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Le turfiste roi !

La meilleure nouvelle que nous ayons vécue depuis l’épisode de Covid-19, c’est le retour du public et des propriétaires, samedi dernier, au Champ de Mars, après pratiquement deux ans de huis clos. Les courses et les chevaux, c’est plus beau et motivant à voir en vrai plutôt qu’à la télé. Sur l’hippodrome, on ne vit pas les courses de la même manière, on les vit de l’intérieur dans une ambiance unique, avec l’adrénaline qui monte au fur et à mesure qu’on se rapproche de la course, de son déroulement et de son arrivée. Dans la dernière ligne droite, les gens encouragent et poussent leurs préférés en criant, tout en sautillant, le nom de leurs chevaux qui ne sont pas totalement insensibles aux encouragements et applaudissements du public dans les derniers hectomètres d’une épreuve. Tout comme le jockey pour qui le sens du devoir et le sens des responsabilités sont alors décuplés.

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Certes, avec la nouvelle configuration infrastructurelle et organisationnelle, ce moment fort émouvant pour l’activité hippique avait, samedi dernier, un goût d’inachevé, car sans les tribunes et le parterre de la rue Eugène Laurent devant l’arrivée, ce n’est plus exactement la même chose. Il a manqué du public, le vrai, le passionné et ses cris d’encouragement ou de dépit. Et il y a de bonnes et de mauvaises raisons pour cela.

Il faut rappeler qu’entre la dernière journée hippique publique et samedi dernier, le gouvernement et sa vile GRA ont changé la face de l’hippisme mauricien en créant d’abord les inutiles Horse Racing Division (HRD) et COIREC. À eux quatre, ils ont favorisé l’émergence, sorti de nulle part, d’un deuxième organisateur hippique, People’s Turf PLC, du tandem Lee Shim-Ubheeram, qui s’est vu offert sur un plateau toutes les facilités et les indulgences des autorités pour réquisitionner une bonne partie de la plaine du Champ de Mars comme étant son territoire exclusif du fait qu’il en a fait son quartier général et installé à la va-vite tout ce qui est nécessaire pour organiser des courses. Il faut le dire sans ambages ni langue de bois que ces installations ne sont pas toujours dans les normes établies, mais celles qui lui sont propres. Le pire, c’est que Wayne Wood (HRD) sur le terrain et Dev Beekhary (GRA) par remote control du PMO approuvent tout sans coup férir, même si tout cela n’est ni dans le meilleur intérêt des chevaux ni dans celui du public et des professionnels de courses, comme l’a déclaré un entraîneur — pourtant soumis — sur ces paddocks « bancs d’école », ces boxes « sans ouverture et sans suffisamment de points d’eau pour laver les chevaux », cette salle de jockeys « où les équipements sont loin d’être aux normes » et ces couacs « qui n’en finissent pas à chaque journée. »

Du coup, l’espace réservé aux turfistes s’est réduit comme une peau de chagrin et il faut déjà dire adieu aux grandes foules d’antan…

Ainsi, ce retour aux sources ne fut pas facile pour les habitués du Champ de Mars, privés de courses depuis 2020, et plus inattendu, privés de leur espace vital pour garer leurs voitures et voir les courses comme ils l’ont fait depuis la nuit des temps sans problèmes majeurs. Ils n’étaient certes pas nombreux pour cette reprise et il faut le dire, sans préjudice, qu’il y avait plus de zougader que de turfistes pour cette réouverture de l’hippodrome. Autant dire que ce samedi et ce dimanche, l’expectative est à son comble pour ce deuxième week-end de courses de la saison, cette fois organisé par le MTC-MTCSL. Il ouvrira enfin ses tribunes et son parterre au public après une très longue période au bout de laquelle il a perdu son statut d’autorité hippique et a été réduit à un simple organisateur des courses une fois toutes les deux semaines après de multiples secousses internes et des guéguerres de leadership qui ont affaibli son aura.

Alternativement donc, sur une base hebdomadaire, c’est People’s Turf qui organise les courses. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré les énormes moyens financiers sur lesquels les autorités fiscales et bancaires n’ont apparemment rien à dire, et moyens humains, pas toujours judicieux, et le soutien inconditionnel du PMO, de la GRA, de la HRD, People’s Turf a toutes les peines du monde à marquer les esprits du public turfiste et à convaincre pour un changement pour le meilleur. Pour l’heure, à l’image de son CEO, sanctionné par la HRD pour avoir outrepassé ses droits et devoirs, « lekours inn large, li pa ankor rant dan stal. » Certes, nous ne sommes qu’aux premiers pas d’un nouveau venu et d’aucuns pourraient parler de teething problems, mais à ce stade, nous en sommes encore bien loin tant les couacs, les uns plus inédits que les autres, plombent chaque semaine les efforts de redressement qui n’aboutissent à rien, car de l’intérieur de l’organisation, on nous confie que « ena tro boukou kwizinie pe gat lasos. » On ne peut être plus royaliste que le roi !

