La première journée vécue dans les conditions du huis clos sanitaire s’est déroulée dans une ambiance morne et surréaliste, avec des gradins vides et un silence d’enterrement, au point où, pour une fois, on a pu entendre le bruit des sabots de chevaux de courses, ce qui est une belle compensation quand on est un amoureux du cheval et des courses. Comme d’habitude, dans ces conditions extrêmes où les contraintes des gestes barrières sont vraiment perturbantes, le MTC a montré qu’il n’avait rien perdu de son savoir-faire en termes organisationnel et a su faire de cette négativité ambiante quelque chose de tout à fait vivifiant. Bravo !

Sur le plan sportif, nous avons eu droit à de belles arrivées, disputées avec des jockeys déterminés et qui ont montré que leurs vacances forcées les avaient frustrés et qu’ils voulaient en découdre. Pas étonnant de trouver d’emblée en tête du classement des jockeys deux cavaliers qui devraient se disputer le titre à la fin de saison, s’ils savent conserver leur job. Nooresh Juglall, excellent en fin de saison dernière après des débuts laborieux, a déjà engrangé son premier triplé, alors que le néo-Mauricien Derreck David s’est lui offert un beau doublé. La motivation était aussi dodue du côté des entraîneurs, qui ont tenu à présenter des chevaux en forme ascendante malgré les aléas conjoncturels, et il est clair qu’il y en a qui ont une longueur d’avance sur les autres. Dommage pour les propriétaires, les indispensables qui ont dû rester à la maison pour voir leurs protégés se défouler sur la piste du Champ de Mars, qui nous a paru si étroite par rapport à celle de Hong Kong, où nous pouvons, deux fois par semaine, constater qu’elle fait au moins le double en largeur.

Comme il se passe toujours quelque chose au Champ de Mars, il y a eu une arrivée qui a suscité beaucoup de commentaires, c’est celle de la 7e course, qui a connu un vainqueur à grosse cote, Al Mariachi, à 20/1. En ce début de saison chaotique, où la forme optimale est très aléatoire, surtout sur un 990 mètres, Al Mariachi avait une chance raisonnable de s’imposer, même si on pouvait sur le papier affirmer que la première ligne de Barack Street donnait à ce dernier un avantage certain. De même, le fait que deux chevaux de ce􏰀e épreuve portaient la même casaque bleu marine croix de St. André a aussi suscité bien des commentaires, mais rien de tangible n’a pu être établi à ce stade pour affirmer que ce􏰀e épreuve était viciée ou pas.

Cela dit, autour de ce􏰀e épreuve, il y a des choses gravissimes qui se sont passées et il est de notre devoir de les rendre publiques. Pas plus tard que la semaine dernière, nous écrivions que la chambre des commissaires de courses était restée, pour l’heure, l’institution qui n’a pas encore été phagocytée par les nouveaux accapareurs de l’hippisme mauricien qui s’installent à la rue Shakespeare dans la mouvance des mamours GRA/administrateurs/ galaxie Lee Shim. Il n’a fallu qu’une demi-journée hippique pour que la première pression de l’administration ait lieu sur la chambre des commissaires de courses. Et, faut-il s’en étonner, c’est le président Kamal Taposeea lui- même qui est allé porté le message de la GRA diligenté par l’incontournable membre du board, mais vrai patron de la GRA, Dev Bheekary, en 
relation avec la septième
course, commenter la victoire de son protégé. En ce faisant, le président du MTC est allé dangereusement s’ingérer dans le travail des commissaires des courses qui, en toute circonstance, doivent travailler dans la sérénité et sans pression de quiconque. La démarche de Kamal Taposeea est inacceptable et à la limite de l’irresponsabilité en pleine journée hippique. Elle l’est davantage puisqu’il a agi après avoir été en communication avec Dev Bheekary, son régulateur, qui n’a pas mandat d’intervenir le jour des courses sur le travail des commissaires des courses. Avec cette nouvelle incongruité, nous sommes passés à une autre étape de la mainmise de la GRA sur les courses mauriciennes. Désormais, la Newton House intervient en marionnettiste en direct sur ses marionnettes des rues Shakespeare et Eugène Laurent. Finalement, le MTC est en passe d’être piloté de façon virtuelle par la GRA pour influencer le travail des commissaires de courses en pleine journée
hippique. C’est du jamais vu !
Si c’est cela le post-covid, on comprend encore mieux pourquoi notre pays figure dans la liste noire de l’Union européenne.

En effet, cette affaire est encore une preuve que les institutions ne sont pas totalement libres pour en- quêter librement. Il y a trop d’interventionnisme de l’État, avec ses pions multiples qui gèrent des institutions avec une incompétence et une vision unilatérale toujours en faveur de ceux qui adhèrent à ce􏰀e philosophie de tout contrôler. Cette affaire est d’autant plus grave qu’une histoire semblable s’était déjà produite en 2000, lorsque le président du MTC de l’époque, Brian Glover, avait appelé au téléphone la chambre des commissaires de courses en pleine enquête pour leur demander d’activer les choses. Cette intervention avait sou- levé un tollé qui a finalement abouti en une totale séparation des pouvoirs entre les commissaires de courses et les commissaires administratifs d’alors, interdits de mettre le nez dans tout ce qui touche à la gestion quotidienne des courses et des chevaux.

20 ans après, ce serait bien que le président Kamal Taposeea s’en inspire et résiste mieux à ses deux nouveaux amis qui vont vite devenir bien encombrants pour lui, car leur appétit est insatiable et leur exigence de plus en plus éloignée de valeurs morales. Si la GRA avait un semblant de sens de responsabilité et de respectabilité, il aurait cette semaine ouvert une enquête sur la nouvelle « panne » de SMS Pariaz en moins d’un an. Si Monsieur Bheekary a oublié, nous allons lui rappeler que son devoir premier est de protéger les parieurs, pas les opérateurs… en tout cas pas son opérateur préféré ! Une fois de plus, les parieurs ont été lésés par ces pannes et des paris gagnants dûment postés n’ont apparemment pas été enregistrés. Cette fois, SMS Pariaz n’a pu trouver de bouc émissaire comme la dernière fois, Mauritius Telecom, dont le CEO, Sherry Singh, lui avait adressé un magistral désaveu qui a abouti à un procès dont on n’entend plus parler.
Dans n’importe quel pays qui se respecte, en tout cas ceux qui bénéficient du label Union européenne, le régulateur s’assure que ses opérateurs sont aux normes et respectent la loi. La GRA peut-elle nous confirmer aujourd’hui si SMS Pariaz est connecté ou pas au serveur de la Mauritius Revenue Authority ? Si oui, depuis quand ? Si tel n’est pas le cas, pourquoi ? Et que fait la GRA ?