L’opération est grotesque, mais elle en dit long sur le désarroi qui s’est emparé du gouvernement et de celui qui le dirige. Il a fallu aller extirper Sir Anerood de sa retraite pour qu’il vienne au secours du fils qui est incapable de diriger et de s’expliquer sur le flot de scandales qui secouent son gouvernement et sa circonscription.

Au secours papi. Le père, dont on connaît le langage aussi imprévisible que fleuri et qui peut facilement torpiller un exercice de communication par ses formules à l’emporte-pièce, a dû se résoudre à lancer des formules toutes prêtes qu’on lui avait écrites sur un bout de papier à destination des médias comme la MBC et ses nouvelles doublures, tout aussi complaisantes.

Et dans la panoplie d’expressions galvaudées et vides de sens utilisées par celui qui célébrera ses 91 ans dans deux mois, le supposé «leadership fort» qui apparemment régnerait sur le pays et que lui seul aurait, sans doute, adoubé. Qu’on est loin des propos de SAJ indiquant qu’après les déceptions qu’il avait lui-même eues, il avait conseillé à son fiston de «na pa fer politik». Et peut-être qu’il aurait dû avoir suivi les conseils du père. Maurice ne se sentirait pas aussi trahi, en colère et désappointé.

Pravind Jugnauth a un gros problème. Il n’a pas encore compris ce qu’est une démocratie, du moins dans le sens où elle est universellement décrite aujourd’hui. La démocratie, ce n’est plus aller aux urnes tous les cinq ans, organiser des scrutins régionaux pour ensuite confisquer par des moyens déloyaux aux vainqueurs leur légitimité populaire. La démocratie, à l’ère du numérique, se conjugue désormais au quotidien.

Personne ne demande la lune. Juste un minimum de transparence. Lorsqu’il y a un problème, les gens parlent, dénoncent, et ceux qui sont payés pour trouver des solutions viennent s’expliquer et répondre. S’expliquer pour un homme public n’est pas une option, elle est une obligation.

Or, avec l’actuel Premier ministre, cela ne se passe pas comme ça. Les ministres ne sont de sortie que pour leur petite campagne partisane comme on n’a pu le constater mercredi avec le numéro plus que risible du trio du No 9 et largement consacré à faire le procès d’un opposant.

Et c’est Pravind Jugnauth qui donne le mauvais exemple. Alors que l’on reproche à certains leur goût trop prononcé pour la conférence de presse qui peut pourtant se révéler un exercice fécond d’échanges avec les journalistes, pour peu qu’ils préparent leurs dossiers et qu’ils posent les vraies questions du moment, le Premier ministre et le leader du MSM a, lui, choisi l’absence et l’esquive.

Aucun compte à rendre à personne, pas de réponses précises et factuelles aux interpellations parlementaires, pas de rencontres régulières avec le presse pour faire le point sur les questions qui préoccupent le grand public. Rien, sauf des sorties dans sa circonscription pour des inaugurations de tout et, surtout, de rien, et des apparitions fréquentes chez les socioculturels. Le pire dans tout cela c’est qu’il ne doit même pas réaliser à quel point il banalise et qu’il rabaisse la fonction de Premier ministre.

Lorsqu’il y a des allégations faites en public, on y répond. Nombreux sont ceux qui sont toujours étonnés que, face à la déferlante de révélations sur ce qui s’est passé et se passe au No 8, le ministre Yogida Sawmynaden ne soit pas encore venu avec la plus petite déclaration publique pour s’expliquer, pour réfuter. Rien d’étonnant, il suit la même stratégie que son colistier.

Se souvient-on du temps pris par Pravind Jugnauth pour venir donner sa version dans l’affaire Angus Road? Près de quatre mois et quatre Private Notice Questions à l’Assemblée nationale pour «réunir ses dossiers» et venir finalement annoncer des poursuites sans le moindrement éclairer l’opinion sur les dates exactes des transactions, l’identité des protagonistes qui y ont été impliqués, la provenance des Rs 20 millions. Aucun document rendu public pour soutenir la version présentée par Pravind Jugnauth.

Rien, si ce n’est un procès intenté à un confrère, mais jusqu’ici aucune trace du plus petit papier timbré servi à l’auteur des dénonciations, Roshi Bhadain. Very telling, dirait l’Anglais! Face au déluge des dénonciations sur les moeurs politiques très particulières du microcosme du Sun Trust à Moka/Quartier-Militaire, que nous offre-t-on?

De longs silences, des métaphores caricaturales visant les dénonciateurs, des attaques contre les opposants, ce qui est de bonne guerre, mais rien de très concret sur le plan des explications, des justificatifs et des preuves irréfutables!

Et l’on s’étonne que le doute subsiste, que la population devienne soupçonneuse et extrêmement méfiante, qu’elle n’accorde aucun crédit à la parole des dirigeants et qu’elle finit par haïr l’establishment! C’est comme si le 29 août 2020, salué par nul autre que le Premier ministre lui-même, censé sonner le tocsin, provoquer le réveil des décideurs, avait été un non-événement, un fait divers alors que c’était un rendez-vous important avec l’histoire politique du pays. Mais ce gouvernement semble avoir décidé de persister dans sa voie dangereuse.

Lorsqu’il y a un Premier ministre qui confirme qu’il est lui-même l’objet d’une enquête de l’ICAC et qu’il s’est rendu en catimini au siège de la commission pour une audition, qu’il a un colistier dont le principal agent a été retrouvé partiellement calciné dans un champ de cannes et qui se retrouve au coeur d’un ouragan politico-judiciaire, qu’il y a un ministre dont le chauffeur privé s’improvise agent de livraison à domicile d’un petit joint et qui est tabassé en détention, un autre qui est dénoncé pour pratiques peu orthodoxes dans l’attribution des contrats, on se dit qu’on touche le fond.

Avec tout cela, il ne serait pas étonnant que le révoqué Ivan Collendavelloo soit pris de fous rires permanents !