— J’ai commencé à avoir des nausées et des palpitations depuis maintenant même, je te dis.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Ne me dis pas que tu es… enceinte. A ton âge !
— Arrête de dire des imbécillités, don. Tu crois que je cherche de la grattelle ! On n’a pas assez de problèmes comme ça ! ?
— Pourquoi tu n’es pas bien alors ? Ne me dis pas que c’est à cause de la deuxième dose du vaccin que tu as fait cette semaine ? Tu sais ce qu’on raconte ?
— Dis-moi un peu ce qu’elles sont les dernières rumeurs sur le vaccin.
— Il paraît qu’on a beaucoup des courbatures après la deuxième dose. Il y a une quelqu’un qui a dû rester au lit pendant plusieurs jours tellement il avait des douleurs.
— Moi je n’ai rien eu et tout s’est bien passé. Dis-toi qu’après le vaccin, je n’ai même pas eu besoin de prendre du doliprane.
— Mais pourquoi tu as des nausées et des palpitations alors ?
— Mais à cause du budget, toi. Tout va augmenter.
— Mais tout a déjà augmenté depuis avant le budget. Tous les prix ont pris l’ascenseur dans les supermarchés. A chaque fois que je jure le ministre des Finances avec un quelqu’un qui le connaît bien, il me dit que c’est pas à cause de lui, mais à cause de la roupie.
— Qu’est-ce qu’elle a la roupie ? Elle est malade elle aussi ?
— Il paraît qu’elle est faible par rapport au dollar.
— Elle a déjà été forte par rapport au dollar, la roupie ? C’est pas le ministre des Finances qui a fait baisser la valeur de la roupie avec ses mesures ?
— Je ne peux pas te dire. Tout ce je sais c’est que les prix vont augmenter. C’est pourquoi j’ai pris mes précautions.
— Hé toi là : quelles précautions on peut prendre contre un budget dont on ne connaît pas encore les mesures ?
— Pas besoin d’entendre les mesures du budget pour savoir que les prix, tous les prix vont encore augmenter. Alors j’ai pris mes précautions et fait des provisions.
— Ah bon ?
— Oui, toi. J’ai rempli mes placards depuis la haut jusqu’à en bas et mon freezer est totalement full.
— Mais qu’est ce que tu as acheté comme ça ?
— Tout ce que j’ai pu, toi. Riz, macaroni, huile, grains, conserves, frigorifiés. J’ai rempli trois caddies. Ma cuisine ressemble à un demi-gros bien approvisionné, je te dis.
— Ton bonhomme n’a rien dit quand il a vu toutes ces commissions-là ?
— Il était trop occupé à acheter ses bouteilles d’alcool, de bière et ses cigarettes avant le budget ! Son buffet ressemble à un bar et une petite tabagie ! Et encore moi je n’ai acheté que l’essentiel parce que maintenant on va changer de manière de manger chez nous.
— Qu’est-ce que tu veux dire comme ça ?
— On va manger juste ce dont on a besoin pour notre corps au lieu de manger des gonazes pour faire plaisir à son palais et surtout engraisser les commerçants. Fini les fritures, les snacks qu’on fait chauffer au micro-ondes ou cuire à la vapeur.
— Tu crois que ton bonhomme et tes enfants vont accepter ça ?
— Ils seront obligés parce qu’il n’y aura que ça à manger. Et puis fini les « moi, je ne mange pas ça, fais une autre affaire pour moi. » On va manger pour vivre et non plus vivre pour manger !
— C’est un vrai programme révolutionnaire ! Comment tu vas faire pour l’appliquer ?
— C’est simple : on coupe partout où on peut. Avant, pour chaque repas, on commençait par une petite entrée, puis du riz avec un légume, un grain, un rougaille, un satini et des achards. Maintenant c’est du riz, un carri et un satini, point à la ligne. Non seulement c’est bon pour la santé, mais on va faire des économies.
— On dirait que vous allez faire un long carême après Pâques !
— Il faut, toi. On ne peut plus continuer à manger n’importe quoi et à jeter de l’argent par les fenêtres ! Il faut arrêter de faire du gaspillage et penser un peu à la planète.
— Depuis quand tu es devenu écolo ?
— Tu peux me bouffonner autant que tu veux, mais jusqu’à maintenant on a vécu dans le gaspillage. Chez nous on va maintenant manger simplement et sainement en faisant des économies. Tout le monde va le faire, même les chiens.
— Ah bon : tu vas mettre tes chiens aussi au régime ?
— Normal, toi. Jusqu’à maintenant les chiens avaient deux repas par jour et les restes de nos repas. A partir de maintenant on va garder les restes pour leur donner un seul repas par jour. C’est bon pour leur santé à eux aussi.
— C’est un vrai programme d’austérité, comme celui du FMI !
— Tout ce que je peux te dire c’est qu’on ne peut plus continuer comme avant et qu’il faut économiser pour faire face à la situation économique. Tu vois, avant le budget on a déjà commencé à se serrer la ceinture ! J’espère que le ministre des Finances va suivre notre exemple.
— En faisant quoi ?
— En coupant les dépenses inutiles et exagérées du gouvernement et en se serrant la ceinture. Lui aussi !
J.-C A