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Écœurant !

Après les robinets à sec, les inondations. C’est là tout le paradoxe de ce que les friands du béton passe-partout appellent, comme si c’était un mot magique, le “développement”. Terme abondamment utilisé par des ministres et qui est censé transformer radicalement la vie des gens. Or, ce qui relève de l’incantatoire a déjà exposé ses limites, si ce n’est d’avoir fait exploser bien des mythes.

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Le 27 décembre était un jour pluvieux. Quelques minutes d’averses et voilà que le petit commerce forain d’Arab Town devient un grand lac majeur avec ses inconvénients : impossibilité pour les marchands de travailler et pertes sèches avec leurs produits abîmés ne pouvant être vendus.

Place tout de suite au jeu favori des autorités, le blame game, la mairie accusée de ne pas entretenir les voies d’évacuation d’eau de la ville, la Road Development Authority, elle, critiquée pour avoir exécuté des travaux au petit bonheur, pendant que les Rosehiliens de longue date pointaient du doigt le projet de tramway qui, désormais, recouvre le drain naturel de la promenade Roland Armand sous une bonne couche de béton.

C’est après que des dénonciations ont plu sur les réseaux sociaux, sur les radios et dans les journaux que les autorités ont réagi et convoqué toutes les parties concernées par le dossier pour essayer de trouver une solution pérenne.

Nouvelles averses en ce début d’année un peu partout, et pas toujours là où on les attend, comme la région de Beau-Bassin copieusement arrosée, à la grande surprise de ses résidents. Et pendant que le ministre-touriste Steve Obeegadoo saisit toutes les occasions qui lui sont offertes, depuis la réouverture des frontières, pour prendre de la hauteur et s’envoler, ces jours-ci pour Dubai, les habitants des maisons de la NHDC de Chebel se sont retrouvés les pieds dans l’eau.

Alors même qu’il sont devenus propriétaires de leurs nouvelles résidences depuis seulement six mois, l’inauguration en grande pompe de ce complexe de la NHDC par le ministre du Logement s’étant déroulée le 14 juillet 2021.

Comment ces projets dit sociaux sont-ils conçus, réalisés et supervisés? Qui assure le service après-vente et procède à des inspections du site pour établir que tout est dans les normes et que le premier crachin venu ne transforme pas le lieu en marécage? Il y aura, sans doute, un nouveau comité, un énième pour déterminer la cause du débordement et des solutions palliatives seront appliquées jusqu’à la prochaine grosse averse.

A contrario de cette eau qui envahit et qui abîme, les robinets qui ne coulent pas et qui poussent des victimes, privées du précieux liquide en période de fêtes, à Bambous Virieux, notamment, à descendre dans la rue pour dire leur profonde exaspération et pour dénoncer une privation inacceptable d’un droit humain fondamental.

Et quelle est la réponse des autorités à part dépêcher, en urgence, quelques camions-citernes pour soulager temporairement les habitants légitimement en colère? Leur lancer des policiers aux trousses pour les intimider et les menacer de poursuites et de représailles, alors que leur seul tort est d’avoir réclamé leur droit à l’eau potable.

Au cas où le gouvernement feindrait ne pas connaître les préceptes édictés par l’ONU, voilà ce que, depuis plus de 10 ans, l’organisation décrète: “Le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit fondamental, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les Droits de l’homme… l’eau doit être potable, accessible, disponible, d’un coût abordable (mais pas gratuite, sauf pour les plus démunis) et fournie sans discrimination aucune.”

Tout est dit. Mais ce gouvernement, qui ne peut plus venir nous sortir sa rengaine “la faute à l’ancien gouvernement”parce qu’il est aux affaires depuis plus de sept ans maintenant, est aussi celui-là même qui a promis une eau qui sera disponible partout tous les jours et à toutes les heures.
Près de huit ans après, la promesse est restée lettre morte, même s’il y a eu des améliorations de la distribution ici et là. C’est pour cela que c’est vraiment écœurant d’aller persécuter des personnes qui ne faisaient que réclamer le respect d’un de leurs droits les plus basiques !

C’est doublement écœurant lorsqu’on sait que, pour des faits bien plus sérieux et graves, comme les incitations à la haine raciale de la part de ceux qui, par exemple, invitaient leurs coreligionnaires à se munir d’armes et de sabres pour se défendre contre des attaques imaginaires, ont été interpellés de longs jours après avoir commis leur forfait.

Dans le registre de l’écœurement de ce début 2022, le constat que Pravind Jugnauth est allègrement rattrapé par ses grandes leçons de bonnes mœurs et de conduites morales, celles qu’il aimait administrer à la ronde en prenant comme son anti-thèse et l’incarnation de la débauche et de la dépravation, Navin Ramgoolam.

Or, qu’entendons-nous et que voyons-nous depuis que le MSM et son leader dirigent le pays? Que des récits glauques et des clichés indécents de ministres qui font exactement le contraire de ce qu’ils exigent du grand public.

Les restrictions imposées au nombre de personnes acceptées en lieu clos, les gestes barrières, la distanciation physique et l’amende de Rs 2 000 sont pour la fille qui mange son dholl puri dans la rue ou le pauvre vieux qui baisse son masque pour se réoxygéner à l’aide de sa pompe, mais pas pour les adeptes ministériels de la faya.

Et alors que le MSM et son leader se posent en gardiens de la vertu publique, leurs proches collaborateurs recrutent, à tour de bras, pour ne pas dire autre chose et verser dans la vulgarité, celles avec qui ils entretiennent des relations privilégiées, et il arrive même que certains d’entre eux se filment dans des positions improbables.
Et ce sont ceux-là même qui iront gloser sur l’exemplarité des hommes publics devant les organisations socioculturelles. Une bande d’hypocrites vraiment écœurante!

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