Et pourtant, même si le cuisinier en chef n’a rien d’un enfant de chœur, le vrai patron de cette organisation bancale pour l’heure qui se présente à toutes les sauces comme un consultant alors qu’il est le grand et seul manitou, n’est pas dénué d’intelligence et de vision. Autrement, Il ne serait pas assis sur sa colossale fortune dont nous ne voyons ici que la partie visible. En plus, il sait vendre ses idées, car il a quand même convaincu notre Premier ministre et sa bande de valets qui ne sont réceptifs qu’aux bruits sonnants et réjouissants d’une machine à sous effectuant un paiement. Il a aussi converti les entraînements, dont les meilleurs, mais aussi ceux qui ont peu de casseroles, enfin ce qu’il en reste, en leur distribuant des chevaux comme on partage les cartes au poker menteur… Lorsque la magie du rêve et des promesses s’estompe, avant qu’un à un ses fidèles ne se rende compte que les méthodes et moyens de fonctionnement de l’individu sont loin d’être catholiques pour quelqu’un qui se réclame de la philosophie du Père Laval, en enfilant à la perfection l’habit de l’apôtre des pauvres, pour la plupart, ils sont déjà enchaînés et asservis. Un seul a résisté à cet appel des ténèbres sur la base des principes que le bien le plus précieux qui nous est donné dans la vie, c’est l’intégrité.

Malheureusement, l’art de vivre dans la rectitude et le respect des autres se fait de plus en plus rare dans bon nombre de secteurs clés et encore plus dans le monde des courses hippiques à Maurice, surtout depuis le début de la présente saison. Nous respectons au plus haut point le choix des uns et des autres pour leurs proximités et leurs préférences. Cependant, ce que nous récusons avec force, c’est lorsque le public turfiste est induit en erreur, lorsqu’on lui cache délibérément la vérité. Que ce soient les autorités, les communicants et parfois les journalistes — peut-être même dans nos rangs —, lorsqu’ils cachent délibérément ce qui est vrai, la transforment pour soutenir d’autres intérêts, atténuent la faute dans le but de protéger une proximité quelconque, ils commettent non seulement une faute d’éthique, mais ils desservent l’industrie en permettant à la mafia de s’installer au détriment des turfistes. Le turfiste est le bien le plus précieux des courses, car sans lui et son pari, si petit soit-il, il n’y a pas d’industrie hippique. Nous lui devons une transparence absolue.

Depuis le début de la présente saison, avec l’arrivée aux affaires de deux organisateurs de courses, ce sont d’abord les autorités étatiques qui ont pratiqué la langue de bois, les contre-vérités et les passe-droits diabolisant l’un et protégeant à outrance l’autre. Dès lors, la communication sur le nouveau venu s’est toujours voulue grandiloquente et euphorique. Malheureusement pour lui, son manque d’expérience s’est soldé par des erreurs patentes et grotesques, des montes scandaleuses qui ont été pour la plupart tues et traitées de façon banales pour sauvegarder une image à construire, et pas établie encore, par des communicants plus royalistes que le roi. Un incident banal en course peut illustrer cela.

Ainsi,lors de la 2e course de la 3e journée, le chroniqueur hippique indépendant Nitin Leckraj, immédiatement après la course, déclarait sans la moindre hésitation : « Je ne suis toujours pas remis du déroulement de l’épreuve précédente… c’est la monte d’un jockey en particulier… » À quoi, Thierry Ng, l’un des porte-parole et journaliste de People’s Turf, a répondu : « Je ne sais pas de quoi parle Nitin, mais je me suis quelque peu renseigné sur la place. J’ai parlé à l’entraîneur… » Finalement, le jockey a écopé de huit semaines de suspension !

Pour ceux qui ne le savent pas, être admis aux enquêtes des courses pour les journalistes, obtenir des autorités hippiques et des organisateurs les informations nécessaires comme les soins des chevaux, le contrôle antidopage, le poids des chevaux et toute autre information utile, ont été les résultats de longs combats menés par la presse, et Turf Magazine en particulier dans les années 1990, et c’est cela qui a permis à la communication de l’organisateur de l’époque de prendre de la hauteur et à une presse hippique de prendre naissance et d’être plus dynamique aujourd’hui. C’est cela aussi qui a permis de mettre l’autorité hippique et l’organisateur des courses de l’époque devant leurs responsabilités pour nous offrir des courses les plus transparentes possibles et protéger au mieux les intérêts des turfistes. People’s Turf devrait s’en inspirer et s’il entend conquérir les turfistes mauriciens qui seront seuls la clé de son succès ou de son échec, il doit prôner une transparence à toute épreuve !

 

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