La journée du Barbé prévue ce samedi promet d’être une épreuve disputée et devrait attirer l’attention de tous les turfistes, ceux masqués contre la Covid à l’hippodrome ou dans les betting shops, et les autres confortablement assis dans leur fauteuil, téléphone en main.

Sur le palmarès couronné que de succès la saison passée, le crack de l’établissement Rameshwar Gujadhur, White River, avec Derreck David, le meilleur jockey à Maurice actuellement, ferait figure d’épouvantail. Mais sa défaite inattendue, quoique de peu, lors de sa rentrée par le cheval du duo Rousset-Seesurrun, Alyaasaat, à qui il rendait pourtant une montagne de poids, n’en fait pas cette certitude attendue, bien qu’il devrait avoir la faveur de la majorité des turfistes. Avec une course dans les jambes et l’entraînement rationnel programmé par Subiraj Gujadhur, White River semble très proche de son peak, mais ce sont sur les épaules de ses sympathiques et passionnés propriétaires, Chandra Gujadhur et France Law, que pèsera tout le poids de la pression qu’une telle épreuve engendre, surtout lorsque les adversaires sont de taille.

Et ils le sont. Il y a d’abord Alyaasaat, son tombeur, qui entend, avec les progrès encore affichés à l’entraînement, même à poids égal, rééditer son exploit de la dernière fois. Son expérimenté jockey, Juglall, y croit dur comme fer. Il y a ensuite Undercover Agent, de l’écurie Maingard, qui aurait dû avoir déjà engrangé sa première classique lors de la Duchesse. Avec la monte experte de Rye Joorawon, revenu à son meilleur niveau, il peut se montrer le plus coriace du lot, à condition qu’il ait une course limpide. Pour cela, et vu sa stature, Undercover Agent devrait opter pour le one off et émuler son compagnon d’écurie Alshibaa. Mais ce serait faire une grave erreur que d’ignorer les trois autres partants de cette course, car si les favoris se surveillent trop, ils pourraient avoir du mal à aller chercher Rule The Night avec un Teeha qui excelle avec la course à l’avant, et se faire surprendre par Table Bay avec un Ségeon bien dans ses bottes actuellement et même Hard Day’s Night, qui a déjà brillé à ce niveau. Il y a vraiment tous les ingrédients d’une course à suspense qu’il ne faut surtout pas rater, même si notre intime conviction penche pour un final qui se jouera entre White River et Undercover Agent. Que la course soit propre et que le meilleur gagne.

C’est aussi le leitmotiv que nous proclamons pour l’ensemble des épreuves hippiques mauriciennes. Ainsi, le MTC a pris acte promptement d’un courrier bien explicite de l’entraîneur Ricky Maingard qui clame son désaccord profond sur les suspensions des jockeys mauriciens commuées comme une passade à des amendes non dissuasives à cause du manque de jockeys dans le contexte de la Covid-19. L’entraîneur a parfaitement raison de mettre en exergue la quantité excessive d’interférences depuis le début de la saison en stigmatisant que les jockeys-coupables ont fait fi des consignes ou menaces de sanctions sévères de deux journées de suspension pour interférence proférées par les Racing Stewards avant le début de la saison. Au contraire, les interférences se sont multipliées journée après journée, dont certaines sont de plus en plus dangereuses et d’autres ont étrangement pour conséquence de gêner des chevaux en vue et très joués.

« Les chevaux dérivant de leurs lignes, les jockeys fermant la porte à d’autres jockeys, ne laissant pas sortir les autres jockeys ou prenant leur terrain sont tous des trucs de l’âge de pierre et dangereux »

