La sentez-vous ? Cette onde de pagaille qui après avoir frémi, s’être intensifiée, est en train de tout vriller sur son passage à travers Maurice ?
Au cours de cette dernière semaine, les masques n’ont plus tenu, même calés sous le menton. Jour après jour, ils tombent, les uns après les autres, à la faveur de cette nouvelle vague de Covid déclarée au début du mois de mars. Et le spectacle qu’ils découvrent n’est pas seulement hideux, il est effrayant.
Les plus lucides savaient depuis un moment déjà que la « success story » dont se vantait Maurice se basait très largement sur l’hypocrisie d’un système bien rodé et enrobé d’exploitation de la main d’œuvre. Mais tant que chacun avait plus ou moins l’impression de pouvoir y gagner quelque chose, cela passait. La crise du Covid-19 est venue pulvériser le mythe en plein vol. De gouvernement affirmant, en mars 2020, avoir à cœur d’abord et avant tout la santé et la sécurité de la population, le gouvernement est passé, pour cette deuxième vague surgie un an après, à un revirement à 180°. Cette fois, on nous déclare qu’il va falloir « apprendre à vivre avec le virus », pour justifier une cascade de manquements, voire de démissions institutionnelles.
Que nous allions devoir vivre avec le virus, c’était une évidence depuis l’an dernier, alors que toutes les instances mondiales indiquaient que le Covid était là pour durer des années, voire des décennies. Mais tout à sa stratégie de contrôle complet de la population, le gouvernement mauricien a préféré nous terroriser dans un premier temps (souvenez-vous du fameux « il y aura un mort dans chaque maison ») pour ensuite nous faire accroire que sa stratégie de fermeture et de contrôle nous garantissait le statut enviable et envié de pays « covid-safe ».
Le beau mensonge…
Il ressort aujourd’hui, de la réponse qu’a dû donner le ministre de la Santé à une question parlementaire mardi dernier, qu’il y a eu cinq cas positifs de Covid-19 à Maurice en janvier 2021. Pourquoi cela est-il resté caché ? Pourquoi ne nous a-t-on jamais dit qu’un patient Mauricien qui s’était rendu en Inde pour des traitements, retourné à Maurice en janvier, avait été transféré à l’hôpital ENT après avoir été testé positif, de même que son fils de 24 ans ? Pourquoi ne nous a-t-on rien dit quand ce patient est mort, le 24 janvier ? Pourquoi ne nous a-t-on pas dit alors que vu que trois membres du personnel soignant avaient été contaminés localement par ce patient, nous n’étions plus covid safe ? Pourquoi, sachant cela, ce gouvernement a-t-il lui-même organisé des congrès et autres rassemblements publics où personne ne portait le masque ? Comment le Dr Joomye peut-il aujourd’hui, lors du point de presse de la cellule de communication, venir dire que les dentistes privés ne sont pas autorisés à opérer (alors que tous ceux qui souffrent de problèmes dentaires diront à quel point ils sont essentiels) parce qu’un dentiste est mort du Covid à Maurice ? Quand ? De qui s’agit-il, alors que la Mauritius Dental Association nie cette information ? Invention, cover-up ou mensonge ? Pourquoi ?
Est-ce par orgueil ? L’orgueil mal placé de ceux qui se targuent d’avoir vaincu le « monstre » là où tant d’autres pays ont échoué ? Le même orgueil qui fait que l’on bloque aujourd’hui 443 Rodriguais-es à l’île Maurice parce que les autorités veulent, envers et contre tout, pouvoir continuer à projeter Rodrigues comme l’un des seuls territoires au monde à avoir été Covid free ? Certes, ce serait une belle stratégie marketing. Mais une hypothétique réouverture du tourisme pour on ne sait quand justifie-t-elle que l’on dispose ainsi du droit des Rodriguais à être chez eux ? Qu’on leur inflige autant de désagréments ? Et si c’est pour leur santé, celle des Agaléens est-elle donc moins importante qu’on n’hésite pas à leur envoyer, à eux, non des Agaléens qui veulent rentrer chez eux, mais des ouvriers indiens qui travaillent sur le grand chantier qu’est devenue l’île ? Parce que dans ce cas, l’humain ne compte pas face à la nécessité de faire avancer, à tout prix, ce qui se présente de plus en plus comme la nouvelle base militaire de l’Inde au cœur de l’océan Indien ?
