Après la catégorisation des disciplines approuvée par le Conseil des ministres le 17 juillet, une nouvelle mesure prend forme au ministère des Sports. Elle concerne la bourse attribuée mensuellement aux athlètes de haut niveau. Désormais, le plafond mondial a été rehaussé. Il passe, depuis le 1er juillet, de Rs 35 000 à Rs 50 000, alors que le seuil de Rs 8 500 monte à Rs 10 000.

Louable initiative que celle du gouvernement, serait-on tenté de dire. Il serait d’ailleurs malhonnête de notre part de penser le contraire étant donné que cette mesure vise à motiver nos athlètes à atteindre l’excellence, notamment à remporter des médailles au plus haut niveau, dont aux Jeux olympiques. D’ailleurs, le ministre Stephan Toussaint n’a jamais caché son désir de voir Maurice remporter des médailles aux JO de 2024 en France.

Dans le fond, cette mesure a ses bons côtés. Quel bon sportif ne serait d’ailleurs pas intéressé à valider une allocation mensuelle à Rs 50 000 tout en visant une médaille aux JO ? D’autant que, pour l’heure, seul le boxeur Bruno Julie a réussi ce coup de maître en ramenant une médaille de bronze en 2008. Depuis rien ! Il faut se demander pourquoi en 12 ans, le sport mauricien n’a pas été capable de rebondir sur cette bonne vague, perdant même beaucoup de points à l’échelle des valeurs.

Dans la forme, des questions subsistent aussi. En premier lieu, l’absence inquiétante des Jeux des Iles dans le nouveau plan ! Pourquoi ces Jeux ne figurent-ils pas à l’agenda ? Ces Jeux, peu importe leur dimension régionale, sont un premier palier obligatoire et ne peuvent, en aucun cas, être éliminé, d’un simple trait de plume. C’est d’ailleurs le tremplin nécessaire à l’élite pour gravir les échelons avant de viser ensuite l’excellence. Comment motiver cette élite et, par conséquent la base, si au départ même, elle est mal considérée ?

Ainsi donc, c’est l’excellence qui est privilégiée et forcément, le niveau montera crescendo. Nous n’irons pas jusqu’à dire que le ministère des Sports est en train de donner un œuf pour avoir un bœuf. Mais il est tout de même clair que passer d’un niveau à l’autre, notamment au niveau mondial, sera très difficile, pour ne pas dire impossible, par rapport aux conditions qui sont désormais imposées.

Au regard des critères très pointus d’ailleurs, il conviendrait de savoir si un tel niveau d’excellence est adapté au contexte local. Car il ne faut non plus que l’on s’y méprenne. Nous ne sommes ni les États-Unis et encore moins la France, l’Angleterre ou autres grandes nations sportives où le sport est une véritable industrie. 

Maurice, ne l’oublions pas aussi, est une petite île dans l’océan Indien et éloignée des meilleures références mondiales. Contrairement aux autres îles qui brillent sur le plan mondial, à l’image de la Jamaïque en athlétisme et autres Cuba qui est une référence en boxe. Déjà, géographiquement, nos athlètes bougent moins facilement que les autres îles précitées et sont, au départ même désavantagés.

L’île Maurice économiquement indépendante est-elle donc suffisamment forte pour vendre à nos athlètes ce rêve en plaçant la barre aussi haut ? Sommes-nous prêts à payer le prix fort pour voir Maurice briller au plus haut niveau lors des années à venir ? C’est là toute la question, d’autant que l’Athlete Assistance Scheme insiste beaucoup sur la régularité et la performance. 

Que l’on ne s’y trompe pas ! La démarche gouvernementale va nettement au-delà du simple décaissement des fonds publics. Non. C’est bien plus que cela. Revoir l’allocation des sportifs de haut niveau est une chose. Assurer ensuite tout ce qui va avec l’excellence en est une autre. La démarche, d’ailleurs, doit être accompagnée d’une multitudes de mesures, notamment en termes de suivi médical et paramédical et d’une alimentation adaptée, entre autres. Faut-il aussi que la reconversion fasse partie de cette chaîne, car jusqu’à présent, ce domaine est toujours resté le maillon faible de notre structure sportive.

Certes, vouloir hausser le niveau de notre sport en lui conférant un statut international, à forte valeur ajoutée, est souhaité dans l’idéal. Pour l’heure toutefois, les ingrédients de base manquent cruellement. A voir comment les différents budgets attribués au sport ont été revus à la baisse sonne forcément comme une contradiction ! Sauf qu’il est déjà écrit, peu importe les implications, que le sport local se projette déjà dans une nouvelle ère, soit celle d’une vraie professionnalisation. Bien que la crise économique mondiale et locale batte son plein et pourrait durer deux, voire trois ans même, selon les experts économiques mondiaux !

Sommes-nous prêts à franchir ce cap et à faire les sacrifices qui vont avec ? Ce qui est sûr, c’est que la machine est lancée et il y a un prix à payer pour que les objectifs soient atteints. Le gouvernement est-il réellement décidé à aller jusqu’au bout en investissant autant de millions de roupies dans le sport ? Le secteur privé sera-t-il aussi impliqué que par le passé et en ce temps de crise économique surtout ? Tant de questions qui devront être d’abord résolues, afin de démontrer que ces intentions ne sont pas que de simples effets d’annonce.

JEAN-MICHEL CHELVAN