Aiden O’Brien

Ricky Maingard prend à témoin les déclarations sans équivoque de l’un des entraîneurs les plus respectés sur le plan mondial, l’Irlandais Aiden O’Brien, pour étayer ses arguments et qui s’appliquent parfaitement à ce qui se passe sur notre hippodrome : « Aucun cheval ne devrait jamais empêcher un autre cheval de gagner. Nous avons vu des jockeys faire de mauvaises chutes et nous avons vu des jockeys se blesser gravement dans des chutes et des jockeys responsables être suspendus pour conduite imprudente. Ce n’est pas une conduite imprudente, c’est une conduite dangereuse et ces suspensions devraient être des semaines et non des jours. C’est la seule façon dont il sera éradiqué. Il faut que ça s’arrête. La vie des gens doit être respectée et c’est le plus important… Ce qui se passe est une injustice pour les courses, a poursuivi O’Brien, car cela empêche les gens de s’impliquer. Il faut que les parieurs aient confiance, qu’ils puissent parier et être sûrs que le meilleur cheval a gagné »

Dans ce papier publié par le journal britannique, The Guardian, O’Brien ajoute : « Ce que nous voulons tous, c’est que le meilleur cheval gagne tout le temps. Les chevaux dérivant de leurs lignes, les jockeys fermant la porte à d’autres jockeys, ne laissant pas sortir les autres jockeys ou prenant leur terrain sont tous des trucs de l’âge de pierre et dangereux. Cela n’a rien à voir avec la course et c’est un non-sens absolu. » Pour sa part, Ricky Maingard ajoute « qu’il y a plus que cela ». Et il a cent fois raison.

Il est un secret de Polichinelle que certains jockeys, pour gagner leur vie, se transforment en mission men pour favoriser certains partants et faire perdre d’autres, au risque de créer un accident et des conséquences qui donnent froid dans le dos. Ils sont souvent au service de bookmakers, de punters arrangeurs de courses qui profitent des paris à cote fixe pour pervertir la vérité d’une course et se faire beaucoup d’argent. Dans cette conjoncture, les sommes de Rs 15 000 ou Rs 25 000 d’amende, que bon nombre de ces jockeys n’ont pas, sont payées gracieusement et comme des peanuts par leurs mentors d’un jour ou d’une saison qui, en plus, les rémunèrent chèrement pour cela.

Bien que le MTC ait réagi au courrier de l’entraîneur mauricien, les nouvelles mesurettes adressées aux jockeys cette semaine ne sont vraiment pas à la hauteur de la gravité de la situation. Du petit muscle en manque d’épinard, qui, comme le proclame fort justement Ricky Maingard, n’empêchera pas la récidive comme cela a été le cas depuis le début de la saison. Avec ces nouvelles dispositions mises en place, le jockey peut commettre trois fautes avant d’être vraiment suspendu s’il paie des amendes. Ce n’est pas acceptable. C’est même inacceptable ! Nous sommes d’avis que les RS doivent qualifier la nature de la faute et prendre en compte les victimes de ces interférences. Dans tous les cas, la suspension doit être la règle et les amendes accordées exceptionnellement pour des interférences minimes. Les RS ne doivent en aucun cas devenir l’otage d’un manque éventuel de jockeys…

Pour cela, l’initiative de certains entraîneurs de faire venir des étrangers pour pallier le manque de jockeys est intéressante, à condition qu’ils soient capables de subvenir à leurs besoins et qu’ils ne doivent pas aller chercher leur gagne-pain ailleurs. Mais puisque c’est le MTC qui se trouve dans l’impasse d’un manque éventuel de jockeys, l’initiative de faire venir deux ou trois club jockeys étrangers pour le reste de la saison nous paraît plus appropriée.

Il n’y a pas que les interférences à prendre en compte, il y a aussi les chevaux qui changent leur pattern de courses pour faire courir des adversaires hors de leur pas, comme ce fut le cas lors de la dernière sortie de White River, quand Pietro Mascagni est sorti de l’arrière-garde pour se mettre à ses côtés dans la descente avant de finir loin derrière. Et ce après avoir saigné en course, sans doute pour ses efforts inconsidérés. Le jockey David s’en est plaint. Aucune sanction n’a été donnée. Pourtant, cela aussi fait partie des missions qui pourrissent la finalité des courses comme le dénoncent en chœur O’Brien et Maingard ! Mais aussi la plupart des turfistes qui ne souhaitent qu’une chose :

Que le meilleur l’emporte toujours !