chez les bookmakers, éventuellement à travers un SMS, témoigne aussi de ce bonheur d’être au Champ de Mars dans les locaux du MTC plutôt que d’être assis dans son fauteuil devant la télé. Subtilement, afin de ne pas attirer les foudres de leur boss, entraîneurs, jockeys et propriétaires reconnaissent sous cape qu’il est plus «pratique et meilleur» de se retrouver dans « ses meubles… »

Dire ce qui précède ne se veut nullement être un procès d’intention malveillante à l’adresse de People’s Turf PLC (PTP), dont il faut reconnaître les efforts consentis, surtout en termes monétaires, pour faire démarrer la saison. Mais il faut le dire clairement, si les infrastructures élaborées en quatrième vitesse dans la plaine sont utiles pour l’organisation d’une journée de courses, elles sont sommaires, pour le reste, en tout cas, loin de pouvoir répondre à une forte présence publique. Elle doit être à des années-lumière des réelles ambitions de celui qui se réclame d’être au-dessus de la mêlée, Jean-Michel Lee Shim. Ainsi, faire une comparaison avec celles du MTC serait injuste : on ne peut mettre en balance 210 ans d’histoire et quelques mois de cheminement.

En fait, c’est la question de l’existence même d’un deuxième organisateur de courses, né de nulle part, qui pose problème. Jusqu’au coup d’État sur le Champ de Mars de la part de la Gambling Regulatory Authority, de la COIREC et du gouvernement — où le PM, Pravind Jugnauth, s’est personnellement investi —, aucune étude sérieuse, ni le rapport Parry, ni ceux de Gunn et Scotney, ni le gouvernement n’ont envisagé publiquement sur le court terme d’avoir deux organisateurs de courses de chevaux ces jours-ci. Tout au plus, il y avait unanimité pour un deuxième hippodrome sur le modèle de Hong Kong. Mais comme PTP a été incorporé depuis 2021, on ne peut écarter l’existence au sommet de l’État d’un plan secret pour lui faire de la place comme un organisateur de courses.

Du fait qu’aucune étude sérieuse de l’impact d’un deuxième organisateur de courses n’ait été effectuée préalablement, en tout cas, rendu publique, on a vu naître au Champ de Mars une duplication de certaines structures et de matériels inutiles et qui sont perturbants pour le turfiste mauricien, voire les officiels de courses. Il y a en effet deux paddocks, deux chambres de pesée, deux chambres de commissaires, quatre stalles de départ, deux systèmes de visionnage des courses, etc. Le pire et le plus ridicule, ce sont deux poteaux d’arrivée à quelques mètres d’intervalle qui sont reliés à deux appareils de photo-finish. Cette situation a aussi créé une adversité et compétition malsaine entre ces deux entités. Au bout du compte, ce sont les turfistes qui en paient les conséquences. Car bon nombre de facteurs fondamentaux des courses sont sujets à caution. Ainsi, un jockey qui se trouve en pleine ligne droite à la lutte pourra se tromper de poteau d’arrivée s’il a oublié qui est l’organisateur des courses.

Cette situation à la limite du chaos pose la question sur le rôle et les compétences de chacun au sein de la HRD et de la GRA qui ont tout approuvé des demandes de PTP sans vraiment savoir si deux organisateurs avaient les moyens de vivre et s’ils avaient en leur sein les compétences nécessaires pour organiser des courses avec rigueur et professionnalisme. Le problème, c’est qu’au sein de ces deux organismes, ce n’est pas la logique des courses qui est prioritaire, mais celle de la politique de petits copains.

On connaît depuis quelques années les capacités d’ingérence de la GRA, les fourberies de ses directives et le one-man-show de l’un des membres influents du board, Dev Beekhary, représentant du PMO, qui est d’ailleurs le seul porte-parole de cet organisme. Mais cette année, c’est l’arrivée de la Horse Racing Division, annoncée comme une instance indépendante de la GRA, est tout sauf cela. Elle est donc le focus des spécialistes des courses.