A tous les niveaux, le faire-semblant explose.
Ainsi au niveau des vaccins. De concert, le gouvernement et le secteur privé ont exercé une énorme pression sur la population pour aller se faire vacciner en signant un formulaire exonérant l’Etat de toute responsabilité. Alors qu’à travers le monde, ce sont les personnes âgées et vulnérables qui ont été vaccinées en priorité, chez nous c’est l’inverse qui a été pratiqué.
Plusieurs témoignages concordent sur ce point : dans plusieurs centres de vaccination ces deux dernières semaines, des personnes âgées qui se sont présentées en demandant à faire le vaccin ont été refoulées, s’entendant dire que le vaccin était réservé à ceux qui détiennent un Work Access Permit… En d’autres mots, sans l’avoir jamais dit officiellement, le gouvernement mauricien a choisi de protéger la population active, au détriment des personnes âgées qui sont pourtant plus vulnérables. C’est un choix économique. Le même qui avait vu Business Mauritius s’arroger le droit d’affirmer, au tout début du confinement, que seules les personnes vaccinées obtiendraient un WAP. Cela avait par la suite été démenti par le commissaire de Police, vu que de toute façon, à ce moment-là, seules 50 000 personnes avaient reçu une première dose de vaccin. Mais la tendance s’est maintenue. Et de nombreux employés disent leur sentiment d’être envoyés au casse-pipe alors que, confinement ou pas, leurs employeurs les contraignent à venir travailler sans que le gouvernement les contraigne à fournir les conditions et équipements nécessaires pour assurer leur sécurité.
Où l’on en revient à opposer santé et économie, avec cette fois l’économie qui prend « sa revanche » en s’imposant. Compréhensible, diront certains, vu que l’Etat n’a plus d’argent. Mais en serions-nous à devoir faire cette opposition, totalement délétère et préjudiciable, si au cours de l’année écoulée, le gouvernement avait mis en place des mécanismes et utilisé les milliards dépensés sur des contrats douteux, voire frauduleux (ce qu’établit clairement le rapport de l’Audit), pour nous donner effectivement les moyens de « vivre avec le virus » ? Car nous n’en avons clairement pas la capacité aujourd’hui : quelques cas, majoritairement asymptomatiques, et un hôpital qui ferme, un poste de police qui ferme, le système pourrait vite être débordé. Mais cela, on s’en cache. Et ce sont, une fois de plus, les plus vulnérables qui vont payer les pots cassés.
Dans ce renversement de vapeur tous azimuts, il est terrible en effet de noter à quel point la considération de l’humain est remisée à l’arrière-arrière-plan.
Pas de considération à avoir pour le stress intense auquel nous avons soumis nos jeunes enfants en les obligeant à aller prendre part à des examens sur table. Alors même que les cours y menant n’ont pu être dispensés correctement pour tous. A quoi sert un confinement si c’est pour envoyer des enfants s’agglutiner dans des autobus et des salles d’examen ? A quoi sert d’établir une zone rouge (dont on n’est censé ni entrer ni sortir) si c’est pour exiger qu’une surveillante qui y vit vienne malgré tout superviser un jeune candidat hors zone rouge ? Et comment une ministre de l’Education peut-elle à ce point minimiser et balayer le bouleversement et la crainte de cette famille dont le jeune enfant a été encadré par cette surveillante trouvée positive au Covid-19 quelques heures après l’examen ? On a pris toutes les mesures pour désinfecter, finit par dire la ministre. Le strict sanitaire. Pas un mot sur l’humain.
Et que dire de la façon dont sont traitées ces autres personnes vulnérables que sont les dialysés, qui payent un prix fort depuis cette reprise de l’épidémie : en quelques jours, 36 patients sous dialyse à l’hôpital de Souillac ont été contaminés et 6 sont morts après avoir été soumis au stress intense d’être embarqués en quarantaine, et avoir dû se battre pour qu’on cesse de leur servir des repas non appropriés à leur état de santé. Alors qu’ils étaient sous la responsabilité du ministère de la Santé…
La sentez-vous, l’onde de pagaille qui est en train de tout vriller sur son passage à Maurice ? Jusqu’où se prolongera-t-elle ?…