Maintenant que certains éléments du St-Louis Gate sont du domaine public, beaucoup de questions restent à être éclaircies. Pourquoi ne faire mention que de deux noms, celui d’un partenaire devenu insignifiant depuis les dernières élections générales, mais qui était pourtant chaudement applaudi lors de son intervention du 16 juin et celui d’un adversaire politique, et taire les autres identités qui sont également mentionnées dans le rapport brandi jeudi ?

A cette question, le Premier ministre a trouvé une parade, un bouclier : la BAD lui a demandé de garder le rapport confidentiel. Ah bon ? le rapport est confidentiel, mais il est quand même utilisé partiellement ? Quel était le motif réel de cette dissimulation ? Pravind Jugnauth a-t-il peur de froisser les cadres du CEB qu’il a suspendus lui-même ? Le Premier ministre, devenu soudain d’une grande élégance, cacherait-il le nom des gens du privé ? Quelle en est la véritable raison ? Est-ce parce que ce sont les mêmes qui ont obtenu pas mal de contrats depuis 2014, entre petits travaux et grands chantiers sur front de mer ?

On ne croit absolument pas que le leader du MSM soit subitement devenu un parangon de vertu parce qu’il a congédié son numéro 2. Certains n’hésitent pas à lui faire crédit d’un grand engagement contre la corruption. Waaoooh ! Combien de malpropres n’a-t-il pas gardés entre 2014 et 2019 avant d’attendre les échéances électorales pour les balancer. On garde les mêmes, question de s’assurer de sa majorité parlementaire jusqu’au prochain recyclage.

La vérité est que Pravind Jugnauth est contraint de réagir, parce que le pays a très mauvaise réputation sur le plan régional et international. Entre liste grise et liste noire et entre enterrement expéditif de traités de non-double imposition de la part des pays du continent, présentés comme devant pallier ceux, moribonds, avec l’Inde et l’Union européenne, il n’y a pas à dire: avec le MSM au gouvernement, le pays n’a pas fini de toucher le fond.

La preuve que le chef du gouvernement ne se montre pas intraitable sur la transparence : l’absence totale de réaction aux faits qui entourent l’achat de médicaments et d’équipements en urgence durant la pandémie. Tous les éléments de ce dossier démontrent que c’est un nouveau venu habitant la circonscription du Premier ministre et proche d’un de ses conseillers qui est parti avec une bonne part du gâteau.

C’est le ministre de la Santé lui-même qui, en privé, se fait un devoir de se dédouaner dans cette affaire qui comporte beaucoup de zones d’ombre et qui l’a amené à dire tout et son contraire sur le sujet à l’Assemblée nationale. Entre délit d’initié, absence de certification et prix proche du luxe, un comprimé de faits troublants qui, dans un autre pays, aurait commandé une enquête immédiate.

Il y a d’ailleurs pas mal d’affaires qui ont prospéré durant la crise sanitaire et certains n’ont pas hésité à se faire des millions pendant que leurs compatriotes se confinaient chez eux. Et que disent-ils au gouvernement ? Ils répètent tous en choeur qu’ils étaient tellement occupés à sauver des vies qu’ils n’avaient pas le temps de chipoter sur les procédures. Et les millions de fonds publics qui partent en fumée. Sans avoir de comptes à rendre. Vive la lutte anticorruption !

Il y a aussi, d’ailleurs, quelque chose de particulier dans cette séquence où un Premier ministre qui vient commenter devant la presse la révocation de son adjoint et qui recherche des informations auprès de ses collègues pour savoir ce qu’il a dit, avec cette demande très éloquente : « Medpoint ? Ki linn dir ? » Comme s’il avait encore à se faire du souci de ce dossier que l’ICAC a pourtant aidé à enterrer.

La décision de se séparer d’Ivan Collendavelloo, présentée comme un exploit, est, en fait, la décision la plus facile que le Premier ministre ait eu à prendre jusqu’ici. Il n’y qu’à voir qui hérite de ce ministère régalien, Joe Lesjongard, un ancien du CEB qui n’y a pas laissé que de bons souvenirs, selon ceux qui ont été amenés à le côtoyer dans le temps.

Ivan Collendavelloo ne lui est plus utile. En 2014, il avait apporté quelque chose, une petite caution militante qui s’est évaporée avec le bilan désastreux de ceux qui s’étaient joints au Muvman Liberater. Après les dernières élections, le constat est définitivement bien différent.

Un No 2 en troisième position dans sa circonscription, qui fait face à une pétition et qui, en plus, a entraîné une vice-Première ministre, Fazila Daureeawoo, dans sa débâcle et deux autres députés à l’allégeance incertaine, ainsi se résume le ML. Ce n’est pas beaucoup pour assurer pérennité et avenir pour le MSM.

Pour la suite, pour poursuivre son OPA sur des éléments du MMM et espérer conquérir une partie de cet électorat, le leader du MSM préfère regarder ailleurs. Il mise désormais sur Steven Obeegadoo, qui devient Premier ministre adjoint et titulaire de deux portefeuilles. Même s’il n’a pas pu faire élire sa collègue Françoise Labelle, Pravind Jugnauth le croit utile.

Peut être espère-t-il que, s’il faut affronter les municipales, normalement prévues pour juin 2021, la plate-forme militante pourrait représenter un petit plus. Parce que, de soutien, le MSM et ses alliés avec leur 37 % en auront bien besoin, au vu des résultats des dernières élections générales.

Avec la taxe immobilière qui est maintenue en dépit de la promesse électorale, les routes défoncées et les villes défigurées et martyrisées par les travaux du Metro Express Ltd et le sort réservé à certaines catégories de personnes, le privé qui paiera la CSG du public, il y aura certainement du travail à faire. Ce ne sera certainement pas la promenade de santé de 2015.

Quant à l’enquête, nous avons trop longtemps été habitués aux grandes agitations qui se déroulent à l’ouverture d’une enquête, et qui s’estompent avec le temps, pour croire que quelque chose de vraiment signifiant sortira de l’affaire Saint-Louis. On verra bien, au bout du bout, s’il y aura des inculpations formelles.