Pour toute décision majeure, son responsable ultime, Wayne Wood, va d’abord chercher l’aval de la GRA, comme l’a clairement expliqué notre confrère Week-End dans sa dernière édition du 9 juillet. Wayne Wood avait refusé la reprogrammation d’un cheval dans une épreuve de dimanche dernier, alors que l’objectif était de tenter de sauver une course au programme de dimanche où il n’y a eu que six courses au lieu de huit comme à l’accoutumée.

Il se chuchote depuis ce matin que l’Australien souhaite prendre un break incessamment dans son pays d’origine pour réfléchir à l’avenir de son expérience mauricienne. Si tel est le cas, il se pourrait qu’il ne prenne qu’un one-way ticket, car la performance de son organisme — où la GRA fourre ses mains partout —continue à cumuler des erreurs qui ne font pas honneur au professionnalisme annoncé lors de la mise sur pied de cet organisme qui ne justifie pas pour l’instant les moyens dépensés à cet égard.

Depuis le coup d’envoi de la saison 2022, la Horse Racing Division n’a fait qu’engranger les erreurs, les unes plus grossières que les autres, que ce soit sur les entrées ou encore sur les programmes officiels. Il est inutile de retourner le couteau dans la plaie pour parler de ce fameux tirage au sort des lignes préhistorique où la Horse Racing Division s’était servie d’un ‘cornet pistas’. Il y a eu depuis pire, comme cette incapacité à tirer les entrées officielles et les programmes officiels dans les délais prescrits selon ses propres règlements.
Il en est de même pour les stipes report.

Même les enquêtes ne se font plus comme dans le passé, c’est-à-dire soit samedi, soit mardi. Au fait, on ne sait souvent même pas quand elles ont lieu et certains jockeys, parmi les plus appréciés par les autorités, comme Abhishek Sonaram, attend toujours d’être entendu pour sa vilaine monte sur Stone Circle lors de la course d’ouverture de la 5e journée, disputée le 25 juin dernier. À l’image de cette enquête en attente, il y a également celle de Ianish Taka pour sa monte sur Citadel. Le jockey J. Da Silva a dû patienter plusieurs semaines avant d’être lourdement pénalisé de huit semaines de suspension, sanction contre laquelle il a fait appel. Personne ne sait quand l’appel sera entendu. Personne ne le sait aussi quand l’entraîneur Amar Sewdyal sera interrogé pour cette même course.
Ne parlons pas du nombre d’erreurs dans le programme officiel. Il n’est un secret pour personne que les turfistes apportent une attention particulière sur les changements d’équipements, car c’est là que se gagnent ou se perdent de nombreuses courses. Or, pas moins de neuf chevaux avaient été déclarés avec les mauvais équipements lors de la première journée. Même les résultats officiels comportent des erreurs de chiffres, que ce soit les longueurs ou les chronos enregistrés. Ainsi, deux chevaux qui ont terminé respectivement à 2,50 L et 2,60 L du vainqueur enregistrent pour la HRD les mêmes chronos.

Et ce n’est pas tout, normalement, quand un coursier porte des œillères pour la première fois, il doit impérativement effectuer un ‘barrier trial’ avec cet équipement. Or, Volatile Energy et Beni Des Dieux ont été permis de courir avec des œillères sans avoir au préalable couru avec dans un ‘barrier trial’. Ne parlons pas du bal des ratings comme celui du cheval Absolutist qui avait un rating de 40 dans la Mauritius Guineas Cup, et un différent rating (44) dans la 2e course. Par ailleurs, il est de coutume de classer les chevaux ayant le même handicap en ordre alphabétique sur le programme officiel. Or, dans la 2e course de la journée dominicale, Gontravelin a été placé avant Xenon et Carlton Heights, ce qui a faussé le tirage au sort des lignes. Normalement, Carlton Heights aurait dû être le numéro 5, Gontravelin 6 et Xenon 7.
Bref, la question que les turfistes se posent est celle-ci : est-ce que la HRD remplit correctement la mission que lui a confiée la GRA et est-ce qu’elle a vraiment sa raison d’être ? Les faits prouvent qu’on est aujourd’hui nettement en dessous du niveau d’organisation qui existait avant la venue de la GRA et de la HRD. Au final, contrairement à ce qu’avait déclaré notre Premier ministre lors du dernier budget speech, les courses mauriciennes sont tombées bien bas et sont loin de l’excellence annoncée…

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